La droite confrontée à l'inconnue de l'après-Sarkozy

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La droite confrontée à l'inconnue de l'après-Sarkozy
La droite confrontée à l'inconnue de l'après-Sarkozy

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - La droite française se prépare à une ère troublée de refondation après le retrait de Nicolas Sarkozy, quel que soit le résultat d'élections législatives aux ressorts incertains.

Officiellement, le parti de l'ex-président croit en ses chances d'imposer un contre-pouvoir à la gauche à l'issue du scrutin des 10 et 17 juin.

"Le réflexe premier des députés, après la défaite du Sarkozy, c'était 'tous aux abris', mais compte tenu des premiers couacs du gouvernement Ayrault, de l'écart de voix plutôt étroit au second tour de la présidentielle, de la sortie réussie de Nicolas Sarkozy, il y a plutôt un sentiment d'optimisme", assure un responsable de l'UMP.

Mais les pronostics sur une éventuelle "cohabitation de combat", révolution institutionnelle pour un gaulliste - "ce n'est pas l'esprit de la Ve République", a dit l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant -, restent mesurés en privé.

Une majorité relative pour François Hollande, et la droite s'en trouverait presque satisfaite.

"Il y a certes un réflexe Ve République, une cohérence des électeurs - on vote pour le parti du président au premier tour -mais il peut y avoir un gros correctif aux dépens de la gauche au second tour comme en 2007", relève un dirigeant de l'UMP. La droite avait alors perdu une soixantaine de sièges.

"Il me semble que l'UMP devrait être à plus de 200 sièges. S'il n'y a pas de poussée de la gauche, on peut être à 220-230", juge ce même dirigeant. Le seuil de la majorité est à 289.

LA MENACE DU FN

Selon les projections de Guillaume Peltier, chargé des enquêtes d'opinion à l'UMP, 257 circonscriptions sont "gagnables" par la droite, 267 par la gauche. "Une bonne cinquantaine sont indécises", relève-t-il.

François Hollande est arrivé le 6 mai en tête dans 333 circonscriptions, dont une centaine contrôlées par la majorité.

La majorité sortante, Nouveau Centre y compris, compte 330 députés, dont 314 UMP.

"Beaucoup d'électeurs nous disent : 'cette fois-ci, faut pas qu'on déconne'. Certains ont voté Front national au premier tour de la présidentielle, blanc au second tour", explique un cadre du parti. Comme si l'éclipse de Nicolas Sarkozy avait soldé les comptes.

Ce ne sont pas tant les projections que l'évaluation de la participation qui intéresse au plus haut point à l'UMP face à la menace du Front national. En 1997, les triangulaires avaient coûté une cinquantaine de sièges à la droite républicaine RPR-UDF et la majorité absolue à Jacques Chirac.

Une abstention forte pénaliserait de fait le FN, dont la capacité ou non à se maintenir au second tour déterminera une partie des résultats en termes de sièges.

Avec un seuil fixé à 12,5% des inscrits pour le second tour, le parti de Marine Le Pen, qui ambitionne de destituer les "affreux" de l'UMP et du PS, doit recueillir un score d'autant plus élevé (20 à 21%) que l'abstention serait massive.

"Pour l'UMP, le problème, ce n'est pas simplement son score, c'est le score du FN. Après tout, le PS s'est remis d'une défaite extraordinaire en 1993. Une telle raclée ne vous tue pas", explique Dominique Reynié. Mais à l'époque, les socialistes n'étaient pas menacés par les communistes, les écologistes et l'extrême gauche.

BOÎTE DE PANDORE

"Il vaut mieux avoir 90 députés UMP et un échec total du FN que 120 députés UMP et un FN qui a trois députés et qui fait 17% des voix. Là, on aurait clairement une remise en cause de la capacité de l'UMP à représenter la droite et l'opposition. Ça peut entraîner des scissions, des départs", juge le directeur général de la Fondation pour l'innovation politique.

Une remise en cause autant philosophique que stratégique pour la droite de l'après-Sarkozy dont la schizophrénie durant la campagne présidentielle - cette "droitisation" empruntant au FN que les urnes n'ont finalement pas si brutalement sanctionnée -, a accentué les lignes de fracture.

Le combat que se livrent Jean-François Copé et François Fillon pour la présidence de l'UMP, sous l'oeil vigilant d'Alain Juppé, n'est autre que la traduction de ce divorce idéologique qu'une lourde défaite aviverait.

"Si c'est une Bérézina, la boîte de Pandore s'ouvre, c'est droite année zéro, et ça annonce un congrès UMP saignant" en novembre, résume Frédéric Dabi, de l'Ifop.

L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, le héraut de la droite gaulliste et sociale face à la ligne "dure" qu'incarnerait le secrétaire général de l'UMP, a rompu la paix armée censée prévaloir le temps de la campagne pour poser le premier jalon de la reconquête, avec 2017 pour objectif ultime et de probables primaires ouvertes en 2016.

Cette longue marche vers le pouvoir, à la faveur d'une probable "cure d'opposition", sera aussi une quête d'identité.

"La complaisance à l'égard du FN a instillé un poison au sein de la droite", estime le politologue Stéphane Rozès. Malgré la consigne officielle de Jean-François Copé d'écarter toute alliance avec l'extrême droite, beaucoup d'élus locaux UMP n'ont pas renoncé à ce scénario.

Face à une telle ambiguïté, le pluralisme est l'antidote, affirme Jean-Pierre Raffarin, pour qui "l'alliance des sensibilités doit faire vivre l'unité". Une alliance des contraires difficilement viable.

Avec Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse

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  • LeRaleur le mercredi 6 juin 2012 à 16:26

    Sarko a eu ce qu'il méritait depuis longtemps. La recomposition de la droite est proche, Sarko on oublie, comme Bayrou il est politiquement mort. D'autres, de bien mieux, vont prendre la relève.