La finance au secours du climat ? (Cercle des analystes indépendants)

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La transition énergétique ne pourra pas se faire sans l'aide de la finance, explique Anne Chanon (EthiFinance).
La transition énergétique ne pourra pas se faire sans l'aide de la finance, explique Anne Chanon (EthiFinance).

A l’heure de la Cop21, la question du financement de la transition énergétique est au cœur des débats. Les besoins se chiffrent en milliers de milliards de dollars, impossibles à financer par la seule puissance publique. La mobilisation des financements privés est donc une condition sine qua non de la transition. Bonne nouvelle, de ce côté-là, les acteurs avancent à grands pas ;

La loi du 17 août 2015 pour la transition énergétique est une étape supplémentaire d’un mouvement engagé par le législateur depuis une décennie. Elle vient compléter la loi Grenelle 2 (art. 224) obligeant les sociétés de gestion à déclarer la manière dont elles prennent en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs investissements.

C’est désormais l’ensemble des gestionnaires d’actifs et des investisseurs institutionnels qui seront concernés par cette obligation de transparence. Laquelle se fait plus précise, plus exigeante et met l’accent sur le risque climatique.

Coup de tonnerre dans un ciel calme ? Nouvelle exception culturelle française ? Au contraire : cette loi fait écho à un mouvement de fond, mondial, engagé depuis plusieurs mois dans le secteur financier.

La finance à un tournant

Le risque carbone (et, au-delà, le risque climat, affectant notamment les chaînes logistiques ou les récoltes agricoles) est devenu une réalité pour nombre d’investisseurs dans le monde. De plus en plus nombreux sont les financiers considérant que le modèle des géants de l’hydrocarbure est menacé et, avec lui, celui des indices boursiers où ces industries pèsent un poids majeur.

Plusieurs initiatives mondiales lancées à l’automne 2014, au premier rang desquelles le Montreal Pledge, le Global Investor Statement on Climate Change et la Portfolio Decarbonization Coalition, réunissent aujourd’hui plusieurs centaines d’investisseurs représentant plusieurs milliards de dollars d’actifs. Le Montreal Pledge, par exemple, engage ses signataires à publier l’empreinte carbone de leur portefeuille d’investissement et à établir une stratégie pour la réduire.

Un puissant levier de transformation

L’extension à tous les investisseurs, via l’article L173 de la loi de transition énergétique, de l’obligation de reporting ESG est une mesure vertueuse, de nature à enclencher un mouvement massif de réduction de l’empreinte carbone des investissements.

Nos clients, une fois mesurées l’empreinte carbone de leurs actifs et/ou leur exposition au risque carbone, en tirent les conséquences opérationnelles. Soit en décidant de réallouer leurs investissements vers des actifs moins carbonés, soit en pratiquant un engagement actionnarial plus actif, poussant les entreprises à prendre des mesures pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre

Une ambition forte

Le législateur va encore plus loin lorsqu’il demande des informations sur les mesures prises par les investisseurs pour contribuer au respect de l’objectif international de limitation du réchauffement climatique et à l’atteinte des objectifs de la transition énergétique et écologique.

La réallocation du capital vers des secteurs moins carbonés ne suffit en effet pas : l’autre moitié du chemin reste à faire, celle qui consiste à investir dans les projets à valeur ajoutée environnementale (efficacité énergétique, énergies renouvelables, économie circulaire, greentech, …).

Le mouvement est bien engagé : on estime le marché mondial des greenbonds, pour ne citer qu’eux, à 36 Mds de $ en 2014, (3 fois plus qu’en 2013). Evolution elle-même importante pour améliorer la liquidité de ces marchés, attirer d’autres investisseurs, encourager de nouveaux émetteurs.

Une nécessaire vigilance

Attention, néanmoins : en ces matières, particulièrement complexes, il convient de ne pas confondre urgence et précipitation.

Le récent rapport de l’AMF sur l’ISR[1] vient fort opportunément de le rappeler : l’ISR ou l’intégration de critères ESG dans les politiques et portefeuilles d’investissement sont des champs encore nouveaux, où la marge de progression en matière de transparence et de fiabilité est substantielle.

D’où l’intérêt des précisions demandées par l’article L173 et son futur décret d’application : critères pris en compte, informations utilisées, méthodologie, résultats de l’analyse, prise en compte de ces analyses dans la politique d’investissement et, le cas échéant, dans la politique d’engagement auprès des émetteurs ou sociétés de gestion.

Nous qui accompagnons au quotidien les investisseurs dans l’analyse de leurs portefeuilles et de leurs projets d’investissement – tous actifs confondus –savons bien la difficulté à choisir les critères et les méthodologies pour refléter une réalité avérée. Surtout sur des champs d’évaluation nouveaux comme par exemple les greenbonds ou l’impact investing.

Nous ne pouvons donc que nous féliciter de la clarification qu’apportera au marché le nouveau cadre règlementaire. Nous sommes convaincus que cela conduira à la fois à consolider la valeur à long terme des portefeuilles et à soutenir la transition de nos sociétés vers un avenir moins carboné.

Anne Chanon, Directrice du Pôle conseil RSE chez EthiFinance.

EthiFinance est partenaire du Cercle des analystes indépendants. Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d’analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.


[1] Rapport sur l’investissement socialement responsable (ISR) dans la gestion collective – AMF, novembre 2015

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  • fpelu le jeudi 10 déc 2015 à 09:19

    Rien à ajouter, c'est désolant

  • clausfer le mercredi 9 déc 2015 à 16:09

    Eh oui, pour faire bosser trois personnes il faudra un bureau de vérification des émissions occupant dix personnes à temps plein. On a complètement perdu le sens de l'orientation, là. Les verts sont plus forts qu'une énarque pour conduire un pays à la ruine..

  • faites_c le mercredi 9 déc 2015 à 16:08

    "Nous sommes convaincus que cela conduira à la fois à consolider la valeur à long terme des portefeuilles et à soutenir la transition de nos sociétés vers un avenir moins carboné." Vous avez tout à fait raison!!! Dans un proche avenir il n'y aura plus aucune analyse à faire puisqu'il n'y aura plus aucune société industrielle en Europe et donc la valeur à long terme de vos portefeuilles sera égale à zéro définitivement!

  • faites_c le mercredi 9 déc 2015 à 16:05

    "C’est désormais l’ensemble des gestionnaires d’actifs et des investisseurs institutionnels qui seront concernés par cette obligation de transparence." Encore une contre-vérité d'un pseudo expert qui se cantonne uniquement aux actifs franco-français. Les gestionnaires d'actifs anglo-saxons se contrefoutent de la réglementation française! Personnellement, je regarde la rentabilité de mes investissements et ne m'occupe surtout pas de l'empreinte carbone qui est du pipeau

  • talobre le mercredi 9 déc 2015 à 15:47

    Ah bon ils veulent encore plus pourrir le climat alors!