La Fed à contre-courant d'une vague mondiale de baisse des taux

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LA FED À CONTRE-COURANT D'UNE VAGUE MONDIALE DE BAISSE DES TAUX
LA FED À CONTRE-COURANT D'UNE VAGUE MONDIALE DE BAISSE DES TAUX

par Jamie McGeever

LONDRES (Reuters) - La divergence de politique monétaire entre la Réserve fédérale américaine et les autres banques centrales à travers le monde s'accentue, la première préparant le terrain à une nouvelle hausse de ses taux directeurs quand les autres agissent en sens inverse.

Pas moins de 53 banques centrales ont assoupli leur politique monétaire depuis le début de l'année dernière, en abaissant leurs taux directeurs dans la plupart des cas.

Le rythme d'assouplissement des politiques monétaires s'est même accéléré récemment, alors que la Fed se rapproche de la deuxième étape du cycle de hausse de taux amorcé en décembre.

"Je n'arrive même pas à me rappeler d'une situation comparable dans le passé", dit Torsten Slok, chargé de l'économie internationale pour la Deutsche Bank et ancien économiste au Fonds monétaire international.

"Lorsque j'étais au FMI, il n'y avait qu'un cycle économique mondial. A la fin des années 1990 et au début des années 2000, un découplage comme celui que nous connaissons actuellement aurait été impossible."

Les risques déflationnistes liés au plongeon des cours du pétrole au second semestre 2014 ont été la principale raison poussant les banques centrales à l'action : quatorze d'entre elles ont assoupli leur politique monétaire en janvier 2015, 11 en février et 12 en mars.

Le nombre mensuel de baisses de taux a ensuite diminué au fil de l'année pour tomber à trois en août et en octobre avant que la Fed ne décide de sa première hausse de taux en une décennie.

MARGES DE MANOEUVRE

En dépit d'un rebond de 75% des prix du pétrole par rapport aux plus bas de plus de dix ans atteints en janvier, le mouvement d'assouplissement monétaire est reparti de plus belle.

Douze banques centrales ont assoupli leur politique monétaire en mars, dix en avril et onze en mai. Onze d'entre elles ont même amorcé un cycle de baisse de taux depuis le relèvement de ses taux par la Réserve fédérale.

Cette divergence peut laisser penser que l'économie américaine est en meilleure posture que le reste de l'économie mondiale. Elle est en fait relativement isolée, le commerce extérieur ne représentant que 15% du produit intérieur brut, contre plus de deux fois plus dans la plupart des autres grandes économies développées ou émergentes.

Pourtant, la Fed a déjà renoncé à deux reprises à une nouvelle hausse des taux depuis décembre en mettant en avant le contexte international et les risques de déstabilisation des marchés financiers et des économies émergentes qu'un nouveau durcissement pourrait déclencher.

De la mi-2014 à la fin de l'année dernière, le dollar s'est apprécié d'environ 25% contre un panier de devises, ce qui a représenté un durcissement des conditions monétaires aux Etats-Unis équivalent à un relèvement de 200 points de base des taux directeurs selon Goldman Sachs.

Cette appréciation du billet vert a moins pénalisé les Etats-Unis que le reste de l'économie mondiale en raison des sorties de capitaux des marchés émergents et des hésitations de politique économique en Chine qu'elle a provoquées, estiment certains économistes.

L'INFLATION, FACTEUR CLÉ

La présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, et d'autres responsables monétaires américains ont abondamment fait référence à l'environnement économique mondial, à la Chine et au dollar dans leurs interventions au cours des six derniers mois, ce qui souligne qu'ils sont tout à fait conscients de l'impact global de la remontée des taux américains.

Avec l'assouplissement monétaire pratiqué par de nombreuses autres banques centrales, les conditions financières se sont détendues de l'équivalent de 100 points de base depuis le début de l'année, ce qui a soutenu le cours des actifs risqués à travers le monde et dégagé des marges de manoeuvre pour que la Fed relève à nouveau ses taux.

Pour Francesco Garzarelli, qui co-dirige la recherche macroéconomique et sur les marchés de Goldman Sachs, la Fed a elle-même contribué au cycle d'assouplissement mondial cette année en ne relevant pas ses taux depuis décembre.

"Les marchés ont vu la Fed en mode 'stop and go' à deux reprises, mais la hausse finira par arriver, peut-être en juin."

Il estime qu'il faudra que l'inflation reparte à la hausse à travers le monde pour que d'autres banques centrales changent l'orientation de leur politique monétaire. Et il ajoute que le biais accommodant serait sans doute moindre si les Etats prenaient leur part du soutien à la reprise par la biais de dépenses d'investissement et de réformes structurelles.

"Cette transition se met lentement en place et l'interaction entre les autorités monétaires et budgétaires pourrait modifier les anticipations de marché", prévient-il.

(Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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  • M9425023 il y a 6 mois

    Mais qui a intérêt à un vrai redémarrage de l'économie mondiale. Certainement pas ceux qui en ont le pouvoir et qui craignent un retour des pénuries de matières premières qui enrichissent les pays non occidentaux. Ceux qui détiennent le pouvoir de la reprise économique ont intérêt à durer et gérer la "petite semaine" et allonger le temps. C'est plus grave que ce l'on pense.

  • M9425023 il y a 6 mois

    Ce n'est pas tant le taux qui est important, mais le sens de l'évolution. Ce qu'à bien compris la fed. Si le taux demain doit être plus élevé qu'aujourd'hui, autant accélérer les projets,les investissements et leurs financement à bon compte. L'économie réelle fonctionne sur les taux relatifs, pas absolus. Attendons le coup d'envoi de la BCE et l'économie va repartir pour de bon. Les autres suivront. Pour pouvoir faire cela il fallait descendre au plus bas, et là, on y est.