La dette grecque peut encore exploser, selon un rapport UE-FMI

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LA DETTE GRECQUE PEUT ENCORE EXPLOSER, SELON UN RAPPORT UE-FMI
LA DETTE GRECQUE PEUT ENCORE EXPLOSER, SELON UN RAPPORT UE-FMI

par Jan Strupczewski

BRUXELLES (Reuters) - Le plan d'aide à la Grèce peut encore dérailler et la dette grecque exploser pour atteindre des niveaux ingérables d'ici 2020, selon un rapport confidentiel rédigé par la "troïka" des créanciers internationaux du pays.

Cette analyse de neuf pages datée du 15 février et rédigée par des experts de l'Union européenne (UE), du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque centrale européenne (BCE) a servi de document de travail aux ministres des Finances de la zone euro lors des discussions qui ont mené à l'adoption d'un nouveau plan d'aide de 130 milliards d'euros dans la nuit de lundi à mardi.

Le document, auquel Reuters a eu accès lundi soir, met en doute la capacité d'Athènes à remettre ses finances publiques en ordre et prédit qu'il faudra à la Grèce un supplément d'aide si elle doit ramener sa dette à 120% du PIB d'ici 2020.

Dans le cas contraire, la dette grecque pourrait exploser et atteindre de nouveau 160% du PIB d'ici cette date, soit un retour à son niveau actuel, préviennent les experts.

"Il y a une tension fondamentale entre les objectifs du plan (d'aide) de réduire la dette d'un côté et d'améliorer la compétitivité de l'autre, dans la mesure où la dévaluation interne requise pour restaurer la compétitivité de la Grèce conduira inévitablement à un ratio dette/PIB plus élevé à moyen terme", souligne le rapport.

"Compte tenu des risques, le programme grec restera exposé à des dérapages, la question de sa viabilité restant posée", poursuit le document.

RÉFORMES IMPOPULAIRES

Les experts se disent particulièrement préoccupés par le fait qu'un report des réformes économiques structurelles très impopulaires et des privatisations réclamées à la Grèce pourrait aggraver la récession qui frappe le pays depuis cinq ans.

"Cela conduirait à infléchir vers le haut la trajectoire de la dette, au risque de la laisser à 160% du PIB en 2020", préviennent-ils.

L'accord conclu par les ministres de l'Eurogroupe prévoit de ramener la dette grecque à 120,5% du PIB d'ici 2020 grâce à un nouveau programme de prêts publics de 130 milliards d'euros et à une restructuration de la dette détenue par les créanciers privés. Ceux-ci ont accepté une décote de 53,5% sur leurs obligations grecques dans le cadre d'un échange de titres qui permettra d'effacer plus de 100 milliards de dette d'Athènes.

La BCE et les banques centrales nationales de la zone euro participeront également au plan en renonçant à certains bénéfices réalisés sur les titres grecs qu'elles détiennent.

A la lecture du rapport, le scénario de base sur lequel tablent les ministres des Finances européens pour parvenir à leur objectif apparaît des plus fragiles.

"Les autorités grecques pourraient ne pas être capables de fournir les réformes structurelles et les ajustements politiques au rythme escompté", disent les experts.

BESOIN D'AIDE SUPPLÉMENTAIRE

Utilisant un jargon technocratique consacré, ils estiment que les "agents économiques" (les salariés) pourraient résister aux réductions de salaires et à davantage de flexibilité, que de "forts bénéficiaires des droits acquis" pourraient continuer à s'opposer à l'ouverture de certaines professions et à la libéralisation du marché ou encore que la bureaucratie pourrait continuer à entraver les réformes.

Le plus grand danger réside cependant dans une possible incapacité de la Grèce à tenir ses objectifs, disent les experts, qui énumèrent une série d'écueils possibles.

Si l'excédent budgétaire primaire (avant déduction du paiement des intérêts de la dette) ne dépasse pas 2,5% du PIB, contre -1% en 2012, la dette ne cessera d'augmenter.

Si les revenus des privatisations n'atteignent que 10 milliards d'euros en 2020, au lieu des 46 milliards escomptés, la dette atteindra 148% du PIB.

Si la croissance économique est supérieure à 1% par an jusqu'en 2020, la dette tombera à 116% du PIB, mais si elle reste inférieure à cette marque, elle montera à 143%.

Si les taux d'intérêt d'emprunt du Fonds européen de stabilité financière augmentent de 100 points de base, la Grèce, qui dépend de ce financement, verra enfin sa dette atteindre 135% en 2020.

Conclusion du rapport: "Les résultats montrent un besoin d'aide supplémentaire de la part des secteurs public ou privé pour infléchir vers le bas la trajectoire de la dette."

Wilfrid Exbrayat et Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • M3403126 le mardi 21 fév 2012 à 18:23

    La Grèce ne s'en sortira pas, on ne remet pas un pays sur les rails en si peu de temps, surtout un pays où les structures fiscales n'existent pas et ne sont pas respectées volontairement par le peuple. On en reparlera dans un an à mon avis si ce n'est pas avant et l'aide qui vient d'être apportée passera par pertes et profits. Il fallait un exemple pour l'Europe, la Grèce va servir d'excuse pour resserrer tous les boulons.

  • fquiroga le mardi 21 fév 2012 à 17:19

    Ce matin c'était réglé, l'après midi on remet une couche....

  • gvigner3 le mardi 21 fév 2012 à 17:01

    C'est la raison pr laquelle les riches grecs ont sorti du pays par brouetttes entières leurs €

  • odnaz le mardi 21 fév 2012 à 16:59

    Tu es bien optimiste M294 ... ils savent déjà que ça se croque (et vite car yen aura pas pour tout le monde), mais de là à aller plus loin ...

  • M2941863 le mardi 21 fév 2012 à 16:49

    La grèce apprend qu'un crédit se rembourse...!

  • odnaz le mardi 21 fév 2012 à 16:47

    Je crois que c'est nous les "stupides" de croire encore en l'honnêteté et l'altruisme de la représentation politique. Regardez, depuis des années ce sont les incendiaires qui reviennent sur le lieu du désastre déguisés en pompiers et affublés de mines graves et de voix d'outre-tombe. On en a un bel exemple chez nous. Alors chez les grecs on joue la tragédie mais leurs leaders sont tous boursouflés de langoustes et d'argent public.

  • axel1239 le mardi 21 fév 2012 à 16:39

    "Si la croissance économique est supérieure à 1% par an jusqu'en 2020, la dette tombera à 116% du PIB, mais si elle reste inférieure à cette marque, elle montera à 143%." Sachant que la croissance est à -6% et que l'on prend encore des mesures d'austérité, faut être stupide pour pas deviner la suite.

  • M8951316 le mardi 21 fév 2012 à 16:27

    ils pataugent tous dans la choucroute !!que c'est triste on avance ds la boue , on patine , un pas en avant deux en arrière ...!!

  • viatix le mardi 21 fév 2012 à 16:25

    Il fallait faire ce que tout banquier fait avec une petite entreprise:se désoufre à la faillite.Et ensuite leur donner un coup de main.

  • M1158399 le mardi 21 fév 2012 à 16:25

    Sans aucune responsabilité pénale ou financière, on pourrai prêter l'argent que l'on a même pas ! Dans que manuel et à quelle page enseigne-t-on une telle doctrine.Tout au plus s'agit-il d'une vaste farce ?