La décision britannique sur Hinkley Point se rapproche

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    par William James et Geert De Clercq 
    LONDRES/PARIS, 14 septembre (Reuters) - Theresa May, la 
Première ministre britannique, pourrait annoncer dès jeudi sa 
décision sur le projet de nouveaux réacteurs nucléaires 
d'Hinkley Point, un verdict très attendu notamment en France en 
raison de son enjeu industriel et financier pour EDF  EDF.PA . 
    En juillet, quelques heures seulement avant la signature 
officielle du projet, la nouvelle occupante du 10, Downing 
Street avait, à la surprise générale, décidé de le mettre en 
suspens, expliquant avoir besoin de temps pour évaluer les 
implications de ce dossier de 18 milliards de livres sterling 
(21 milliards d'euros), qui prévoit la construction de deux 
réacteurs de type EPR dans le sud-ouest de l'Angleterre. 
    L'étude approfondie menée ces deux derniers mois devait 
porter entre autres sur le volet chinois, EDF ayant conclu un 
accord avec le groupe public CGN (China General Nuclear Power 
Corp), qui doit prendre un tiers du projet, et ses conséquences 
possibles sur la sécurité nationale du Royaume-Uni.   
    Theresa May a promis de rendre publique sa décision avant la 
fin du mois.  
    Une source a déclaré à Reuters qu'elle était prête à donner 
son feu vert à l'accord tout en l'assortissant de nouvelles 
conditions. Une autre source a dit que la décision serait rendue 
publique jeudi tandis que plusieurs médias britanniques ont 
rapporté que Theresa May annoncerait son verdict dans les 
prochains jours. 
    Une porte-parole du ministère britannique des Entreprises 
s'est refusée à tout commentaire, confirmant simplement que la 
décision interviendrait avant la fin du mois. Une porte-parole 
de Theresa May a dit qu'aucune décision n'était adoptée pour 
l'instant. 
    Le conseil d'administration d'EDF a donné son feu vert au 
projet Hinkley Point fin juillet mais à une courte majorité 
seulement, plusieurs de ses membres s'y opposant en raison 
notamment de son coût, qu'ils jugent susceptible de compromettre 
la santé financière du groupe public français.   
    Pékin, de son côté, a prévenu qu'un rejet par Londres 
affecterait les investissements chinois en Grande-Bretagne. Par 
ailleurs, certains critiques estiment que Londres s'est engagé 
sur un prix d'achat trop élevé pour l'électricité que produiront 
les futurs réacteurs. 
     
    ENJEU FINANCIER ET INQUIÉTUDE POUR LA SÉCURITÉ NATIONALE 
    Selon l'ex-ministre des Entreprises Vince Cable, May a 
exprimé sa préoccupation vis-à-vis de l'attitude "enthousiaste" 
prêtée à son prédécesseur, David Cameron, face aux velléités 
chinoises d'investissement sur le sol britannique. 
    L'un des principaux conseillers de May a écrit l'an dernier 
que des experts en sécurité étaient préoccupés par la 
possibilité que CGN puisse à terme avoir accès aux systèmes 
informatiques susceptibles de leur donner le contrôle des 
réseaux électriques du Royaume-Uni.  
    Pour prévenir ce risque potentiel, le gouvernement pourrait 
s'inspirer de la solution retenue en 2013 lorsque qu'un autre 
groupe chinois, le spécialiste des équipements de 
télécommunications Huawei, a obtenu un contrat de fourniture de 
logiciels et d'équipements pour la gestion de l'ensemble du 
trafic voix et données en Grande-Bretagne. 
    A l'époque, David Cameron avait opté pour des mesures de 
sécurité renforcées, parmi lesquelles une supervision par le 
GCHQ, l'une des principales agences de renseignement 
britanniques, des recrutements d'un centre de sécurité des 
communications utilisant les technologies de Huawei. 
    Des conseillers de May ont toutefois refusé de dire si une 
solution comparable pouvait être envisagée dans le dossier 
Hinkley Point. 
    Des sources proches du dossier ont dit qu'il appartenait au 
gouvernement d'élaborer un éventuel "Plan B" s'il le jugeait 
nécessaire. 
    Le gouvernement pourrait choisir de rénégocier le prix payé 
pour l'électricité des futurs EPR. Pour l'instant, Londres a 
accepté, pour une durée de 35 ans, de débourser 92,50 livres par 
mégawatt-heure produit par les futurs EPR, soit plus de deux 
fois le prix de marché actuel. 
    Une révision de ce tarif ferait taire une partie des 
critiques britanniques contre le projet mais créerait une menace 
supplémentaire pour la viabilité d'Hinkley Point. Selon 
plusieurs sources, au moins un membre du conseil 
d'administration d'EDF reconsidérerait son vote favorable si les 
modalités du dossier étaient revues de manière substantielle. 
     
 
 (avec Guy Faulconbridghe et Karolyn Schaps; Marc Angrand pour 
le service français, édité par Véronique Tison) 
 

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