La demande chinoise pourrait hâter la création d'eurobonds

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par Paul Taylor

PARIS (Reuters) - Tandis que les responsables politiques européens s'affrontent sur l'idée d'émettre des euro-obligations pour apporter une réponse à la crise de la dette souveraine, la Chine pourrait influer sur leur mise en place.

L'Europe est le premier marché à l'export de la Chine, qui a clairement dit qu'il était dans son intérêt d'éviter un effondrement financier qui risquerait entraîner une récession mondiale.

La Chine souhaite aussi diversifier ses réserves étrangères pour alléger la part des emprunts d'Etat américains, et n'a pas attendu la dégradation de la note souveraine des Etats-Unis le mois dernier pour commencer à le faire.

"Les pays européens sont confrontés à des problèmes de dette souveraine. Nous avons dit un nombre incalculable de fois que la Chine veut donner un coup de main, et nous continuerons à y investir (en Europe)", a déclaré le Premier ministre Wen Jiabao lors du 'Forum d'été de Davos', la semaine dernière dans la ville chinoise de Dalian.

Mais il a dit aussi que les grandes économies développées devaient assainir leur situation budgétaire et a pressé l'Europe de faire un geste de réciprocité en accordant à la Chine le statut d'économie de marché.

Les Européens ont jusqu'à présent renâclé à faire cette concession, étant donné le régime de change du yuan, le contrôle étatique de l'industrie chinoise et les contentieux commerciaux, sur la propriété intellectuelle par exemple.

Lors de son entrée à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, la Chine a accepté des clauses restrictives dont une prévoyait qu'elle n'aurait pas le statut d'économie de marché au niveau mondial avant 2016. Pékin demande depuis longtemps que ce statut lui soit accordé par avance, ce qui lui assurerait une meilleure protection contre les droits antidumping imposés notamment par l'UE.

"UNE CRISE EST UNE OPPORTUNITÉ"

"Les Européens n'ont pas été assez sensibles aux besoins de la Chine", a déclaré Etienne Reuter, un consultant qui fut représentant de l'Union européenne à Hong Kong et au Japon.

La Chine veut également que l'UE lève un embargo sur les armes imposé en 1989 après l'écrasement du "printemps de Pékin".

En privé, des responsables européens qui gèrent la crise de la dette rappellent que la Chine est l'un des quelques gros investisseurs étrangers qui continuent d'acheter des obligations de certains pays de la zone euro sur le marché secondaire.

La Chine, pense-t-on également, a aussi pris une grosse part des obligations notées triple A émises par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour soutenir la Grèce, l'Irlande et le Portugal dans le cadre des programmes d'aide mis en place par l'UE et le Fonds monétaire international.

Pour Pékin, le problème c'est plutôt qu'il n'y a pas suffisamment d'émission de papier européen noté triple A pour répondre à sa demande. Les rendements des emprunts d'Etat allemands et britanniques, valeurs refuges vers lesquelles se sont tournés nombre d'investisseurs, sont de ce fait tombés en dessous du taux de l'inflation.

"C'est dans l'intérêt de la Chine que la zone euro soit stable avec la création d'euro-obligations, mais la Chine peut-elle avoir un impact sur la décision des pays européens ? J'en doute", commente cependant Bei Xu, une économiste chinoise qui travaille à Paris pour la banque française d'investissement Natixis.

"Dans la mentalité chinoise, une crise est toujours une opportunité. Le mot chinois pour crise est constitué de deux caractères : l'un signifie le danger, l'autre l'opportunité", remarque-t-elle.

A court terme, explique-t-elle, cela aurait du sens pour la Chine d'acheter des obligations du Trésor italien, qui sont en Europe parmi les actifs les plus nombreux en volume et les plus liquides tout en offrant un rendement attractif "si on exclut un scénario de crise extrême".

SÉCURISER LES INVESTISSEMENTS

Il y a clairement un débat au sein des dirigeants chinois sur les avantages et les inconvénients de se porter au secours de l'Europe.

Au Forum de Dalian la semaine dernière, un conseiller de la banque centrale chinoise, Li Daokui, a déclaré que la Chine devrait s'abstenir d'acheter de gros volumes d'obligations européennes.

Dans son édition destinée à l'étranger, le Quotidien du Peuple a pour sa part écrit que la Chine ne devrait pas agir seule mais travailler avec d'autres créanciers, dont le FMI, et demander que la zone euro garantisse ses investissements.

"Confrontée à des risques systémiques latents concernant la dette européenne, la Chine doit à la fois tenir le rôle de grande puissance responsable mais doit aussi faire de la sécurité une condition préalable à un investissement", a estimé dans un éditorial Li Xiangyang, chercheur en relations internationales à l'Académie chinoise des sciences sociales.

Selon Etienne Reuter, Wen Jiabao veut ouvrir davantage la Chine et soutenir l'Europe mais des voix conservatrices parmi les autres dirigeants font valoir que Pékin doit être prudent et ne pas trop s'impliquer à l'étranger.

L'opinion publique chinoise, du moins telle qu'elle est reflétée sur internet par les blogs, penche pour la prudence concernant la question des investissements en Europe, relève pour sa part Bei Xu.

Quant à David Bowers, du cabinet de conseil financier Absolute Strategy Research, il juge improbable que la Chine prenne des initiatives stratégiques d'ampleur avant le changement de l'équipe dirigeante prévu en 2012, qui doit notamment se traduire par le remplacement du président Hu Jintao et du Premier ministre Wen Jiabao.

"Les gens avec qui les Chinois doivent avoir affaire, ce sont les Allemands. C'est une nation triple A comme la Chine, mercantile comme la Chine, et les Chinois pourraient les aider à éviter de faire supporter aux contribuables allemands" un lourd fardeau, dit-il.

La Chine est en passe de devenir d'ici deux ans le premier partenaire commercial de l'Allemagne, à la place de la France, note David Bowers.

"Ils (les Chinois) vont devoir attendre que l'Allemagne soit plus claire sur ce qu'elle veut en Europe", dit-il.

Marion Douet pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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  • JF84 le lundi 19 sept 2011 à 18:58

    "La Chine nation triple A" ???? Mais de qui se moque ce conseiller financier (et la personne qui a "produit" cette article sans se relire ou vérifier) ? La chine est notée A+ par S&P, soit la même note que l'Italie. On peut éventuellement critiquer cette réalité par une analyse sur le niveau d'endettement de la chine et ses perspectives économiques, mais ne déformons pas les faits s'il vous plaît !!