La deuxième phase de "Genève II" s'ouvre dans la défiance

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LA DEUXIÈME PHASE DE GENÈVE II S'OUVRE DANS LA DÉFIANCE
LA DEUXIÈME PHASE DE GENÈVE II S'OUVRE DANS LA DÉFIANCE

par Khaled Yacoub Oweis et Mariam Karouny

GENEVE (Reuters) - La deuxième phase de la conférence de paix "Genève II" s'est ouverte lundi dans un climat de défiance, le médiateur international Lakhdar Brahimi rencontrant séparément les délégations des deux camps syriens qui s'accusent de violations mutuelles du cessez-le-feu à Homs.

Le diplomate algérien a expliqué qu'il allait mener des entretiens séparés pendant les deux ou trois premiers jours de cette phase de négociations afin d'apaiser les esprits.

Dans une lettre de huit pages en date du 7 février, remise durant le week-end aux délégations du régime syrien et de l'opposition, Brahimi accroît la pression sur les négociateurs afin qu'ils fassent montre de bonne volonté concernant le processus de paix, sur lequel aucun réel progrès n'a été réalisé durant la première phase fin janvier.

Dans cette lettre, Lakhdar Brahimi demande aux camps rivaux de s'engager dès la reprise des négociations à aborder les deux grands points clé: la cessation des combats et le lancement de discussions sur une instance gouvernante de transition.

"Ces deux questions comptent parmi les plus complexes et délicates et ces deux sujets ont besoin d'être traités sur plusieurs sessions de suite et de faire l'objet de longues discussions", écrit Lakhdar Brahimi.

Si aucun accord ne permet de déterminer lequel de ces deux points sera abordé en premier, Brahimi dit qu'il les présentera ensemble et qu'ils seront abordés parallèlement l'un à l'autre.

Durant la seconde semaine des discussions, le médiateur international compte élargir le champ des discussions à deux autres sujets: comment assurer la continuité des institutions de l'Etat syrien et comment gérer le processus de dialogue national et de réconciliation qui découlera de tout accord éventuel.

DÉLÉGATION DE COMBATTANTS

L'opposition a transmis au médiateur ses demandes sur la composition d'un gouvernement de transition ainsi que des éléments attestant que l'armée syrienne avait ouvert le feu sur un convoi du Croissant-Rouge syrien à Homs. Le gouvernement a, lui, accusé les rebelles.

Le Croissant-Rouge syrien a annoncé que 300 personnes avaient été évacuées lundi de la Vieille Ville alors que se poursuivent les opérations humanitaires pour la quatrième journée consécutive.

Gouvernement syrien et opposition se sont mis d'accord pour prolonger cette trêve humanitaire pendant trois jours. La décision a été saluée par Valerie Amos, en charge des affaires humanitaires à l'Onu, qui a affirmé que des personnels de l'Onu et du Croissant-Rouge avaient été "délibérément pris pour cible" au cours du weekend.

Pour la première fois depuis le début des pourparlers, l'opposition syrienne a été rejointe à la table des négociations par des représentants des brigades combattantes sur le terrain.

Les délégués de la Coalition nationale syrienne (CNS) ont accueilli sept membres des unités "militaires et de sécurité", dont des représentants du Front des rebelles syriens en conflit avec l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), émanation dissidente d'Al Qaïda.

De son côté, la délégation gouvernementale syrienne présente en Suisse a appelé Lakhdar Brahimi à condamner les violences commises dans la ville à majorité alaouite de Maan, dans le centre de la Syrie, où 41 personnes ont été tuées dimanche.

INITIATIVE RUSSE

Selon la délégation du régime, la question de la lutte contre le terrorisme doit être le premier sujet sur lequel il importe de s'entendre à Genève pour permettre la tenue de négociations politiques dans un bon climat.

La délégation a résumé ce point de vue dans un document remis à Lakhdar Brahimi lundi lors de la reprise de la conférence, a-t-on dit de source syrienne.

Pour tenter d'éviter une nouvelle impasse, Moscou a proposé une rencontre entre d'une part le régime syrien et les délégations de l'opposition et d'autre part la Russie, les Etats-Unis et l'Onu.

Mikhail Bogdanov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, a précisé que les représentants russes, américains et onusiens participeraient soit à une entrevue commune, soit à des entrevues séparées avec les belligérants.

Lakhdar Brahimi va s'entretenir avec le vice-ministre russe des Affaires étrangères Guennadi Gatilov et avec la secrétaire d'Etat adjointe Wendy Sherman vendredi.

De son côté la mission conjointe de l'Onu et de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a annoncé lundi qu'un troisième chargement d'armes chimiques avait quitté le sol syrien et qu'une certaine quantité de matériaux de même nature a été détruite sur le territoire de la Syrie.

L'OIAC n'a pas précisé quelles quantités étaient concernées par ces mesures. Avant l'annonce de lundi, seuls 4% des quelques 1.300 tonnes déclarées d'armes chimiques détenues par le régime syrien ont été transférés.

Le troisième chargement a été consigné sur un cargo norvégien, ce dernier étant escorté en Méditerranée par des navires chinois, danois, norvégiens et russes, a précisé l'OIAC.

Khaled Yaboub Oweis et Mariam Karouny; Eric Faye pour le service français

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