La famille de Rémi Fraisse demande des explications à Hollande

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* Délai de 48 heures avant de connaître les circonstances * Les parents du défunt veulent "la vérité" * Cazeneuve dément avoir donné des instructions de fermeté (Actualisé avec Bernard Cazeneuve) PARIS, 6 novembre (Reuters) - La famille de Rémi Fraisse, jeune militant tué sur le site du barrage de Sivens (Tarn) fin octobre, a demandé jeudi à François Hollande d'expliquer le silence des autorités pendant 48 heures, alors qu'elles connaissaient selon elle les circonstances de sa mort dès le premier jour. Me Arié Alimi, qui représente les proches du défunt, a lu à la presse une déclaration de la famille, qui assure, en se fondant sur des éléments de l'enquête de flagrance, que les gendarmes ont immédiatement su qu'une grenade offensive était à l'origine de son décès. Les déclarations des proches de Rémi Fraisse, dont la mort a suscité une vague d'émotion dans tout le pays, sont intervenues à quelques heures de l'émission télévisée de mi-mandat du chef de l'Etat, au plus bas dans les sondages. "Pourquoi, M. le président de la République, alors que les militaires le voient distinctement tomber, à la suite de l'explosion de la grenade, que les circonstances de sa mort sont connues dès cet instant, la vérité sur la mort de notre enfant et frère n'a-t-elle pas été immédiatement révélée?", s'interrogent-ils. Mediapart affirme jeudi que l'Etat a su "immédiatement" que le jeune était mort des suites d'un tir de grenade offensive et tenté pendant 48 heures de "brouiller les pistes". Dans la nuit du 25 au 26 octobre, environ 40 grenades offensives ont été lancées par les militaires, selon le site d'information. Celle qui a tué Rémi Fraisse "sur le coup" visait "directement" un petit groupe de quatre à cinq jeunes qui leur lançait des pierres et des mottes de terre, ajoute-t-il. "Équipés de jumelles à vision nocturne, plusieurs gendarmes reconnaîtront avoir vu tomber le jeune homme tout de suite après l'explosion, et avoir compris immédiatement ce qui venait de se passer, selon des sources proches du dossier", écrit Mediapart. "DOCTRINE CONFORME À L'ETAT DE DROIT" Il faudra pourtant attendre le 28 octobre pour que le procureur d'Albi, Claude Dérens, indique que le jeune homme avait sans doute été victime d'une grenade offensive. Bernard Cazeneuve a annoncé dans la foulée qu'il en suspendait l'utilisation. "Pendant plus de deux jours, alors qu'effectivement les éléments sont clairs, que tout le monde sait ce qui s'est passé, précisément, dès l'instant où la grenade est tombée, on n'a pas voulu dire ce qui s'est passé, je ne comprends pas, comme la famille de Rémi ne le comprends pas", a dit Me Arié Alimi. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a répété jeudi soir que sa doctrine était de laisser la justice s'exprimer en premier pour que l'on ne puisse pas penser que le gouvernement cherche à faire pression sur elle. "Il y a une doctrine qui a été établie, elle est conforme à l'Etat de droit", a-t-il dit à la presse à l'issue d'une réunion à Paris des ministres de l'Intérieur du G6 européen. Outre le délai observé avant que soient communiqués des éléments sur sa mort, les parents de Rémi Fraisse s'interrogent sur la raison pour laquelle le préfet du Tarn a appelé, disent-ils, à une "extrême sévérité" à l'égard des manifestants. Ils demandent aussi au président des explications sur la présence de militaires, "en si grand nombre et surarmés", alors qu'aucun bien ni personne ne nécessitaient de protection sur le site du barrage. Bernard Cazeneuve a démenti avoir donné des instructions de fermeté aux gendarmes chargés de protéger les travaux du site. "Je le dis solennellement, parce que c'est la vérité, je n'ai jamais donné aucune instruction à un fonctionnaire pour qu'il y ait de la fermeté ou une surréaction. Au contraire, j'ai donné des instructions d'apaisement", a-t-il déclaré jeudi. (Chine Labbé, avec Gérard Bon, édité par Sophie Louet)

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