La démocratie tunisienne engrange des soutiens pour sa fragile économie

le , mis à jour à 19:47
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Une vue d'ensemble de la cérémonie d'ouverture de la conférence internationale sur l'investissement "Tunisia 2020", le 29 novembre 2016 à Tunis ( AFP / FETHI BELAID )
Une vue d'ensemble de la cérémonie d'ouverture de la conférence internationale sur l'investissement "Tunisia 2020", le 29 novembre 2016 à Tunis ( AFP / FETHI BELAID )

Plusieurs pays dont le Qatar se sont engagés mardi à apporter une aide financière accrue à la Tunisie, lors d'une conférence internationale destinée à redynamiser l'économie du pays, engluée dans la morosité six ans après la révolution.

En présence de plus de 2.000 participants d'une cinquantaine de pays, "Tunisia 2020" met sur la table, durant deux jours, plus de 140 projets d'investissement, publics mais aussi privés, pour un montant évalué à près de 30 milliards d'euros.

La conférence vise, selon les organisateurs, à "remettre la Tunisie sur la carte de l'investissement en Méditerranée", alors que le pays a lourdement pâti de l'instabilité née de la révolution de 2011, berceau des Printemps arabes.

"La Tunisie fait face à des circonstances exceptionnelles et a besoin d'un soutien exceptionnel", a fait valoir en ouverture le président Béji Caïd Essebsi, 90 ans.

"Le succès de la construction démocratique en Tunisie (...) contribue à renforcer la sécurité et la stabilité" régionale et internationale, a-t-il plaidé.

L'émir du Qatar cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani annonce que Doha allait consacrer 1,25 milliard de dollars "
L'émir du Qatar cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani annonce que Doha allait consacrer 1,25 milliard de dollars "pour soutenir l'économie de la Tunisie". Le 29 novembre à Tunis lors de la conférence internationale sur les investissements ( AFP / FETHI BELAID )

Dans la foulée, l'émir du Qatar cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani a rendu hommage au peuple tunisien, qui "a décidé de construire son pays en se basant sur la pluralité, la dignité et la liberté de l’être humain (...), loin de la tyrannie".

"Allons-nous l’aider pour que l’expérience réussisse ou le regarder faire face, seul, aux difficultés?", s'est-il interrogé, avant d'annoncer le déblocage de 1,25 milliard de dollars "pour soutenir" l'économie du pays.

- Essebsi à Bruxelles -

Co-parrain de la conférence, la France a également confirmé un renforcement de l'aide bilatérale. En janvier, Paris a déjà annoncé un "plan d'assistance d'un milliard d'euros d'ici 2020", a noté le Premier ministre Manuel Valls. Mais "nous voulons aller plus loin. Dans les années à venir, l'Agence française de développement (AFD) investira au minimum 250 millions d'euros chaque année", a-t-il ajouté.

Dès le début du mois, l'Union européenne avait indiqué qu'elle doublerait son soutien financier en 2017, à hauteur de 300 millions d'euros, et le président Essebsi sera mercredi et jeudi à Bruxelles pour rencontrer ses principaux dirigeants.

Mardi à Tunis, la Banque européenne d'investissement (BEI) --la banque de l'UE-- a de son coté fait savoir que 2,5 milliards d'euros de prêts seraient octroyés d'ici 2020.

"Hormis la Palestine, la Tunisie est désormais le principal bénéficiaire de fonds européens dans le voisinage", a relevé devant la presse le commissaire Johannes Hahn.

Le Koweït s'est lui dit disposé à prêter "500 millions de dollars" sur cinq ans.

De G à D, le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal, le président de l'Assemblée tunisi
De G à D, le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal, le président de l'Assemblée tunisienne Mohamed Ennaceur, l'émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani, le président tunisien Beji Caid Essebsi, le Premier ministre français Manuel Valls et le Premier ministre tunisien Youssef Chahed ( AFP / FETHI BELAID )

"Aujourd'hui, le monde a salué la démocratie tunisienne par sa confiance", s'est félicité en soirée le Premier ministre Youssef Chahed, lors de la signature d'une trentaine d'accords de financement et conventions.

