La défense, solide ballon d'oxygène pour François Hollande

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LA DÉFENSE, UN BALLON D'OXYGÈNE POUR FRANÇOIS HOLLANDE
LA DÉFENSE, UN BALLON D'OXYGÈNE POUR FRANÇOIS HOLLANDE

PARIS (Reuters) - Avec des ventes d'armes qui pourraient atteindre un niveau record cette année et des interventions militaires relativement bien perçues dans l'opinion malgré leur bilan mitigé, la défense offre à François Hollande un ballon d'oxygène bienvenu en l'absence d'embellie sur le front de l'emploi en France.

Trois ans après son arrivée à l'Elysée, le chef de l'Etat a vu sa diplomatie économique confortée par la conclusion lundi d'un nouveau contrat de vente de l'avion de combat Rafale de l'industriel français Dassault, le troisième en trois mois après une décennie d'échecs à l'exportation.

"C'est le succès du tandem Le Drian-Hollande", souligne une source gouvernementale. "La méthode n'a pas changé depuis 2012, il s'agit de privilégier le dialogue politique avec ses partenaires, le développement d'une relation de confiance avant de discuter de contrats, de prix ou même de livraison."

Pour Eduardo Rihan-Cypel, membre socialiste de la commission de la défense à l'Assemblée nationale, la clé du succès réside dans la discrétion observée par les équipes françaises concernant les discussions avec les clients potentiels.

"Manifestement ce n'était pas le cas avant, le fait de crier victoire avant les signatures réelles avait fini par porter préjudice à l'équipe précédente", a-t-il dit dans une allusion à Nicolas Sarkozy, qui avait annoncé prématurément la conclusion d'un contrat pour la vente de Rafale au Brésil.

LE DRIAN PIÈCE MAÎTRESSE

Pièce maîtresse du dispositif, le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian a dès sa nomination endossé l'habit de représentant de l'industrie de l'armement française, multipliant les déplacements, notamment dans les monarchies du Golfe.

"Il a rencontré une douzaine de fois le prince héritier des Emirats arabes unis, il a rencontré autant de fois le ministre de la Défense et l'émir qatari, il a rencontré et fait plusieurs déplacements les autorités égyptiennes", disait une source française après l'accord conclu avec le Caire début 2015.

"Quand il est en tête-à-tête avec ses homologues, avant de parler d'armes, il parle de la situation dans les régions concernées, les interventions de la France, etc."

Au-delà de la "méthode Le Drian", Paris a tiré profit des rumeurs de désengagement des Etats-Unis du Moyen-Orient en proposant ses équipements militaires à des pays de la région confrontés à la montée en puissance de l'Etat islamique.

Opportuniste, la France n'est toutefois pas dupe de la partie jouée par les Saoudiens, déçus du refus des Etats-Unis d'intervenir en Syrie et remontés contre leur volonté de conclure un accord avec l'Iran chiite.

"Ils (les Saoudiens) ont voulu que nous venions pour qu'ils puissent dire aux Américains : regardez, nous avons aussi la France", indique une source diplomatique française en marge du déplacement de François Hollande à Ryad mardi. "C'est à vous de ne pas vous laisser distancer et d'être ici avec nous."

BONNE NOUVELLE POUR L'ECONOMIE

Outre le gain d'influence régionale que la France espère récolter avec de tels contrats, l'enjeu économique est de taille. Le budget défense a atteint des sommets avec la mobilisation sans précédent de l'armée française sur les théâtres d'opération à l'extérieur comme à l'intérieur (Sentinelle) et le chômage poursuit sa hausse.

Jean-Yves Le Drian a chiffré à 30.000 emplois sur plusieurs années le nombre de postes qui pourraient être créés grâce aux contrats à l'exportation engrangés ces derniers mois par la France (84 Rafale, vente de 50 hélicoptères à la Pologne et les contrats dans le domaine satellitaire).

Des ventes qui pourraient également permettre à la France de se hisser cette année au deuxième rang mondial des exportations d'armes, derrière les Etats-Unis.

"La France est regardée comme un pays fiable en qui il est possible de donner sa confiance pour un pays partenaire", a dit François Hollande à Doha.

Des propos qui sonnent comme une mise au point après les craintes de voir l'image de la France écornée par une éventuelle annulation du contrat de vente des deux navires de guerre Mistral à la Russie en raison du conflit en Ukraine.

La France a depuis mai 2012 lancé l'opération Serval au Mali, Sangaris en Centrafrique puis Barkhane dans la bande sahélo-saharienne. Dans le Golfe, elle participe à la coalition de lutte contre l'Etat islamique en Irak.

Reste une inconnue : le potentiel départ de Jean-Yves Le Drian du ministère de la Défense pour la Bretagne en vue des élections régionales de décembre qui pourrait faire dérailler le mécanisme du tandem défense. A 67 ans, l'ancien maire de Lorient a encore plusieurs mois avant de se décider.

"Je reste mobilisé à 100% par la mission de ministre de la Défense", a-t-il déclaré au Journal du dimanche la semaine dernière. "La question de la Bretagne viendra en son temps."

(Marine Pennetier, avec Elizabeth Pineau et John Irish)

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  • gl060670 le mardi 5 mai 2015 à 21:20

    en attendant vous récoltez le fruit de leurs sacrifice : la liberté d expression !!

  • M4750397 le mardi 5 mai 2015 à 19:03

    Vive l'euro ...