La dette grecque ne sera pas viable avant 2030

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LA DETTE GRECQUE NE SERA PAS VIABLE AVANT 2030
LA DETTE GRECQUE NE SERA PAS VIABLE AVANT 2030

par Jan Strupczewski

BRUXELLES (Reuters) - Grâce à son deuxième plan de sauvetage, la Grèce pourrait retrouver un niveau d'endettement viable, mais le pays devra pour cela se concentrer jusqu'en 2030 sur les réformes promises et il pourrait avoir besoin dès 2014 d'un nouveau soutien financier, selon une analyse de ses bailleurs de fonds internationaux.

D'après ce document, préparé par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international et consulté en exclusivité par Reuters, la dette de la Grèce pourrait tomber à 116,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2020 et à 88% en 2030.

"Les résultats montrent que le programme peut placer la dette grecque sur une trajectoire viable", lit-on dans ce document confidentiel, qui souligne que la route sera toutefois longue et semée d'embûches.

La restructuration de la dette grecque détenue par les investisseurs privés permettra certes initialement de réduire le fardeau d'Athènes, mais l'endettement du pays devrait rebondir à 164% de son PIB en 2013 en raison notamment de la contraction de l'économie grecque, d'après ce document.

"Une fois l'ajustement budgétaire achevé, la croissance restaurée et les recettes tirées des privatisations accumulées, alors commenceront les baisses régulières du ratio d'endettement. La Grèce devra s'en tenir à de bonnes politiques jusqu'en 2030 pour faire baisser son ratio d'endettement à moins de 100% du PIB", exposent ses bailleurs de fonds.

Ils précisent qu'entre-temps, la zone euro pourrait devoir se préparer à prêter encore plus d'argent à Athènes.

Car lorsque la Grèce tentera de revenir sur les marchés après 2014, elle devra commencer par émettre de la dette à court terme et continuera de servir des taux d'intérêt élevés, le temps de réduire son ratio d'endettement, de rembourser sa dette prioritaire et de regagner la confiance des investisseurs.

"Ceci découragerait, au départ, de larges émissions (de dette) et sous-entendrait une dépendance persistante aux financements publics, (...) à condition que la Grèce mette en oeuvre son programme avec succès", expose le document.

EMBÛCHES

Le rapport souligne l'équilibre délicat que devront trouver les responsables politiques grecs dans les décennies à venir.

"Les autorités grecques pourraient ne pas être capables de mettre en oeuvre les réformes au rythme initialement prévu", lit-on dans le document, qui met en avant la vive opposition intérieure aux mesures de libéralisation économique annoncées.

D'après un scénario moins favorable, la dette de la Grèce pourrait grimper en 2014 à 170% du PIB. Après quoi, une fois la croissance restaurée, les mesures d'assainissement budgétaire et les privatisations portant leurs fruits, l'endettement grec diminuerait progressivement, pour reculer autour de 145,5% du PIB d'ici à 2020.

L'analyse prévoit qu'après une nouvelle année de récession en 2012, l'économie grecque se stabilisera en 2013 et connaîtra une modeste reprise en 2014-2017 avant de renouer avec une croissance de l'ordre de 2,5% par an.

Elle projette pour Athènes un excédent primaire de 4,5% en 2014, contre un déficit de 1% cette année. Ce facteur est décisif, car tant que l'excédent primaire sera inférieur à 1,5% du PIB, la dette grecque sera vouée à augmenter.

La Grèce compte lever quelque 45 milliards d'euros de ses privatisations jusqu'en 2020, mais d'après le rapport, il y a de fortes chances qu'elle n'obtienne que 12 milliards d'ici à 2014.

"(...) la perspective de voir la Grèce en mesure de retourner sur les marchés à la fin du programme est incertaine", relève le document.

Natalie Huet pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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