La famille Agnelet se déchire aux assises

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THOMAS AGNELET RÉCUSE LES ACCUSATIONS CONTRE SON PÈRE SUR AGNÈS LE ROUX
THOMAS AGNELET RÉCUSE LES ACCUSATIONS CONTRE SON PÈRE SUR AGNÈS LE ROUX

par Pierre-Henri Allain

RENNES (Reuters) - La mère et le frère de Guillaume Agnelet, qui accuse son père d'avoir tué en 1977 Agnès le Roux, une riche héritière d'un casino niçois, ont formellement démenti mercredi des allégations mises sur le compte d'un homme psychologiquement perturbé.

Un des fils de Maurice Agnelet et sa première épouse Annie Litas, qui s'est exprimée par visioconférence, ont témoigné devant la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine après les accusations formulées lundi dernier par Guillaume.

Selon ce dernier, sa mère lui aurait révélé au début des années 1990 les détails du crime, resté jusqu'à présent sans cadavre, qui aurait été commis en Italie il y a 36 ans à l'aide d'une arme à feu, alors que Maurice Agnelet et la victime faisaient du camping sauvage près de Monte Cassino.

Guillaume Agnelet affirme qu'à deux reprises son père lui a aussi confié que "tant qu'ils ne retrouveraient pas le corps", il serait "tranquille" et qu'il savait où il se trouvait.

Interrogée mercredi par le président de la cour d'assises, Annie Litas, aujourd'hui âgée de 72 ans, a nié à plusieurs reprises avoir fait de quelconques révélations à son fils.

"Je le conteste formellement et je trouve ça complètement irréaliste, rocambolesque", a t-elle déclaré au sujet de la scène de crime racontée par son fils.

Guillaume Agnelet raconte que le corps d'Agnès Le Roux aurait été dénudé et déposé dans un sous-bois et le véhicule du couple abandonné sur le parking d'une gare ferroviaire.

Invitée a donner son interprétation des déclarations tardives de son fils, qui avait toujours soutenu l'innocence de son père auparavant, Annie Litas les a attribuées aux "souffrances" endurées par son fils en raison de l'affaire.

"Guillaume est en grande souffrance, il a besoin de prouver qu'il rejette sa famille", a-t-elle dit, ajoutant que son fils avait été à un certain moment "en dépression" et qu'elle avait craint qu'il ait "perdu l'équilibre psychique".

DES RÉVÉLATIONS "INCROYABLES"

Guillaume Agnelet, un informaticien de 45 ans, a maintenu mercredi la teneur de ses dernières dépositions.

"Je ne fais que retranscrire ce qui est là depuis 30 ans maintenant, au plus près de mes souvenirs. Je ne fais la guerre à personne", a t-il déclaré à la barre.

"Il y avait en moi un dilemme qui ne s'est résolu qu'au pied du mur. J'ai senti que si je ne le faisais pas maintenant, je le regretterais toute ma vie", a t-il ajouté pour expliquer les raisons qui l'ont poussé à dévoiler ces derniers jours "un secret familial" qui le "tue à petit feu".

Son frère Thomas, 42 ans, a de nouveau jugé les affirmations de son aîné "incroyables".

"Cela aurait provoqué un tel bouleversement dans le foyer que je m'en serais rendu compte" a t-il dit.

Ex-avocat niçois, Maurice Agnelet, 76 ans, est jugé depuis trois semaines à Rennes pour l'assassinat d'Agnès le Roux, riche héritière du Palais de la Méditerranée, un casino niçois. La femme avait disparu en octobre 1977 sur fond de guerre des casinos et son corps n'a jamais été retrouvé.

Soupçonné d'avoir voulu se débarrasser de sa maîtresse pour récupérer l'argent de la vente du casino, Maurice Agnelet a d'abord bénéficié d'un non-lieu avant que la réouverture du dossier en décembre 2000, l'une de ses ex-épouses revenant sur l'alibi qu'elle lui avait fourni.

Lors d'un premier procès en 2006 à Nice, Maurice Agnelet a été acquitté puis condamné en appel un an plus tard à vingt ans de réclusion par la cour d'Aix-en-Provence.

En janvier 2013, la Cour européenne des droits de l'homme a toutefois jugé que ce second procès, en l'absence de preuves matérielles, n'avait pas été équitable et a renvoyé l'affaire devant les assises d'Ille et Vilaine.

Le verdict est attendu vendredi.

(Edité par Yves Clarisse)

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