La dentelle Desseilles, emblème des méandres du Code du travail

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LA DENTELLE DESSEILLES, EMBLÊME DES MÉANDRES DU CODE DU TRAVAIL
LA DENTELLE DESSEILLES, EMBLÊME DES MÉANDRES DU CODE DU TRAVAIL

par Michel Rose

CALAIS (Reuters) - Son entreprise menacée de fermeture, Gérard Dezoteux contemple d'un oeil las son "chef-d'oeuvre", des échantillons de dentelle délicatement rebrodée de coquelicots.

"J'ai eu l'idée à Paris en regardant un tableau de Monet. Et maintenant ça pourrait finir dans un musée. Quel gâchis monumental...", soupire-t-il.

L'associé gérant et directeur de la création de Desseilles Laces, fournisseur de marques de lingerie comme La Perla, Aubade ou Victoria's Secret, est toujours sous le choc de la décision de justice l'ayant contraint à réintégrer cinq employés qui avaient fait l'objet d'un licenciement économique en 2013.

En décembre dernier, le tribunal administratif de Lille a estimé que ces salariés auraient dû se voir proposer un reclassement interne avant d'être limogés. Pourtant le plan de licenciement avait été validé par l'inspection du Travail, le ministère du Travail et le tribunal de commerce de Boulogne.

L'entreprise, dont les origines remontent à la fin du XIXe siècle, doit non seulement réembaucher ces salariés mais aussi leur verser des indemnités.

"COUP DE GRÂCE"

"On rentre dans l'absurde", témoigne Gérard Dezoteux à Reuters.

Sur les neuf salariés licenciés en 2013, cinq salariés protégés avaient saisi la justice et trois d'entre eux ont demandé leur réintégration. L'entreprise calaisienne doit désormais leur verser deux ans et demi d'arriérés de salaire, ainsi que des indemnités dont le montant reste à déterminer.

D'après Gérard Dezoteux, le total pourrait s'élever à plus de 750.000 euros, soit l'équivalent de plus de 10% du chiffre d'affaires réalisé l'an dernier par le dentellier en difficulté.

Le cas de cette entreprise de 74 salariés illustre les chausse-trapes de la réglementation sociale française, que le gouvernement espère clarifier avec son projet de réforme du Code du travail toujours contesté malgré des aménagements.

Deux dispositions de la loi portée par la ministre du Travail Myriam El Khomri auraient en effet pu s'appliquer dans le cas de Desseilles: la définition des licenciements économiques - maintenue dans la nouvelle version présentée lundi par Manuel Valls aux partenaires sociaux - et le plafonnement des indemnités prud'homales pour licenciement abusif - qui a été remplacé par un barème indicatif.

Si la décision du tribunal n'est pas à l'origine des difficultés de Desseilles, elle a selon Gérard Dezoteux apporté "le coup de grâce" à une entreprise déjà fragilisée depuis plusieurs années par la concurrence chinoise.

ATMOSPHÈRE TENDUE

"On est dans une période de crise, faut pas se le cacher. La ménagère va plutôt se priver d'un soutien-gorge que de ses vacances", souligne Gérard Dezoteux.

En attendant l'issue de l'appel - un recours non suspensif appuyé par les services de l'Etat en région -, l'incertitude sur l'évolution de la masse salariale de Desseilles a déjà découragé un actionnaire chinois pourtant prêt à injecter de nouveaux capitaux.

Desseilles Laces a été placée en liquidation judiciaire le 2 mars dernier, avec poursuite d'activité jusqu'au 23 mars.

Faute de l'acceptation d'une offre de reprise par le tribunal de commerce mercredi, les salariés de Desseilles pourraient finalement tous se retrouver sans emploi dans une région dont le taux de chômage, à 12,5%, dépasse déjà la moyenne nationale.

Cette perspective a envenimé les relations au sein du personnel, certains dénonçant l'attitude des salariés ayant obtenu leur réintégration.

"C'est quand même des personnes qui ne pensent qu'à elles", estime Brigitte Coterez, 59 ans, dessinatrice chez Desseilles depuis plus de trente ans. "Pour moi c'est presque la fin, mais pour des jeunes, qui vont perdre leur travail, qui ont des enfants..."

En pause-déjeuner près de l'énorme métier à dentelle centenaire, les salariés réintégrés disent qu'ils ne devraient pas subir les conséquences des difficultés de l'entreprise.

"Le carnet de commandes, s'il a baissé, c'est pas notre faute", indique Sandy Bomble, délégué syndical et tulliste chez Desseilles.

Selon lui, d'autres dentelliers de la région s'en sortent mieux, ce qui reflète de son point de vue des erreurs de gestion et de stratégie de la direction de l'entreprise.

Mais ces entreprises produisent de la dentelle destinée à l'industrie du prêt-à-porter féminin luxe et à la haute couture et non à la lingerie/corseterie, relève Gérard Dezoteux en précisant qu'il n'a pas les moyens de renouveler ses équipements pour s'adresser à ce marché.

Gérard Dezoteux, qui a repris Desseilles avec deux associés en 2011, aurait pu prendre sa retraite à ce moment-là. Aujourd'hui, il regrette de ne pas l'avoir fait.

(Myriam Rivet pour le service français, édité par Sophie Louet)

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  • Castro31 le vendredi 18 mar 2016 à 20:27

    Faut dire aussi que la fabrication de dentelle de nos jours, c'est aussi porteur que la fabrication de hallebarde, de bouliers ou de côtes de maille !

  • jfvl le vendredi 18 mar 2016 à 19:36

    Ce ne sera pas la première ni malheureusement la dernière PME tuée par un justice aveugle. J'ai déjà connu cette situation personnellement

  • j.chiro1 le vendredi 18 mar 2016 à 18:58

    @aerosp : alors portez-vous candidat à la reprise de l'entreprise, on verra de quoi vous êtes capable, non ?

  • aerosp le vendredi 18 mar 2016 à 18:39

    ce directeur est un nul à l'image d'un patronat rétrograde, on construit avec les employés que l'on a et il y a toujours du bon chez quelqu'un à condition de l'entraîner