La démission de Sanchez ouvre la porte à un déblocage en Espagne

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    * Après dix heures de débat, Pedro Sanchez a été mis en 
minorité par 132 voix contre 107 
    * Il bloquait depuis neuf mois la formation d'un 
gouvernement minoritaire de droite dirigé par Mariano Rajoy 
    * Sa ligne dure a provoqué une fronde interne 
 
    par Angus Berwick et Carlos Ruano 
    MADRID, 1er octobre (Reuters) - Le secrétaire général du 
Parti socialiste espagnol (PSOE), Pedro Sanchez, a démissionné 
samedi soir après avoir été mis en minorité par son parti, 
ouvrant la voie à la possible formation d'un gouvernement après 
neuf mois de crise politique en Espagne. 
    Les quelque 300 membres du comité fédéral du PSOE, qui 
fonctionne comme une sorte de parlement, s'étaient réunis samedi 
à huis clos à Madrid dans un climat de tension pour trancher le 
dilemme sur l'attitude à adopter au Parlement, où le président 
du gouvernement sortant, le conservateur Mariano Rajoy, tente de 
former un gouvernement minoritaire. 
    Si les députés socialistes s'abstiennent, Rajoy pourra le 
faire. Mais Sanchez excluait pour sa part de permettre au chef 
de la droite conservatrice, qu'il accuse de corruption, de se 
maintenir au pouvoir. 
    Après dix heures de débats houleux, la ligne Sanchez, qui 
proposait, convaincu d'être soutenu par une majorité des 
adhérents, l'organisation de primaires le 23 octobre, a été mise 
en minorité et la motion déposée par les frondeurs pour le 
remplacer sans délai a été adoptée par 132 voix contre 107.  
    "J'ai toujours pensé que le Parti socialiste devait être 
porteur d'une alternance. Malheureusement, cela n'est pas 
possible. Je présente ma démission", a aussitôt réagi Sanchez, 
qui dirigeait le parti depuis 2014, selon une source dans son 
entourage. 
    En l'écartant, les frondeurs du Parti socialiste espèrent 
éviter de nouvelles élections législatives, les troisièmes en un 
an après les scrutins de décembre 2015 et de juin dernier. 
    A chaque scrutin, le Parti populaire (PP) de Rajoy est 
arrivé en tête mais, avec 137 élus dans l'actuel parlement, et 
même s'il est le seul parti à avoir progressé d'un scrutin à 
l'autre, il n'a pas retrouvé sa majorité absolue, fixée à 176 
sièges. 
    Le PSOE a reculé pour sa part entre les scrutins législatifs 
de décembre (90 députés) et de juin (85 élus) et a connu une 
nouvelle déroute aux élections régionales du week-end dernier au 
Pays basque et en Galice, alimentant la fronde anti-Sanchez.  
         
    MUTINERIE 
    Le parti va désormais être confié à une direction provisoire 
avant la tenue d'un congrès extraordinaire que Susana Diaz, la 
présidente de l'exécutif régional d'Andalousie, pourrait aborder 
en favorite. 
    Dans l'intervalle, cette direction provisoire devra aussi 
gérer un des plus gros dilemmes dans l'histoire du PSOE, créé il 
y a 137 ans: ouvrir la voie à un gouvernement minoritaire 
conduit par Mariano Rajoy et le PP ou forcer la tenue de 
nouvelles élections législatives. 
    Pour la plupart des observateurs, c'est la première option 
qui l'emportera. 
    "Je pense à présent que le plus probable est que l'Espagne 
n'aura pas besoin de troisièmes élections législatives. La 
mutinerie contre Pedro Sanchez était, au moins en partie, due à 
son refus de laisser Rajoy former un gouvernement minoritaire 
alors même qu'il était clair que le dirigeant socialiste ne 
pouvait proposer d'alternative crédible", a dit Vicenzo 
Scarpetta, politologue au centre d'étude Open Europe de Londres. 
    "En outre, le Parti socialiste ne semble clairement pas dans 
un état idéal pour mener une nouvelle campagne électorale", 
a-t-il ajouté. 
    Brandissant des posters du secrétaire général et reprenant 
en coeur le slogan "Non au PP", les partisans s'étaient 
rassemblés samedi devant le siège du parti, placé sous 
protection policière. Ils avaient accueilli les frondeurs aux 
cris de "traître" et de "putschiste". 
    "Si, indirectement, le PSOE offre le pouvoir au PP, ce sera 
le suicide de notre parti", affirmait l'octogénaire Martin 
Sagrera, militant de longue date du parti portant une affiche 
"No es No" (Non, c'est non). 
 
 (avec Blanca Rodriguez; Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
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