La destruction de l'arsenal syrien différée de six mois

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LA DESTRUCTION DE L'ARSENAL CHIMIQUE SYRIEN DIFFÉRÉ DE SIX MOIS
LA DESTRUCTION DE L'ARSENAL CHIMIQUE SYRIEN DIFFÉRÉ DE SIX MOIS

par Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - La destruction des armes chimiques syriennes prendra six mois de plus que prévu et devrait donc s'achever fin 2014, estiment les Etats-Unis et la Russie.

Les deux pays souhaitent cependant que les agents chimiques mortels soient transférés hors de Syrie d'ici à la fin de l'année, selon un document de travail que Reuters a pu consulter.

D'après ses auteurs, la majeure partie des agents chimiques devront quitter le pays avant le 31 décembre et les sites de production qui n'ont pas encore été démantelés devront l'être avant le début du mois de mars.

La destruction définitive de l'ensemble des matériaux neurotoxiques syriens devra quant à elle être achevée à la fin de l'année prochaine, soit six mois après la date butoir initialement retenue et acceptée par la Syrie. Ce report semble toutefois ne pas inquiéter dans la mesure où les substances dangereuses se trouveront théoriquement hors de Syrie.

Les experts de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), qui veillent à la mise en oeuvre de l'accord sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien conclu après le bombardement au gaz sarin du 21 août dans la banlieue de Damas, ont d'ores et déjà constaté la mise hors service de 22 des 23 sites de production déclarés.

Ils élaborent désormais avec Damas un plan détaillé pour la destruction des agents chimiques et des installations restantes, ce qui pourrait être plus délicat. Selon la résolution 2118 adoptée fin septembre par le Conseil de sécurité de l'Onu, un accord doit être conclu avant vendredi prochain.

DATE BUTOIR

La Russie et les Etats-Unis ont présenté cette semaine leur projet de calendrier à l'OIAC. Il prévoit donc le transfert à l'étranger de tous les agents chimiques syriens d'ici au 31 décembre, sauf pour l'isopropanol, l'un des deux principaux agents précurseurs du gaz sarin, qui doit être détruit sur place avant le 1er mars. Les munitions destinées à recevoir des agents chimiques devront l'être avant la fin janvier.

La requête de Damas concernant la conversion d'une partie des installations déclarées à l'OIAC à des fins civiles a de toute évidence été rejetée puisque le document américano-russe stipule que les sites utilisés pour des activités interdites par la Convention sur les armes chimiques ne peuvent être convertis.

Il invite par ailleurs l'OIAC et les Etats prêts à recevoir l'arsenal chimique syrien à élaborer un plan de destruction d'ici à la mi-décembre.

La date butoir pour la transformation "des substances chimiques inutilisables à des fins militaires" est fixée au 31 mars 2014 et celle de leur "destruction complète" au 30 décembre 2014.

Si les agents toxiques sont bien transférés hors de Syrie d'ici au 31 décembre, ce report de six mois de la date butoir initialement fixée par Moscou et Washington pour la destruction complète de l'arsenal chimique de Damas est davantage dû à la complexité de la tâche qu'à un manque de coopération de la part de Damas.

La résolution 2118 du Conseil de sécurité contraint la Syrie à se conformer au calendrier de l'OIAC, mais l'échéance de la fin juin retenue par l'organisation dont le siège se trouve à La Haye est également conditionnée à ce calendrier, qui doit donc être approuvé vendredi.

"LE PLUS TÔT POSSIBLE"

L'étape la plus délicate du processus pourrait bien être le transfert des agents chimiques à l'étranger. Aucun axe routier ne paraît sûr du fait de la multiplicité des fronts dans la guerre civile syrienne.

Le site Foreign Policy rapportait mardi que Damas a demandé 40 camions blindés et divers équipements à l'OIAC pour acheminer les substances chimiques de Damas à la côte, en vue de leur transfert par la mer. Or, des combats très intenses se déroulent sur cet axe qui commande l'accès au "pays alaouite", minorité chiite dont Bachar al Assad est issu.

Pour les puissances occidentales qui prônent la mise à l'écart du chef de l'Etat, il est impensable de contribuer, même indirectement, au renforcement des capacités de l'armée syrienne, ce qui leur laisse peu d'alternatives.

Expédier les substances chimiques par les airs semble également trop risqué et les faire transiter par le Liban n'est pas non plus sans danger.

Toutes les dates mentionnées dans le projet de calendrier américano-russe sont entre crochets, ce qui laisse supposer qu'elles n'ont pas encore été approuvées, et un autre partie du document renforce l'idée que le démantèlement de l'arsenal syrien prendra plus de temps que prévu.

Si l'OIAC ou un pays où les agents chimiques ont été transférés pense qu'il ne pourra pas tenir les délais impartis, "il peut proposer (...) de revoir les dates en précisant les circonstances et en avançant une autre échéance avec l'idée d'achever la destruction complète le plus tôt possible", peut-on y lire.

Henri-Pierre André et Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • M2280901 le vendredi 8 nov 2013 à 17:38

    faut bien amortir l'investissement