Ces soutiens interviennent alors que la Tunisie, unique pays rescapé des Printemps arabes, peine à faire redémarrer son économie.

La croissance est atone, l'appareil productif au ralenti et le chômage massif, surtout chez les jeunes: en janvier, la Tunisie a connu sa plus importante contestation sociale depuis la chute de la dictature de Zine el Abidine Ben Ali en 2011.

Fin août, le gouvernement d'union de M. Chahed est entré en fonction après que son prédécesseur eut été jugé en échec. Depuis, il proclame que la Tunisie est en état d'urgence sécuritaire --du fait des menaces jihadistes-- mais aussi économique.

- 'Que du business' -

Le pays a dû conclure en mai un nouveau plan d'aide auprès du Fonds monétaire international (FMI) de 2,6 milliards d'euros sur quatre ans. Les principaux bailleurs de fonds sont présents à la conférence de Tunis.

"L'appui donné jusqu'à présent à l'économie tunisienne n'a pas été suffisamment fort", a jugé le prochain secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, dans un message aux participants. "Pour le secteur privé, investir en Tunisie est une décision intelligente", a-t-il enchaîné.

A ce titre, après une matinée très politique, la conférence a mis le cap sur le privé. "A partir de maintenant, c’est du business, rien que du business", a dit à l'AFP le commissaire général de "Tunisia 2020", Mourad Fradi.

Sur les 142 projets recensés, plus de la moitié relèvent d'un partenariat public-privé ou du seul privé. Ils concernant des domaines variés, de l'économie numérique à la santé en passant par les énergies et le tourisme.

Lors de la première session thématique, le ministre de l'Investissement Fadhel Abdelkéfi s'est efforcé de valoriser le "nouveau climat des affaires" en Tunisie, évoquant la récente adoption d'un code de l'investissement qui doit permettre une simplification des procédures administratives.

"Nous essayons de mettre en place une nouvelle gouvernance", a argué M. Abdelkéfi, membre d'une équipe gouvernementale qui affiche par ailleurs la volonté de combattre --enfin-- la corruption et la contrebande, des fléaux de l'économie tunisienne.

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  • 34flora il y a 6 jours

    la fragile économie tunisienne qui ne se soucie pas de l'extrêmement fragile économie française ! on les gave ici, et on va les gaver là bas ! tout est bon pour ramasser !

  • 34flora il y a 6 jours

    et allez, continuez à nous faire les poches ! pourquoi se gêner ?

  • MIKE3000 il y a 6 jours

    Argent perdu, tout est ici: https://www.youtube.com/watch?v=MPhbDtzmKjQ

  • schalle6 il y a 6 jours

    et pourquoi je ne peux pas poster ce commentaire!!!???? parce que ça vous dérange vous et vos alliances

  • marcmes2 il y a 6 jours

    incroyable d'être aussi c..

  • 300CH il y a 6 jours

    comme à dit le FIFI "Fillion" en 2007 état en faillite, en 2017 ça sera en super faillite, surtout que de ça bouche est sorti: que les taux d’intérêts qu’emprunte la France vont aller vers le haut, donc plus difficile pour emprunter sur les marchés, ça va faire très Mal pour le prochain. Pour les socialos du Trône "C PAS GRAVE C L’ÉTAT QUI PAYE"

  • M3039634 il y a 6 jours

    Il en est réduit à faire de la Com pour se faire mousser !

  • M3039634 il y a 6 jours

    Depuis l'Indépendance, de nombreux biens immobiliers appartenant à des Français ont été confisqués au profit de l'Etat tunisien. Qu'en pense Monsieur Valls qui distribue allègrement notre argent ?

  • M5723741 il y a 6 jours

    OK mais il faut conditionner ces aides au retour des migrants et des binationaux délinquants. plusieurs dizaines de milliers par an.

  • BARIL22 il y a 6 jours

    Nous avons les moyens, la France n'a que deux mille deux cent milliards de dettes. Celle-ci est garantie pas nosassurances vie. En cas de faillite de la France, l'état fera main basse sur ces placements. (Loi Sapin 2)