La croissance chinoise au plus bas depuis 2009

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par Kevin Yao PEKIN, 19 octobre (Reuters) - La croissance économique de la Chine est tombée au troisième trimestre sous 7% en rythme annuel pour la première fois depuis la crise financière mondiale, un ralentissement qui, bien qu'un peu moins marqué qu'escompté, plaide pour de nouvelles mesures de soutien. Le produit intérieur brut (PIB) n'a progressé que de 6,9% au troisième trimestre, a annoncé lundi le Bureau national des statistiques, un chiffre légèrement supérieur aux prévisions de 50 économistes interrogés par Reuters qui tablaient en moyenne sur 6,8%. Le Bureau des statistiques a qualifié ce chiffre de "raisonnable" même s'il a noté la persistance d'une pression baissière sur la deuxième économie mondiale. La Chine va conserver une croissance stable dans les prochaines années, a assuré son porte-parole, Sheng Laiyun. En rythme trimestriel, le PIB a progressé de 1,8%, battant le consensus (+1,7%), tandis que la croissance du deuxième trimestre a été révisée à +1,8% contre +1,7%. Les indicateurs mensuels publiés parallèlement au PIB ont en revanche déçu les attentes, signe que le ralentissement de l'économie chinoise n'est pas terminé malgré les efforts des autorités pour écarter le risque d'un atterrissage brutal. La croissance des investissements en capital fixe a ainsi plafonné à 10,3% en rythme annuel entre janvier et septembre, contre 10,9% le mois précédent et un consensus de 10,8%. La production industrielle a également ralenti à 5,7%, alors qu'elle était attendue à 6,0% après 6,1% en août. Seules les ventes au détail ont enregistré un léger mieux à 10,9% par rapport au mois précédent comme au consensus (+10,8%). XI JINPING ÉVOQUE UNE "INQUIÉTUDE" Ces chiffres viennent appuyer les propos du président chinois Xi Jinping, qui a exprimé dans une interview écrite accordée à Reuters des "inquiétudes au sujet de l'économie chinoise" tout en se disant confiant dans la capacité de son pays à surmonter le ralentissement actuel, qui correspond selon lui à un ajustement structurel normal. "Nous avons des inquiétudes au sujet de l'économie chinoise et nous travaillons avec force pour y répondre. Nous nous préoccupons aussi de l'apathie de l'économie mondiale, qui affecte tous les pays, en particulier les pays en développement", a-t-il déclaré. ID:nL8N12I01M Les autorités de Pékin peinent depuis plusieurs mois à convaincre les marchés mondiaux de leur capacité à piloter efficacement l'économie après la dévaluation surprise du yuan en août, coup d'envoi d'une période de turbulences sur les places financières. Le gouvernement reconnaît lui-même que la deuxième économie mondiale entre dans une phase de croissance plus lente après un quart de siècle d'expansion galopante. Même si les derniers chiffres ne traduisent pas un ralentissement brutal, ils vont relancer le débat sur la nécessité d'un ajustement de la politique économique et de la politique monétaire. "Nous pensons que la croissance va continuer à ralentir en 2016", commente Louis Kuijs, analyste chez Oxford Economics à Hong Kong, en pointant du doigt les risques baissiers pesant sur le marché de l'immobilier et les exportations. "Dans ce contexte, nous nous attendons à davantage de mesures monétaires et budgétaires", ajoute-t-il. PROCHAINE BAISSE DES TAUX? En dépit de la faiblesse des exportations et des importations, des surcapacités industrielles et du ralentissement du marché immobilier, la croissance chinoise a atteint 7,0% en rythme sur chacun des deux premiers trimestres de l'année, un chiffre conforme à l'objectif officiel, et Pékin a nié avoir gonflé les statistiques dans ce but. Désormais, les autorités politiques et monétaires estiment qu'elles peuvent enrayer la baisse rapide des réserves de change et réduire la pression sur le yuan en soutenant l'économie afin d'atteindre l'objectif de 7% de croissance pour cette année, disent des sources proches des débats en cours. Une nouvelle baisse des taux directeurs de la banque centrale d'ici la fin de l'année fait partie des hypothèses envisagées par les observateurs, le ralentissement de l'inflation plus marqué qu'attendu en septembre et la baisse des prix à la production pour le 43e mois d'affilée ayant encore souligné l'urgence de nouvelles mesures afin d'éloigner le risque déflationniste. La Banque populaire de Chine (BPC) a déjà abaissé ses taux à cinq reprises depuis un an tout en assouplissant les règles imposées au secteur bancaire mais les observateurs estiment que ce type de mesures sont moins efficaces que par le passé, lorsque l'économie était davantage administrée et les niveaux d'endettement bien inférieurs. D'autres mesures, plus ciblées, annoncées ces derniers mois, ont permis de soutenir les ventes de logements et les prix de l'immobilier, sans pour autant interrompre la baisse de la construction, qui pèse sur la demande de nombreuses matières premières. (Marc Angrand et Tangi Salaün pour le service français)

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