La Fed va-t-elle résoudre ce soir son problème de communication ?

le , mis à jour à 14:09
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La Fed décidera probablement ce soir de maintenir le statu quo sur ses taux directeurs, mais le communiqué sera scruté avec grande attention pour y voir plus clair sur les prochaines décisions.
La Fed décidera probablement ce soir de maintenir le statu quo sur ses taux directeurs, mais le communiqué sera scruté avec grande attention pour y voir plus clair sur les prochaines décisions.

La Fed va publier ce soir à 19h un communiqué relatif à l’éventuelle modification de sa politique monétaire, sans conférence de presse de Janet Yellen. Aucun relèvement des taux n’est attendu aujourd’hui, mais des indications pourraient être apportées pour les mois à venir.

« Si la Fed décide de relever ses taux d’ici la fin de l’année, elle devrait préparer  le marché dès cette semaine », c’est-à-dire aujourd’hui, affirme Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires d’Allianz Global Investors. Néanmoins, une telle préparation est loin d’être certaine alors que tout pousse la Fed à prolonger le statu quo sur ses taux directeurs, qui restent à leur plancher depuis la crise financière de 2008, fluctuant dans une bande très limitée entre 0 et 0,25%.

Sans doute aucun mouvement avant de voir ce que fera la BCE en décembre

La principale raison est stratégique. La semaine dernière, la BCE a annoncé pour le mois de décembre un réexamen de son plan de relance en zone euro, c’est-à-dire un renforcement de la relance monétaire sur le Vieux continent. Ceci a eu un impact sur la parité euro-dollar en affaiblissant l’euro, ce qui bénéficie aux exportations européennes, et rend a contrario les entreprises américaines moins compétitives à l’échelle internationale à cause du dollar « fort ».

Bien que la parité euro-dollar ne soit pas officiellement un élément prioritaire pour la Fed, celui-ci entre néanmoins significativement dans la réflexion de la banque centrale sur la remontée des taux directeurs. Si la Fed remontait ses taux, les dépôts en dollar deviendraient mieux rémunérés que les dépôts en euro, ce qui inciterait de nombreux investisseurs à « rechercher du dollar », impactant au passage la parité euro-dollar. Or, un renfort du dollar pourrait significativement pénaliser les exportations et donc les résultats des entreprises américaines. Un impact se voit déjà dans les chiffres du troisième trimestre aux Etats-Unis, alors que le dollar s’est nettement renforcé face à l’euro depuis le début de l’année.

Ainsi, désormais, « les anticipations d’une décision de relèvement des taux d’intérêt américains d’ici la fin de l’année sont extrêmement faibles », explique Franck Dixmier.

L’économiste indépendante Véronique Riches-Flores rappelle pour sa part que l’absence de hausse des taux d’intérêt est aussi la résultante d’incertitudes récentes sur la santé de l’économie américaine. « La Fed aura bien du mal à trouver de quoi rosir le tableau d’une économie américaine en proie à un risque de plus en plus grand de récession », affirme l’économiste, faisant référence aux mauvais indicateurs publiés depuis cet été sur la production industrielle dans les différentes régions du pays.

Plusieurs éléments militent pourtant pour une remontée des taux

Franck Dixmier affirme pourtant : « Nous restons convaincus qu’une [remontée des taux] aurait tout son sens, compte tenu notamment de la solidité des fondamentaux et de la bonne orientation de l’économie américaine ». On notera que les interprétations divergent au sujet de la conjoncture économique actuelle aux Etats-Unis.

David Lafferty, vice-président de Natixis Global AM, rappelle pour sa part que la Fed doit théoriquement remplir un double objectif : favoriser le plein-emploi et obtenir une inflation d’environ 2%. Or, on considère qu’avec 5,1% de chômage aux Etats-Unis, le plein emploi est quasiment atteint. Quant à l’inflation, celle-ci reste proche de 0%, mais ce phénomène est relativement conjoncturel car principalement lié à la baisse des coûts du pétrole. Ainsi, l’accomplissement des objectifs de la Fed du côté de l'emploi « aurait dû signifier que la Fed était proche du point de resserrement », explique Natixis Global AM.

« Cependant, le message de la réunion de septembre a dérapé en raison de discussions sur "les récents développements économiques et financiers mondiaux" - à savoir, le ralentissement de l'économie de la Chine et l'impact de celui-ci sur les marchés émergents », rappelle la société de gestion. Ceci a bloqué la Fed dans son projet de remontée des taux. Par ailleurs, David Lafferty explique que la remontée des taux de la Fed « est rendue dangereuse dans le monde d'aujourd'hui où la demande globale stagne, où la croissance des salaires est minime et où l'inflation reste obstinément faible ».

Problème de communication

C’est finalement la communication de la Fed pour préparer un éventuel relèvement des taux directeurs qui laisse sceptique les opérateurs de marché. « Alors que la présidente Janet Yellen et son prédécesseur, Ben Bernanke, ont toujours défendu l'idée d'une plus grande transparence par le biais d'orientations claires et d'autres outils de communication, le message est devenu un peu plus confus ces derniers temps », résume David Lafferty.

Le message de la Fed en septembre sur les craintes relatives aux pays émergents a par ailleurs eu du mal à être interprété. « La Fed aurait-elle ajouté à sa liste de variables les "développements économiques mondiaux" ? Il n'existe pas d'orientations claires ».

David Lafferty conclut : « La Fed n'a pas encore de problèmes de communication, mais elle est sur le point d'en avoir un si elle continue de parler de "développements mondiaux" [pour justifier une absence de hausse des taux], sans plus de précisions ». De même, estime la même source, la Fed aurait un problème de communication important « si le taux de chômage tombe en dessous des 5% sans une hausse des taux d'intérêt ».

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • M453726 le mercredi 28 oct 2015 à 15:19

    La Fed n'est plus tout crédible. Après avoir passé un an à nous dire qu'elle allait probablement augmenter les taux, cela fait trois mois qu'elle passe son temps à nous dire qu'elle ne le fera peut être pas.Sans parler du motif, dorénavant qui peut être extérieur (comme avec la Chine).Plus du tout crédible on vous dit. C'est là le signe que quelque chose de grave se passe.

  • gacher le mercredi 28 oct 2015 à 14:34

    la finance a tué l’économie.ils se sont servis, mais ils n'en restera rien

  • Yatino le mercredi 28 oct 2015 à 14:33

    "la fed aura du mal à ne pas monter les taux si le taux de chômage passe sous 5%" dixit natixis;Au US 5.10% de chômeurs = 7.500.000 chômeurs.........mais il y a 94.000.000 de personnes qui ne sont comptabilisées dans la population active (mais en âge de travailler) - US BUREAU OF LABOR STATISTICS-Dans ces 94.000.000 il y en a 46.000.000 qui vont au "resto du coeur versionUS"; Alors le plein emploi!!!!!!!!

  • guerber3 le mercredi 28 oct 2015 à 13:18

    On pourrait même dire : " repaire "...!

  • guerber3 le mercredi 28 oct 2015 à 13:17

    La FED n' a rien à dire...et peut donc disparaître, cela ferait un repère de voyous en moins...!

  • ternisie le mercredi 28 oct 2015 à 13:07

    planche à billets encore pitié encore...

  • cracboui le mercredi 28 oct 2015 à 12:59

    Monde surendetté = économie asphyxiée = pas de reprise. La partie est bientôt terminée et perdue d'avance mais aucun politique et aucun banquier central ne souhaite être celui qui va faire exploser le système et être considéré comme celui qui aura détruit l'économie telle qu'elle est aujourd'hui.