La crise offre un ballon d'oxygène européen à François Hollande

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par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - L'aggravation de la récession dans l'Union européenne offre à François Hollande une victoire politique sur l'orthodoxie budgétaire et évite à un président français fragilisé de mener une austérité à marche forcée dans son pays.

Avec le report de deux ans de l'obligation de ramener le déficit public à 3% du PIB évoqué vendredi, la Commission européenne estime à son tour que la priorité est la croissance économique en Europe, seule grande zone mondiale en récession.

Une position sur laquelle le président français a longtemps été isolé, en particulier face à l'Allemagne, et pour laquelle il a peiné à rassembler, au point de voir ses contempteurs prédire que la France sera le prochain "malade" de l'Europe.

Ce report annoncé vendredi par le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, permettra à la France d'éviter de freiner ses dépenses publiques en urgence pour adopter un rythme moins sévère et moins périlleux politiquement.

Quant aux hausses d'impôts, il confirme le sentiment de plus en plus partagé au sein du gouvernement qu'elles ont atteint leur limite après de très fortes augmentations en 2012 et 2013.

Le nouvel objectif européen -réduire le déficit à 3% du PIB fin 2015 au lieu de fin 2013- représente un bol d'air équivalent à près de 20 milliards d'euros pour la France par rapport à l'objectif actuel du gouvernement à cet horizon.

Le programme de stabilité présenté par la France il y a seulement quelques jours prévoit ainsi de ramener ce déficit de 4,8% en 2012 à 3,7% fin 2013, 2,9% fin 2014 et 2,0% fin 2015.

"NOUS AVONS UN PEU DE TEMPS MAINTENANT"

Le ministre de l'Economie et des Finances a salué les déclarations d'Olli Rehn et promis de poursuivre le redressement des comptes publics mais sans grever l'activité économique.

"Nous avons un peu de temps maintenant pour conduire les réformes nécessaires et pour soutenir la croissance", a dit Pierre Moscovici, lors d'un déplacement avec François Hollande dans le Doubs. "Ce sont les thèses françaises qui ont été entendues. Dans l'équilibre entre la réduction des déficits et le soutien à la croissance, c'est désormais le soutien à la croissance qui l'emporte."

Dans son entourage, on souligne que le gouvernement conserve les objectifs du programme français de stabilité, tout en précisant que "si la croissance ne se réalise pas, on n'a aucune raison de sur-ajuster pour arriver à 3% en 2014".

Pour l'économiste Nicolas Bouzou, "il était difficile de faire autrement" que de donner deux ans de plus à la France, comme la Commission l'a fait pour l'Espagne.

"En partant de là où l'on est, vous ne pouvez pas arriver à 3% en deux ans, c'est sûr", explique le directeur du cabinet d'études Asterès, qui table sur un déficit d'environ 4% en 2014.

La décision de la Commission valide l'idée "que ce qui était demandé était trop brutal et trop rapide" ainsi que les réformes françaises visant à relever la croissance, en particulier le "pacte de compétitivité" et l'accord sur le marché du travail.

Selon lui, les craintes sur un relâchement de la discipline budgétaire du fait de ce délai européen ne sont pas fondées.

"Je ne pense pas qu'on soit dans une logique de relâchement. On est dans une logique d'arrêt de la hausse des impôts, ça c'est clair, mais on ne veut pas lâcher l'idée de réduire les déficits", dit-il. "Il y a une volonté de réduire les dépenses publiques, je ne pense pas que ça remette l'essentiel en cause."

Olli Rehn a d'autre part insisté sur le fait que la détérioration continue de la compétitivité de la France imposait de mener "des réformes substantielles du marché du travail, du système de retraite et en matière d'ouverture de marchés".

UNE DETTE FRANÇAISE TOUJOURS PLÉBISCITÉE

Les marchés financiers n'ont pas réagi négativement à l'annonce du desserrement de la contrainte sur la France.

Le taux des emprunts d'Etat à 10 ans a au contraire touché son plus bas historique à 1,647% dans la matinée, l'écart avec l'Allemagne ("spread") retrouvant, à 46 points, son plus bas niveau depuis juillet 2011, seulement très brièvement dépassé à la baisse à la fin du mois d'août 2012.

Cette victoire politique pour François Hollande, accusé de conduire la France à la catastrophe par l'opposition de droite, est la conséquence d'une crise encore plus marquée en Europe.

La France, l'Espagne, l'Italie et les Pays-Bas, quatre des cinq principales économies de la zone euro, seront en récession cette année, selon la Commission européenne.

Pour la France, elle table désormais sur une baisse de 0,1% du PIB et une croissance de 1,1% l'an prochain. A politique inchangée, le déficit public devrait selon elle s'établir à 3,9% du PIB fin 2013 et à 4,2% l'an prochain.

La dette de la France, qui s'est élevée à 90,2% du PIB en 2012, croîtrait pour atteindre 94,0% en 2013 et 96,2% en 2014. Le chômage continuerait à augmenter, à 10,6% de la population active en 2013 et 10,9% en 2014, après 10,2% en 2012.

Avec Yann Le Guernigou, Elizabeth Pineau et Ingrid Melander, édité par Yves Clarisse

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