La famine menace la ville syrienne assiégée de Madaya

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    par Tom Perry 
    BEYROUTH, 7 janvier (Reuters) - La famine menace les 
habitants assiégés de la ville syrienne de Madaya, près de la 
frontière libanaise, maintenant que l'hiver s'est installé dans 
la région.  
    La levée du blocus de cette localité par les forces 
gouvernementales est devenu l'une des principales exigences de 
l'opposition pour participer à des pourparlers de paix avec 
Damas. 
    Au moins dix personnes y sont mortes de faim au cours des 
six dernières semaines, d'après le décompte de l'Observatoire 
syrien des droits de l'homme (OSDH), alors que des militants de 
l'opposition parlent de dizaines de morts, chiffre que Reuters 
n'est pas en mesure de confirmer.  
    "On vivait de feuilles d'arbres, de plantes, mais on est 
aujourd'hui piégé par une tempête de neige et il n'y a plus ni 
plantes ni feuilles", explique Madjed Ali, un militant âgé de 28 
ans joint par téléphone dans la ville. "Je pesais 114 kilos 
avant le siège. J'en pèse aujourd'hui 80." 
    Les habitants se débrouillent avec de l'eau parfumée avec 
des épices, du citron, du sel et du vinaigre, quand ils en ont, 
ajoute Abou Hassan Moussa, chef du conseil de l'opposition de 
Madaya. Le riz ou le lait en poudre, lorsqu'ils sont 
disponibles, peuvent atteindre 300 dollars le kilo.  
    Cinquante centimètres de neige sont tombés cette semaine et 
on brûle des meubles et des portes en bois pour se chauffer, 
explique un autre militant.  
    Selon le Programme alimentaire mondial des Nations unies 
(Pam), 40.000 personnes sont menacées de famine à Madaya.  
"Madaya a été ravitaillée pour la dernière fois le 17 octobre 
dernier avec 3.900 rations alimentaires, assez pour nourrir plus 
de 19.000 personnes pendant un mois. Depuis, aucune aide 
alimentaire ou humanitaire n'a pu parvenir dans ce secteur comme 
prévu", a expliqué Bettina Lüscher, porte-parole du Pam. 
     
    BOUCLAGE 
    L'accès à la ville a été demandé à six reprises en 2015 par 
les agences humanitaires mais les autorités ne l'ont accordé 
qu'une seule fois.  
    Le sort de la ville paraît lié à celui des villages chiites 
d'Al Foua et Kefraya, assiégés par la rébellion dans la province 
d'Idlib. Un accord de cessez-le-feu a été conclu en septembre 
pour ces trois localités, ainsi que la ville de Zabadani, mais 
sa mise en oeuvre est lente.  
    La dernière livraison humanitaire à Madaya a été effectuée 
en même temps qu'une livraison similaire à Al Foua et Kefraya.  
    Le siège de Madaya a commencé il y a environ six mois, au 
début d'une offensive des forces gouvernementales et de son 
allié le Hezbollah libanais pour reprendre le contrôle des zones 
le long de la frontière syro-libanaise.  
    Selon une source proche du gouvernement syrien connaissant 
bien la situation à Madaya, il est faux de dire que les civils 
sont empêchés de quitter la ville. Cette même source estime que 
le nombre d'habitants assiégés est exagéré.  
    L'OSDH rapporte en revanche que 15 personnes, y compris des 
enfants, ont été tués alors qu'ils essayaient de fuir la ville, 
soit par des tirs des forces loyalistes, soit par des mines.  
    Dans ce contexte, la perspective de pourparlers entre Damas 
et l'opposition, fin janvier à Genève, paraît bien lointaine.  
    L'une des conditions posées par l'opposition à ces 
négociations est l'accès de l'aide humanitaire aux zones 
assiégées ou difficiles à atteindre.  
    "Les négociations n'ont aucun sens tant que nous sommes 
assiégés, tant que nous rêvons d'une tasse de lait pour un 
enfant. Qu'est-ce qu'on va négocier ? Nos morts ?" dit l'un des 
militants de Madaya.  
 
 (avec Suleiman al Khalidi et Laila Bassam à Beyrouth et 
Stephanie Nebehay à Genève; Jean-Stéphane Brosse pour le service 
français) 
 
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