La Fed à contre-courant d'une vague mondiale de baisse des taux

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    * Les divergences monétaires, reflet du découplage des 
économies 
    * Onze banques centrales ont baissé leur taux en mai 
    * La Fed a accompagné le mouvement en retardant une hausse 
de taux 
 
    par Jamie McGeever 
    LONDRES, 1er juin (Reuters) - La divergence de politique 
monétaire entre la Réserve fédérale américaine et les autres 
banques centrales à travers le monde s'accentue, la première 
préparant le terrain à une nouvelle hausse de ses taux 
directeurs quand les autres agissent en sens inverse.  
    Pas moins de 53 banques centrales ont assoupli leur 
politique monétaire depuis le début de l'année dernière, en 
abaissant leurs taux directeurs dans la plupart des cas.  
    Le rythme d'assouplissement des politiques monétaires s'est 
même accéléré récemment, alors que la Fed se rapproche de la 
deuxième étape du cycle de hausse de taux amorcé en décembre.  
    "Je n'arrive même pas à me rappeler d'une situation 
comparable dans le passé", a dit Torsten Slok, en charge de 
l'économie internationale pour la Deutsche Bank et ancien 
économiste au Fonds monétaire international.  
    "Lorsque j'étais au FMI, il n'y avait qu'un cycle économique 
mondial. A la fin des années 1990 et au début des années 2000, 
un découplage comme celui que nous connaissons actuellement 
aurait été impossible."  
    Les risques déflationnistes liés au plongeon des cours du 
pétrole au second semestre 2014 ont été la principale raison 
poussant les banques centrales à l'action: quatorze d'entre 
elles ont assoupli leur politique monétaire en janvier 2015, 11 
en février et 12 en mars.  
    Le nombre mensuel de baisses de taux a ensuite diminué au 
fil de l'année pour tomber à trois en août et en octobre avant 
que la Fed ne décide de sa première hausse de taux en une 
décennie.  
     
    MARGES DE MANOEUVRE POUR UN RELÈVEMENT DE LA FED  
    En dépit d'un rebond de 75% des prix du pétrole par rapport 
aux plus bas de plus de dix ans atteints en janvier, le 
mouvement d'assouplissement monétaire est reparti de plus belle. 
    Douze banques centrales ont assoupli leur politique 
monétaire en mars, dix en avril et onze en mai. Onze d'entre 
elles ont même amorcé un cycle de baisse de taux depuis le 
relèvement de ses taux par la Réserve fédérale. 
    Cette divergence peut laisser penser que l'économie 
américaine est en meilleure posture que le reste de l'économie 
mondiale. Elle est en relativement isolée, le commerce extérieur 
ne représentant que 15% du produit intérieur brut, contre plus 
de deux fois plus dans la plupart des autres grandes économies 
développées ou émergentes. 
    Pourtant, la Fed a déjà renoncé à deux reprises à une 
nouvelle hausse des taux depuis décembre en mettant en avant le 
contexte international et les risques de déstabilisation des 
marchés financiers et des économies émergentes qu'un nouveau 
durcissement pourrait déclencher.  
    De la mi-2014 à la fin de l'année dernière, le dollar s'est 
apprécié d'environ 25% contre un panier de devises, ce qui a 
représenté un durcissement des conditions monétaires aux 
Etats-Unis équivalent à un relèvement de 200 points de base des 
taux directeurs selon Goldman Sachs. 
    Cette appréciation du billet vert a moins pénalisé les 
Etats-Unis que le reste de l'économie mondiale en raison des 
sorties de capitaux des marchés émergents et des hésitations de 
politique économique en Chine qu'elle a provoquées, estiment 
certains économistes. 
     
    L'INFLATION, FACTEUR CLÉ DU MOUVEMENT GÉNÉRAL 
    La présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, et 
d'autres responsables monétaires américains ont abondamment fait 
référence à l'environnement économique mondial, à la Chine et au 
dollar dans leurs interventions au cours des six derniers mois, 
ce qui souligne qu'ils sont tout à fait conscients de l'impact 
global de la remontée des taux américains.  
    Avec l'assouplissement monétaire pratiqué par de nombreuses 
autres banques centrales, les conditions financières se sont 
détendues de l'équivalent de 100 points de base depuis le début 
de l'année, ce qui a soutenu le cours des actifs risqués à 
travers le monde et dégagé des marges de manoeuvre pour que la 
Fed relève à nouveau ses taux.  
    Pour Francesco Garzarelli, qui co-dirige la recherche 
macroéconomique et sur les marchés de Goldman Sachs, la Fed a 
elle-même contribué au cycle d'assouplissement mondial cette 
année en ne relevant pas ses taux depuis décembre.  
    "Les marchés ont vu la Fed en mode 'stop and go' à deux 
reprises, mais la hausse finira par arriver, peut-être en juin." 
    Il estime qu'il faudra que l'inflation reparte à la hausse à 
travers le monde pour que d'autres banques centrales changent 
l'orientation de leur politique monétaire. Et il ajoute que le 
biais accommodant serait sans doute moindre si les Etats 
prenaient leur part du soutien à la reprise par la biais de 
dépenses d'investissement et de réformes structurelles. 
    "Cette transition se met lentement en place et l'interaction 
entre les autorités monétaires et budgétaires pourrait modifier 
les anticipations de marché", prévient-il.  
     
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand) 
 
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