La droite démunie face à la réforme du collège

le
5
LA DROITE DÉMUNIE FACE À LA RÉFORME DU COLLÈGE
LA DROITE DÉMUNIE FACE À LA RÉFORME DU COLLÈGE

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - L'opposition de droite entend poursuivre le combat contre la réforme du collège mais ses armes sont limitées, tant par les risques d'une récupération "boomerang" que les divergences d'approche des prétendants à la primaire sur l'Education.

Les parlementaires UMP ne le cachent pas, la publication mercredi, au lendemain d'une journée de grèves et manifestations des enseignants, du décret et de l'arrêté du dispositif contesté, prévu pour la rentrée 2016, "les a pris par surprise".

La promptitude du gouvernement a certes alimenté l'argumentaire partisan - "passage en force", "coup de menton", "mépris" -, mais elle a bridé la stratégie de riposte, ce qui est pour l'instant tout bénéfice pour un exécutif conscient du caractère potentiellement explosif de ce dossier.

L'idée d'une "manifestation nationale" lancée par François Bayrou, outre les sarcasmes qu'elle a suscités à l'UMP sur le soudain "brevet d'opposant" du président du MoDem, a été écartée par Nicolas Sarkozy et d'autres responsables de l'UMP comme François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Bruno Le Maire.

"On prendrait le risque d'être accusés de récupération et de prendre en otages les enseignants, de ressouder la majorité de gauche qui n'en demande pas tant", explique un cadre du parti.

L'intersyndicale, qui organisera une journée de sensibilisation le 4 juin et réfléchit à un nouveau préavis de grève pour le mois prochain, "dénonce" d'ailleurs jeudi dans un communiqué "les manoeuvres de récupérations politiciennes".

Comment, en outre, constituer un front uni quand des voix, à l'UMP comme Alain Juppé, ou à l'UDI, considèrent que "tout n'est pas mauvais dans la réforme", notamment la latitude laissée aux établissements d'adapter 20% des horaires à des travaux interdisciplinaires ?

A l'Assemblée, un élu UMP relève enfin que la mobilisation toute relative de mardi a calmé les ardeurs.

UN RECOURS JURIDIQUE?

Dans un entretien au Figaro publié jeudi, le président de l'UMP porte donc le fer sur le combat politique et juridique en annonçant que le parti étudie "tous les moyens parlementaires et juridiques pour s'opposer à ce décret".

Le biais juridique, en l'occurrence un recours devant le Conseil d'Etat, est promis à l'échec : plusieurs élus de droite, notamment, avaient déposé devant la juridiction administrative des recours en abrogation du décret de janvier 2013 sur la réforme des rythmes scolaires qui ont tous été rejetés.

Quant à l'option parlementaire, "elle a toutes les chances de rester lettre morte", concède un député UMP.

Laurent Wauquiez, secrétaire général de l'UMP, a réclamé jeudi sur RTL que le décret de la discorde - la réforme relève légitimement du domaine réglementaire - soit "transformé" en un projet de loi pour favoriser "un vrai débat approfondi". Une procédure lourde et longue qui peinerait à aboutir.

Mercredi, le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, a réclamé à Manuel Valls l'abrogation du décret et un débat "projet contre projet" mais il faudrait que le gouvernement se prête à la manoeuvre, ce qui paraît illusoire.

Bruno Le Maire, qui a pris de vitesse ses collègues à droite pour mener la fronde, estime que "rien n'est joué" et que la réforme des programmes, toujours à l'examen, peut prolonger la dynamique. Ce projet pour 2016, soumis à l'avis des quelque 840.000 enseignants jusqu'au 12 juin, est aussi critiqué, notamment pour sa façon de revisiter l'Histoire de France.

LE MAIRE GAGNE DES POINTS

"La droite doit retrouver son indépendance de pensée, au lieu de se soumettre à la pensée de gauche. Derrière la réforme du collège se joue une bataille culturelle", déclare le député UMP de l'Eure dans Valeurs actuelles, paru jeudi.

L'ancien ministre, qui fut professeur de français, a saisi un atout de taille dans la compétition interne pour la présidentielle de 2017.

"Il a su judicieusement s'emparer du sujet", témoigne un participant à la réunion du groupe UMP du 5 mai où une vingtaine d'intervenants, dont le député de l'Eure, ont lancé l'offensive contre la réforme en présence de Nicolas Sarkozy.

Le lendemain, "l'homme aux 29,1%" de l'élection à la présidence de l'UMP, écrivait une lettre à François Hollande pour demander le retrait d'une réforme qualifiée de "naufrage" - un appel signé depuis par 300 parlementaires.

Bruno Le Maire, qui se prononcera en janvier 2016 sur une éventuelle candidature à la primaire, avance sans tarder ses propositions pour un collège "diversifié" qu'il réitèrera jeudi lors d'un débat radiotélévisé avec la ministre de l'Education.

Parmi ses rivaux probables, François Fillon a déjà détaillé son projet éducatif, Alain Juppé, qui a déploré les "attaques personnelles" - de Nicolas Sarkozy notamment - contre Najat Vallaud-Belkacem, prépare des propositions pour l'automne.

Derrière le sursaut contestataire, les ambitions personnelles restent maîtresses du jeu.

(avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • ben2906 le jeudi 21 mai 2015 à 17:55

    gmich10 ... d'autres idées recues ?

  • ben2906 le jeudi 21 mai 2015 à 17:55

    M940878 ... ce style de pensée est un nivellement vers le bas de toute la société, les énarques sont d'accord avec vous, c'est pour dire...

  • frk987 le jeudi 21 mai 2015 à 16:55

    Faut être complétement azimuté pour mettre ses enfants dans le public, une fois cela dit, peuvent bien faire ce qu'ils veulent avec leur EN......ça ne concerne que les immigrés ne parlant pas français.

  • gmich10 le jeudi 21 mai 2015 à 16:43

    Premierement :mettre ses enfants dans l'enseignement privéDeuxiemement :les inciter à aller travailler à l'étranger à la fin de leurs études

  • M940878 le jeudi 21 mai 2015 à 16:38

    la meilleure réforme serait à deux niveaux : le premier : ceux qui sont aptes à faire de bonnes études et le deuxième ceux dont les parents sont inaptes à comprendre quoi que ce soit à l'enseignement et au français en France , autrement c'est blablabla et nivellement par le bas