La Fed donne un coup de pouce à la BCE en relevant ses taux

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    * La décision de la Fed allège la pression sur la BCE 
    * Les marchés saluent calmement l'ère de la divergence 
    * Un recul de l'euro doublement bénéfique pour la BCE 
 
    par Francesco Canepa et John O'Donnell 
    FRANCFORT, 17 décembre (Reuters) - En resserrant sa 
politique monétaire pour la première fois depuis près de 10 ans, 
la Réserve fédérale américaine a rendu service à la Banque 
centrale européenne (BCE), qui pourrait voir retomber la 
pression exercée par ceux qui lui réclament de nouvelles mesures 
d'assouplissement. 
    Devenue réalité, la divergence des politiques monétaires 
entre les deux principales banques centrales de la planète 
présente quelques avantages pour l'institution de Francfort. 
    Engagée depuis mars sur la voie de l'assouplissement 
quantitatif (QE), la BCE a abaissé le 3 décembre dernier l'un de 
ses taux directeurs -- le taux des dépôts passé encore plus en 
territoire négatif -- et prolongé d'au moins six mois son 
programme d'achats de titres sur les marchés. 
    Les investisseurs ont jugé ces mesures insuffisantes, 
reprochant notamment à la banque centrale de ne pas avoir 
augmenté le montant de ses achats mensuels, qui reste à 60 
milliards d'euros. 
    En relevant mercredi son taux d'intervention, la Fed a 
entraîné immédiatement une baisse de l'euro, un phénomène qui 
aurait un double avantage pour la BCE s'il se prolongeait 
puisqu'il aurait comme effet à la fois de favoriser les 
exportateurs de l'union monétaire et de réveiller une inflation 
assoupie.    
    La réaction calme des marchés à la décision de la Fed 
suggère en outre que les investisseurs acceptent le principe de 
la divergence entre les deux banques centrales, ce qui pourrait 
aider la BCE à poursuivre sur sa voie actuelle sans trop de 
pression. 
     
    L'EURO POURRAIT ENCORE BAISSER 
    "La BCE pourra maintenant jusqu'à un certain point 
désolidariser les conditions de financement dans la zone euro de 
celles aux Etats-Unis", analyse Dirk Schumacher, économiste de 
Goldman Sachs. "Le phénomène de la divergence est là pour un 
moment". 
    La réaction des marchés après la décision de la Fed, avec 
non seulement une baisse de l'euro mais aussi un repli des 
rendements des emprunts d'Etat des principales économies de la 
zone euro, est interprétée par certains analystes comme un 
satisfecit adressé à la Fed et une façon de réparer les dégâts 
d'une certaine maladresse de la BCE.  
    "Nous ne voyons pas la politique monétaire américaine 
déborder sur l'Europe et nous ne le verrons pas car la hausse 
des taux avait été totalement anticipée", fait valoir Marco 
Brancolini, stratège taux chez RBS. 
    "Surtout, les taux en zone euro ne subiront l'influence des 
taux américains qu'à très court terme. Sur le long terme, le 
niveau des Bunds à 10 ans dépendra (...) de la politique 
monétaire (de la BCE)". 
    Pour certains, la vraie bonne nouvelle du tour de vis 
monétaire de la banque centrale américaine pourrait être que 
l'euro continue à se déprécier face au dollar. 
    "Il y a le potentiel pour que l'euro se dévalue encore et 
c'est la meilleure chose qui puisse arriver à la zone euro", dit 
ainsi Peter Bofinger, l'un des "sages" qui conseillent le 
gouvernement allemand en matière de politique économique. 
    Ceci, combiné à une accélération de la reprise, rendrait 
moins nécessaire une nouvelle action de la BCE. De fait, les 
analystes interrogés par Reuters n'évaluent qu'à 40% la 
probabilité qu'elle agisse à nouveau l'an prochain.  
     
 
 (Patrick Vignal pour le service français) 
 
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