La discrète victoire de la diplomatie de Vasilyev

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La discrète victoire de la diplomatie de Vasilyev
La discrète victoire de la diplomatie de Vasilyev

Il n'est sorti de ses gonds qu'une seule fois. N'a entaché son image qu'à une seule reprise. Cette saison, la communication très policée de Vadim Vasilyev a failli résister à tout. Seule une défaite controversée contre Lyon, en décembre 2016, a fait bondir le vice-président de Monaco.

Pseudo-complaisance des arbitres avec l'OL et incendie allumé. Mais à ce moment-là, certains de ses homologues en Ligue 1, en tête desquels René Ruello, l'ont soutenu ! Car Vadim Vasilyev n'est plus le porte-parole sans charisme de Dmitri Rybolovlev. En trois ans, il a fait son trou. Elu au conseil d'administration de la LFP en novembre dernier, le Russe a acquis une certaine légitimité en France. Et dans la saison extraordinaire de l'ASM, sa part est réelle.

Autodidacte venu de la diplomatie soviétique

« La fierté domine, pour ce parcours européen exceptionnel. En mai 2013, on jouait en Ligue 2 au même moment, et là on joue une demi-finale de Ligue des champions, aucun club n'a réussi cela sauf Monaco, » souriait-il avec une émotion non feinte la semaine dernière, après la défaite de son équipe face à la Juventus Turin. Le chemin parcouru est énorme. En 2013, quand il a posé ses valises sur le Rocher, cet ancien diplomate ne connaissait rien au football et le mot « Mercato » ne faisait pas partie de son vocabulaire. Âgé de 51 ans, Vadim Vasilyev est un proche de Dmitri Rybolovlev, le propriétaire du club de la Principauté. Diplomate de formation, le natif de Moscou a débuté au ministère des Affaires étrangères de l'URSS, avant de devenir ambassadeur du régime en Islande. Fils d'un ancien diplomate détaché à Paris, il a très tôt été imprégné de la culture française, d'où sa maîtrise parfaite de la langue.

Du potassium au rectangle vert

Dans les années 1990, « perestroïka » oblige, Vadim Vasilyev se lance dans le business jusqu'à atterrir chez Uralkali, l'entreprise de Dmitri Rybolovlev spécialisée dans la production et la vente de potassium. Les deux hommes deviennent des intimes, et c'est tout naturellement que le milliardaire russe propose à son bras droit de le suivre à l'ASM en 2013. « Nous étions à Gstaad en Suisse avec M.Rybolovlev pour le nouvel an 2013, et nous prenions un café lorsqu'il m'a proposé de le rejoindre au club. J'ai dit oui sans même connaître les termes du contrat? » expliquait Vasilyev à Monaco Hebdo en 2014. Il a appris. Et vite. En quelques mois, l'ancien diplomate passe de conseiller du président à directeur sportif, et enfin vice-président. A son actif, la gestion de la crise entre Monaco et la LFP au sujet de la fiscalité du club du Rocher, ou encore la résolution des problématiques liées au fair-play financier. Des crises maîtrisées en toute aisance. L'art de la diplomatie, sans doute.

A la man½uvre pour le changement de cap

Mais avec un président peu présent, Vasilyev s'est surtout retrouvé en première ligne pour gérer le club au quotidien. Quand Monaco s'est planté en recrutant d'un seul coup des stars en quelques semaines (Falcao, Moutinho, J.Rodriguez...) et que les caisses se sont vidées, il lui a fallu inventer un nouveau modèle. « On a modifié le projet cet été, admettait alors le vice-président monégasque. Avec les nouvelles règles édictées par l'UEFA et Michel Platini, le club ne peut pas dépenser plus qu'il ne gagne. Et ici, les recettes ne sont pas très bonnes... » Désormais, on recrute malin et on vend bien, sous la coupe de l'expert en la matière, Luis Campos. Martial, Carrasco, Kurzawa, Kondogbia ont rapporté gros. Mais les résultats se sont tassés, la qualité du jeu produit aussi. Et il a fallu faire face. Répondre aux critiques, soutenir Leonardo Jardim, pas toujours très fortement. Un pari de trois ans qui paye enfin. « Tout ce qu'il se passe en ce moment, c'est le résultat du travail que nous avons mis en place il y a trois ans. Malgré les critiques, nous avons gardé la même ligne. Et nous sommes récompensés aujourd'hui, » jugeait Vadim Vasilyev en décembre dernier au micro de RMC.

Un projet parti pour durer

A ce moment-là, le dirigeant russe rêvait ouvertement d'un titre de champion de France. Monaco était deuxième derrière Nice. Il confiait aussi vouloir « aller loin en Ligue des Champions. » Tous ses v½ux ont été exaucés. Toujours très courtois, très serein dans sa communication, le vice-président de l'ASM a même fendu l'armure cette saison. Plus serein dans ce monde du foot qu'il maîtrise mieux désormais, il a su ranger au placard son côté parfois froid et peu abordable. Grâce au modèle qu'il a monté avec Rybolovlev et Campos entre autres, le voilà désormais à la tête d'un club qui vaut cher. Très cher. Avec une armée de joueurs plus rentables les uns que les autres. Bernardo Silva, Kylian Mbappé, Fabinho, Tiémoué Bakayoko, Benjamin Mendy, Radamel Falcao, Thomas Lemar... Des ventes faramineuses en perspective. Et l'assurance d'une excellente santé financière pendant de longues années. Le résultat de trois années de construction. Entre sens des affaires et art de la diplomatie.

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