La faillite de Gowex jette un froid sur la Bourse espagnole

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INTERROGATIONS APRÈS LA FAILLITE DU FOURNISSEUR ESPAGNOL D'ACCÈS À INTERNET GOWEX
INTERROGATIONS APRÈS LA FAILLITE DU FOURNISSEUR ESPAGNOL D'ACCÈS À INTERNET GOWEX

par Julien Toyer

MADRID (Reuters) - La faillite du fournisseur espagnol d'accès à internet en wifi Gowex risque de mettre à mal la confiance des investisseurs dans le marché boursier espagnol au moment où les capitaux étrangers commencent à revenir après cinq années de crise économique.

Gowex, coté sur le Mercado Alternativo Bursatil (MAB), le marché alternatif de la Bourse de Madrid, a annoncé dimanche son dépôt de bilan et son PDG et fondateur Jenaro Garcia Martin a démissionné après avoir admis qu'il avait fait état de comptes falsifiés depuis au moins quatre ans.

Cette faillite soulève des questions non seulement sur la qualité de la supervision boursière en Espagne mais aussi sur la santé d'autres sociétés qui, faute d'accès à des financements bancaires pendant la crise, ont choisi de lever des fonds en se faisant coter sur le MAB.

"Il y a beaucoup de doutes et un manque de confiance", dit Nuria Alvarez, analyste chez le courtier Renta 4, pour qui cette affaire risque de faire du tort à la réputation de la place.

Le MAB dépend tout à la fois de l'opérateur de la Bourse de Madrid, Bolsas y Mercados Espanoles (BME), et de la commission des opérations de Bourse, la Comision Nacional del Mercado de Valores (CNMV).

Lundi matin, quatre sociétés cotées sur le MAB - Ibercom, Ebioss, Carbures et Eurona - ont demandé leur transfert sur le marché principal alors que l'affaire Gowex faisait chuter leurs titres par ricochet.

L'opérateur boursier BME a lui-même accusé le coup, affichant en fin de journée un recul de 2,71% - la plus forte baisse de l'indice Ibex des valeurs vedettes espagnoles.

"C'est triste parce que beaucoup de petits actionnaires ont perdu de l'argent et certains vont parler d'une affaire Madoff à l'espagnole", déclare Zaryn Dentzel, cofondateur américain du service social Tuenti qui a été racheté par Telefonica en 2010.

LA RÉPUTATION DU MAB PLUSIEURS FOIS ENTACHÉE

"Que des marchés comme le MAB perdent de leur crédibilité est la pire chose qui pouvait arriver pour le secteur technologique car ces entreprises ont souvent du mal à trouver des financements ailleurs", ajoute-t-il tout en redisant sa confiance dans les investissements en Espagne.

Aucun commentaire n'a pu être obtenu auprès de Gowex lundi.

Le fournisseur d'accès wifi n'est pas la première entreprise à entacher la réputation du marché alternatif espagnol. Cette année déjà, le producteur de télévision Zinkia a déposé son bilan, tout comme le site internet pour futurs mariés Bodaclick et la chaîne de cliniques de chirurgie esthétique Suavitas.

Deux autres valeurs cotées sur le MAB, la firme publicitaire Nostrum et le groupe de médias Negocio, ont été exclues du marché pour non respect de la réglementation.

Jusqu'à la suspension de sa cotation jeudi, Gowex avait connu une ascension fulgurante sur le MAB, son titre passant de 1,20 euro en juillet 2012 à un pic de 26,34 euros en avril 2014, soit un gain de 2.200% dû tout à la fois à l'annonce de nouveaux contrats et à la présence à son tour de table d'investisseurs institutionnels de premier plan.

Mais l'action a plongé de 60% en deux jours - soit environ 870 millions d'euros de capitalisation boursière envolés - après les accusations de falsification des comptes portées par une firme se faisant appeler Gotham City Research.

Il n'est pas certain que Jenaro Garcia Martin, l'ex-PDG de Gowex, contrôle encore la firme qu'il a fondée et qui revendique aujourd'hui une présence dans 91 villes dans le monde.

"ÉTAT DE CHOC"

Sur son site internet, Gowex précise que ses principaux actionnaires à la date du 31 décembre 2012 étaient Cash Devices, une société détenue par Jenaro Garcia Martin selon la déclaration faite à la CNMV, et Biotelgy, firme basée à Luxembourg dont le même homme revendiquait le contrôle en 2010.

Selon des avis boursiers à Luxembourg obtenus par Reuters, Biotelgy a été dissoute en 2012 au motif qu'elle ne détenait pas d'actifs.

Lazard Asset Management, JPMorgan Asset Management, Santander Asset Management, The Vanguard Group ou Allianz Global Investors Europe sont également cités comme étant actionnaires de Gowex dans des documents boursiers, mais ces investisseurs institutionnels sont probablement sortis du capital depuis.

"Nous avons vendu toutes nos actions jeudi, on en avait environ 160.000. Le prix de vente de 7,70 euros a généré une perte d'environ 65% pour cette participation qui représentait environ 0,5% de notre fonds", a déclaré à Reuters l'un des dix principaux actionnaires sous le sceau de l'anonymat.

"A l'avenir, on sera plus prudent dans nos achats de valeurs espagnoles de ce secteur."

Selon l'association d'actionnaires Asinver, environ 5.000 petits porteurs étaient également actionnaires de la société.

La CNMV de son côté a demandé à ses homologues aux Etats-Unis et au Royaume-Uni - la Securities and Exchange Commission (SEC) et la Financial Conduct Authority (FCA) - de lui fournir des informations sur Gotham City Research.

La CNMV a aussi promis d'enquêter sur le fonctionnement du MAB, où la cotation de Gowex reste suspendue jusqu'à nouvel ordre.

Le personnel de l'entreprise s'est dit lundi "en état de choc" et n'exclut pas des actions en justice pour faire valoir ses droits.

(Avec Sarah Morris, Jesus Aguado, Jose Elias Rodriguez et Andres Gonzalez à Madrid, Michelle Sinner à Luxembourg et Atul Prakash à Londres; Véronique Tison pour le service français)

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