La dévaluation du yuan menace d'abord les émergents et les USA

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par Jamie McGeever LONDRES, 11 août (Reuters) - La dévaluation surprise du yuan chinois mardi pourrait bien marquer le début d'une nouvelle phase critique de la guerre mondiale des monnaies en déclenchant une série de dévaluations compétitives, ce qui pourrait inciter les banques centrales à retarder ou à ralentir la remontée des taux d'intérêt. La "guerre des monnaies", une expression lancée en 2010 par le ministre des Finances brésilien de l'époque, Guido Mantega, pour décrire le recours implicite ou assumé de certains pays aux taux de change pour doper leurs exportations et améliorer leur compétitivité, s'est intensifiée ces dernières années. Les taux d'intérêt étant nuls, voire négatifs, dans de nombreux pays développés, le recours à la planche à billets s'est accru et les taux de change sont devenus l'une des dernières armes à la disposition des autorités pour stimuler l'activité et, dans certains cas, éviter la déflation. La décision de la Banque centrale européenne (BCE) de recourir à l'assouplissement quantitatif ("quantitative easing", QE) -- l'achat massif de titres sur les marchés financiers -- en mars dernier a ainsi été perçue comme un moyen de faire baisser l'euro, alors jugé surévalué, et de prévenir une spirale déflationniste dans plusieurs pays de la région. De même, la politique de QE de la Banque du Japon visait entre autres à faire baisser le yen. Dans ce contexte, le lien étroit entre le yuan chinois et un dollar américain orienté à la hausse a eu pour effet une appréciation de plus de 10% de la devise chinoise en données pondérées des échanges depuis un an, en dépit du ralentissement de l'économie et de la baisse des exportations. La dévaluation de près de 2% annoncée mardi par Pékin suggère que les autorités chinoises ont décidé de mettre fin à ce mouvement d'appréciation, au risque de déclencher une nouvelle vague d'initiatives comparables dans d'autres pays asiatiques. La Banque populaire de Chine a présenté sa décision comme une "dépréciation exceptionnelle" justifiée par sa volonté de favoriser la libéralisation du marché. ID:nL5N10M1SK UN DÉFI POUR LES BANQUES CENTRALES Mais "si la Chine s'oriente vraiment vers un alignement accru sur le marché, ce qui implique une poursuite de la baisse du yuan, cela pourrait mettre la pression sur les devises liées à la Chine", estiment les analystes de Barclays en Asie dans une note publiée mardi. Le won sud-coréen s'est déprécié de 1,6% face au dollar KRW= après l'annonce de Pékin, sa plus forte baisse sur une séance depuis dix mois. D'autres devises émergentes, comme le ringgit malaisien MYR= , la roupie indonésienne IDR= et le real brésilien BRL= sont déjà tombées au plus bas face au billet vert depuis une dizaine d'années en raison du ralentissement économique de leurs pays respectifs. Quant au gouverneur de la banque centrale sud-africaine, Lesetja Kganyago, il a déclaré que les exportations de son pays allaient être moins compétitives. Dans tous les pays émergents touchés cette année par le ralentissement de la croissance et l'accélération des sorties de capitaux, reste à savoir si les autorités vont répliquer à la Chine sur le terrain des changes. "Il était inévitable que la Chine entre dans la guerre des monnaies à un moment ou à un autre. L'élément clé, ce sera la réaction des autres banques centrales", dit Nick Lawson, directeur exécutif de Deutsche Bank à Londres. La décision de Pékin menace aussi de raviver les tensions avec les Etats-Unis. Le dollar américain a gagné 20% en données pondérées des échanges en un an. Ce resserrement de fait de la politique monétaire américaine a nui à la compétitivité des exportations des Etats-Unis, pesant sur la croissance et amputant les profits des entreprises réalisés à l'international. En rebattant les cartes, la dévaluation du yuan pourrait donc conduire la Réserve fédérale américaine à remettre en cause le scénario d'une remontée prochaine des taux d'intérêt, en retardant celle-ci, attendue jusqu'à présent dès le mois prochain. Et sur le plan politique, Pékin court le risque d'irriter le Congrès américain, qui accuse depuis des années la Chine d'entretenir la sous-évaluation de sa monnaie pour bénéficier d'un avantage déloyal à l'export. (Marc Angrand pour le service français)

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