«La crise sera longue, le CAC peut rechuter»

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Philippe Vayssettes, le président de la banque Neuflize OBC, s'attend à des rapprochements entre banques à terme. Et prédit des marchés boursiers encore agités tant que la zone euro n'a pas une nouvelle gouvernance.

LE FIGARO. -

Philippe VAYSSETTES.

Les dents de scie de la Bourse reflètent le comportement irrationnel des investisseurs. Il y a de quoi être abasourdi par ce qui se passe. Ces dernières semaines, ils se sont fait peur. Certaines sociétés étaient moins valorisées en Bourse que la moitié de la valeur de leur siège social. Les techniques modernes amplifient ces mouvements. La Bourse a un côté Docteur Folamour, on peut jouer sur des volumes très importants de titres à la nanoseconde près, de manière automatisée, 24 heures sur 24. Cela conduit au massacre de certaines valeurs, on sous-estime l'impact du manque de régulation face à l'immédiateté et à la mondialisation des échanges. Nous avons appelé systématiquement nos clients dès cet été quand les marchés ont commencé à décrocher.

Les hommes politiques sont pourtant partis en guerre contre la spéculation.

Cela restera de l'incantation tant qu'il n'y aura pas une régulation, une gouvernance mondiale. Et on ne voit malheureusement venir ni gouvernance européenne, ni mondiale. Il faut donc s'attendre à ce que les banques soient de nouveau chahutées par les marchés dans les semaines à venir. Le rebond des indices au gré de la signature de tel ou tel accord ne signifie rien. Même si le CAC remontait à 4 000 points, cela ne voudrait pas dire grand-chose. Cette crise ne se terminera que lorsqu'on aura réglé les problèmes de dettes des États, dont certains sont en situation de faillite. Pour l'instant, ce n'est pas le cas.

Comment les banques sortiront-elles de la crise ?

On peut s'attendre à ce que certaines banques françaises et européennes se rapprochent d'autres établissements. Certaines marques ne survivront pas. Il y aura des rapprochements majeurs.

Va-t-il être plus difficile d'emprunter en France ?

La tension sur les marges bancaires est énorme. Aujourd'hui, on ne prête déjà qu'aux riches, aux bons clients. Certaines entreprises saines ont du mal à trouver des financements. La guerre des dépôts est ouverte, d'autant que l'activité bancaire va coûter plus cher en termes de fonds propres avec les nouveaux ratios de Bâle 3. Le métier d'un banquier, c'est d'anticiper, d'appliquer des stress tests aux bilans de chaque client. Personne ne croit à une croissance française de 1,75 % en 2012, Les banques et les entreprises, quel que soit leur secteur, s'apprêtent à carguer de la toile pour passer le grain à venir. Le tout sur fond d'une tectonique des plaques qui fait se déplacer le monde vers l'Asie.

Comment réagissent vos clients ?

Ils ont mis plus de temps à s'inquiéter qu'en 2008. Ce n'est que depuis trois semaines que reviennent les questions sur la solidité des banques. Ceux qui détiennent de gros patrimoines ont de plus en plus conscience du risque de contre­partie et fuient devant certaines signatures. Neuflize OBC est une des entreprises financières les plus solides, puisqu'elle est détenue par ABN Amro, dont l'État néerlandais, noté AAA, est actionnaire à 100 %. Et il s'agit d'un État aux finances saines. Nous sommes la seule banque européenne dont la note a été relevée par Standard & Poor's et Fitch début juillet à A -. Par ailleurs, notre modèle économique qui couvre l'ensemble des patrimoines, de l'entreprise patrimoniale au patrimoine financier en passant par l'art ou l'immobilier, prouve sa capacité à resister aux aléas des marchés.

Bénéficiez-vous du statut de votre actionnaire ?

Oui, nous recevons des capitaux de particuliers qui cherchent à diversifier leurs dépositaires. Ils sont rassurés par le fait que nous n'avons qu'une activité, gérer le patrimoine privé et professionnel des investisseurs.

Quels sont les placements sur lesquels compter aujourd'hui ?

Tout dépend du client. Celui qui est capable de supporter que le CAC 40 retombe à 2 400 points peut entrer sur le marché actions. Pas les autres. S'endetter est une stratégie intelligente compte tenu des taux actuels. Acheter de l'immobilier est une option à condition, là encore, d'accepter que les prix puissent baisser. À long terme, le potentiel de hausse de la pierre est supérieur à celui des autres actifs. L'or, le pétrole, les matières premières agricoles, les terres agricoles et les forêts sont des placements qui vont se valoriser. L'assurance-vie reste très utile, mais elle devrait avoir un poids moindre à l'avenir dans le patrimoine des Français. Enfin, le private equity devrait monter en puissance au détriment des actions cotées et des sicav.

«La Bourse a un côté Docteur Folamour. On peut jouer sur des volumes très importants de titres à la nanoseconde près, de manière automatisée»

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