La dette française, "moindre mal" pour les investisseurs

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LA DETTE FRANÇAISE, "MOINDRE MAL" POUR LES INVESTISSEURS
LA DETTE FRANÇAISE, "MOINDRE MAL" POUR LES INVESTISSEURS

par Marius Zaharia

LONDRES (Reuters) - D'un côté, un pays endetté qui a adopté des mesures d'austérité sans précédent et a convaincu l'Union européenne de renflouer ses banques; de l'autre, une nation qui a fait peu de réformes pour l'instant et pourrait même revenir sur certaines d'entre elles. Mais celui des deux qui se finance quasiment à coût nul n'est pas celui qu'on croit.

Avec des taux de financement à dix ans de nouveau supérieurs à 7%, l'Espagne pourrait bientôt être exclue des marchés de capitaux. La dette de la France, elle, fait au contraire l'effet d'être l'une des plus sûres du monde avec un rendement à 10 ans à peine supérieur à 2%.

Jeudi, le Trésor français est même parvenu à emprunter à court terme à des taux négatifs, les investisseurs acceptant de fait de payer pour récupérer leur argent.

La situation était tout autre en novembre dernier: la France était alors considérée comme un maillon faible de la zone euro, comme l'Espagne et l'Italie, et le "spread", l'écart de rendements, à dix ans entre les dettes espagnole et française était inférieur de moitié à son niveau actuel.

L'inégalité de traitement actuelle dont profite la France sur les marchés obligataires s'explique par de multiples raisons: la santé un peu meilleure de l'économie française, son passé de liens politiques étroits avec l'Allemagne et les récentes initiatives de la Banque centrale européenne (BCE).

Pourtant, nombre d'investisseurs continuent de considérer la France comme le plus mal en point des prétendus pays du "coeur" de la zone euro.

Et les investisseurs ne manquent pas de motifs pour se détourner de la dette française, qu'il s'agisse de son déficit budgétaire toujours élevé, de son économie vacillante, de ses liens financiers encore étroits avec l'Espagne et l'Italie ou encore du manque de flexibilité de son marché du travail.

UN RENDEMENT, MÊME FAIBLE

Le fait que les marchés ignorent pour l'instant tous ces facteurs tient à un élément: le rendement se fait rare.

L'Allemagne, maillon fort de la zone euro, n'a en effet plus besoin d'offrir grand chose aux investisseurs, forçant ceux-ci à ignorer les défauts français pour espérer retirer une rémunération décente du placement de leurs capitaux.

"La France ne fait pas vraiment des étincelles en matière de déficit budgétaire ou de réformes mais on a besoin d'un minimum de rendement, or le papier allemand ne fait pas l'affaire", résume David Schnautz, stratège taux de Commerzbank. "Acheter de la dette française est un moindre mal."

Les mesures exceptionnelles mises en oeuvre ces derniers mois par la BCE constituent un autre facteur clé.

L'injection d'environ 1.000 milliards d'euros de liquidités dans le système bancaire de la zone euro a en effet incité les banques espagnoles et italiennes à acheter davantage de dette de leur propre pays et à l'acheter notamment à des banques françaises, qui ont ainsi pu améliorer la qualité de leur bilan.

LA BCE CRÉE UNE DISTORSION

De plus, il y a deux semaines, la BCE a ramené à zéro le taux au jour le jour facturé aux banques qui déposent leurs liquidités auprès d'elle, ce qui n'a guère amélioré la situation de l'Espagne mais a revanche supprimé ce qui était auparavant considéré comme un seuil plancher pour les rendements obligataires et d'autres taux d'intérêt de la zone euro.

C'est ainsi qu'avant la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande ont pu emprunter à court terme à des taux négatifs.

Ainsi des investisseurs en quête de rendement achètent-ils aujourd'hui des titres français qui, certes un peu plus risqués, offrent un rendement un peu meilleur que les allemands.

"Cela donne une impression différente de celle de la fin de l'an dernier, lorsque l'on voyait des clients exclure la France de leurs grilles de référence", explique Kommer von Trigt, gérant obligataire de Robeco. "Il y a aujourd'hui un nouvel élément, qui est la BCE."

Parallèlement, l'Espagne souffre des spéculations sur un possible éclatement de la zone euro.

"La zone euro sans la France, c'est quelque chose que les gens ont vraiment du mal à imaginer", explique David Schnautz. "On peut imaginer beaucoup de choses mais il y a un moment où l'imagination devient du fantasme."

Malgré tout, certains jugent que le rally obligataire français est une distorsion due à la politique de la BCE et qu'il pourrait donc être provisoire si la crise de la zone euro s'aggravait encore.

Rabbani Wahhab, gérant obligataire senior de London and Capital, reste ainsi "délibérément" à l'écart de la France comme des pays périphériques.

"Notre crainte, c'est que les obligations françaises se trouvent de nouveau dans la ligne de mire quand (...) la situation explosera à nouveau à la périphérie", explique-t-il.

Marc Angrand pour le service français

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