La dette des entreprises dans la ligne de mire des investisseurs

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LA DETTE DES ENTREPRISES DU CAC 40 DANS LA LIGNE DE MIRE DES INVESTISSEURS
LA DETTE DES ENTREPRISES DU CAC 40 DANS LA LIGNE DE MIRE DES INVESTISSEURS

par Blandine Hénault

PARIS (Reuters) - A l'occasion des publications trimestrielles du CAC 40, les investisseurs ne se sont pas seulement penchés sur la rentabilité des grandes entreprises françaises, mais ont été aussi attentifs à leur niveau de dette dans un environnement macroéconomique difficile.

En témoigne le parcours boursier d'EADS dont le cours a chuté de 5% depuis sa publication trimestrielle jeudi dernier, alors même que la société publiait des résultats meilleurs que prévu.

Les investisseurs se sont inquiétés de la détérioration du cash flow du groupe européen d'aéronautique et de défense.

"C'est une chose d'avoir de bons résultats, c'est encore mieux quand vous avez la capacité de transformer ce résultat en cash flow", relève Pierre Nebout, co-responsable de la gestion actions européennes chez Edmond de Rothschild AM.

"Cela permet à la fois d'améliorer la qualité du bilan en réduisant le niveau de la dette et de donner un indicateur sur la capacité pour le titre à pouvoir distribuer un dividende", explique-t-il.

A l'inverse d'EADS, d'autres sociétés ont profité de leur publication trimestrielle pour rassurer sur leur solidité financière. C'est le cas d'Alstom, qui était très attendu sur sa trésorerie depuis l'annonce d'une augmentation de capital début octobre.

Le groupe a indiqué que son flux de trésorerie serait positif pour l'exercice en cours. Son titre a regagné 6,2% depuis un point bas touché le 29 octobre.

Autre exemple, la publication trimestrielle de PagesJaunes mardi a été complètement occultée par l'annonce le même jour d'un accord sur le refinancement de la dette du groupe qui a fait depuis s'envoler le titre de 45,5%.

Depuis plusieurs mois, l'éditeur d'annuaires négociait un accord avec ses créanciers pour refinancer sa dette, qui atteignait 1,7 milliard d'euros au 30 juin pour une capitalisation boursière actuelle de 556,3 millions d'euros.

FACTEUR DISCRIMINANT

"Les investisseurs ont beaucoup regardé cette année la structure de bilan des entreprises", souligne Gilles Guibout, gérant actions européennes chez Axa IM.

"Du cash flow dépend la capacité d'une entreprise à rester maître de sa stratégie. Aussi parce qu'une structure financière solide permet de faire de la croissance externe", explique-t-il.

Le gérant voit dans l'endettement d'une société un facteur discriminant en Bourse.

De fait, PagesJaunes, victime des incertitudes sur sa solidité financière, s'affiche encore parmi les plus fortes baisses du SBF 120 depuis le début de l'année (-29,4%).

En Europe, les secteurs les plus endettés - car ils nécessitent beaucoup de capitaux - comme les télécoms (-9,78% depuis le 1er janvier) et les utilities (-2,8%) figurent aussi en bas de tableau, ces industries souffrant également de leur exposition aux marchés domestiques.

Au sein d'un même secteur, le niveau d'endettement fait aussi parfois la différence.

Pernod Ricard progresse ainsi de 16,2% depuis le début de l'année quand Remy Cointreau bondit de 33,3% sur la même période.

Or, Pernod enregistre un des taux d'endettement les plus élevés du CAC 40 avec ratio dette/fonds propre (gearing) de 87%, contre un gearing de seulement 35% pour Remy Cointreau, un des plus faibles du secteur selon des données Reuters.

Parmi les sociétés du CAC 40, Veolia Environnement affiche le plus fort taux d'endettement avec un gearing de 282,2%.

Suivent EDF (220,5%), Carrefour (192,7%), Vinci (159,1%) et France Télécom (143%), des sociétés qui sont loin d'avoir brillé en Bourse cette année, France Télécom signant même la plus forte baisse du CAC sur la période (-32,56%).

"BILANS LES PLUS SAINS"

Pour Gilles Guibout, le niveau de dette des entreprises devrait continuer d'être une clé de lecture pour les investisseurs dans les prochains mois.

"Au quatrième trimestre, les sociétés françaises vont continuer d'évoluer face à des vents contraires. Il sera nécessaire pour les entreprises d'avoir une bonne gestion de leurs coûts et de leur besoin en fonds de roulement car elles ne pourront pas compter sur de la croissance économique", observe le gérant.

Un constat que nuancent certains autres spécialistes : "De tous les acteurs économiques, les entreprises sont celles qui présentent les bilans les plus sains", note ainsi Claire Chaves d'Oliveira, responsable de la gestion actions chez Groupama AM.

"A l'exception des secteurs structurellement endettés, les sociétés se sont montrées très raisonnables, en limitant leurs investissements face aux incertitudes. Les grandes entreprises sont finalement dans une situation financière très saine et peuvent faire appel au marché rapidement", souligne-t-elle.

Edité par Jean-Michel Bélot

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