La Fed surprend en ne réduisant pas ses rachats d'actifs

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LA FED NE MODIFIE PAS SA POLITIQUE MONÉTAIRE
LA FED NE MODIFIE PAS SA POLITIQUE MONÉTAIRE

par Pedro da Costa et Alister Bull

WASHINGTON (Reuters) - La Réserve fédérale a annoncé mercredi qu'elle continuerait à racheter des obligations au rythme mensuel de 85 milliards de dollars, s'inquiétant des pressions que pourrait créer sur l'économie une nette hausse des coûts d'emprunt ces derniers mois.

La décision a surpris des marchés qui s'attendaient à une réduction, même modeste, de ses rachats d'actifs. Le président Ben Bernanke, lors d'une conférence de presse donnée après les annonces de la banque centrale, n'a pas voulu s'engager à diminuer les achats dans le courant de l'année, comme il l'avait laissé entendre précédemment.

"Il n'y a pas de calendrier fixé; je tiens vraiment à le souligner", a-t-il déclaré. "Si les données confirment nos projections de base, si nous gagnons plus en confiance dans ces perspectives... alors nous pourrions agir dans le courant de l'année".

La Bourse a réagi à la hausse à cette annonce, avec les indices Dow Jones et S&P-500 qui ont atteint de nouveaux records en séance. Le dollar est tombé à un plus bas de sept mois contre l'euro, tandis que le marché obligataire américain a fortement progressé. L'or, un instrument de couverture habituel de l'inflation, a également monté.

"La Réserve fédérale reste vraiment préoccupée de l'atonie globale de l'économie, préférant prendre le risque d'être trop tempérée trop longtemps plutôt que de resserrer les conditions monétaires prématurément", observe Mohamed El-Erian (Pimco).

La Fed a par ailleurs ramené sa prévision de croissance pour 2013 à une fourchette de 2% à 2,3% contre 2,3% à 2,6% dans son estimation de juin. Pour 2014, la révision à la baisse est encore plus nette, passant de 3,0-3,5% à 2,9-3,1%.

L'institut d'émission a évoqué des tensions sur l'économie nées d'une politique budgétaire plus stricte et d'une hausse des taux d'intérêt dans l'immobilier, pour décider de ne pas dénouer son programme dit d'assouplissement quantitatif, qui en est à sa troisième déclinaison (QE3).

"Le durcissement des conditions financières observé ces derniers mois, s'il persistait, pourrait ralentir le rythme d'amélioration de la conjoncture de l'économie et du marché du travail", explique la Fed dans un communiqué publié au terme d'une réunion de deux jours de son Comité de politique monétaire (Fomc).

UNE SEULE VOIX DISSIDENTE

Dans son communiqué, la Fed observe malgré tout que l'économie continue de faire des progrès malgré l'alourdissement de la fiscalité et les coupes budgétaires à Washington.

"En prenant en compte l'ampleur de l'austérité budgétaire fédérale, le Comité considère l'amélioration de l'activité économique et de la situation du marché de l'emploi, depuis qu'il a lancé son programme de rachats d'actifs voici un an, comme cohérent avec un renforcement de fond de l'économie dans son ensemble", écrit encore la Fed.

"Le Comité a décidé d'attendre plus de preuves d'une amélioration soutenue avant d'ajuster le rythme de ses achats", ajoute-t-elle, signalant ainsi que le dénouement du programme de rachat d'actifs reste d'actualité.

Ben Bernanke avait dit en juin que la Fed s'attendait à amorcer le dénouement de ses rachats d'actifs dans le courant de l'année, dans l'optique de mettre fin au programme d'ici la mi-2014, période où la banque centrale projetait alors un taux de chômage tournant autour de 7%.

Ben Bernanke a finalement dit mercredi que ce taux de 7% n'était pas un "chiffre magique" que les responsables monétaires prenaient pour étalon pour déterminer quand arrêter le programme de rachats.

"Nous pourrions débuter dans le courant de l'année. Mais même dans ce cas, les mesures qui s'ensuivraient dépendraient des progrès réguliers et constants de l'économie", a-t-il expliqué. "Nous n'avons pas de calendrier fixé mais nous avons le même schéma de base que celui décrit en juin".

Un seul des membres du Fomc a eu un avis divergent, la présidente de la Fed de Kansas City Esther George, qui redoute les effets de bulle financière que pourrait déclencher la politique actuelle de la Fed.

La Fed maintient son taux d'intervention proche de zéro depuis fin 2008 et a plus que triplé son bilan à plus de 3.600 milliards de dollars en trois vagues massives de rachats obligataires visant à maintenir les coûts d'emprunt bas.

Pour tenter d'atténuer tout soubresaut des marchés consécutif à son annonce, la Fed a réaffirmé qu'elle laisserait les taux en l'état tant que le taux de chômage ne sera pas tombé à 6,5% et tant que l'inflation ne menacera pas de dépasser 2,5%. Le taux de chômage est actuellement de 7,3%.

Enfin, la plupart des membres du Comité de politique monétaire, soit 12 sur 17, pensent en outre que la première hausse des taux d'intérêt interviendra en 2015. Ils étaient 14 précédemment.

Wilfrid Exbrayat pour le service français

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