La crise de l'?uf frappe les biscuits et les pâtes

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Face à la pénurie en Europe, qui fait flamber les prix, les industriels tirent la sonnette d'alarme. Les consommateurs de produits à base d'?ufs pourraient subir ce surcoût d'ici à quelques mois.

L'œuf devient une denrée rare. Depuis l'entrée en vigueur au 1er janvier d'une directive européenne modifiant les conditions d'élevage des poules pondeuses, la production d'œufs en France a reculé de 18% à la mi-mars, après une baisse de 10% en 2011. «Environ 5% des éleveurs n'ont pas réussi à se mettre aux normes à temps et n'ont donc plus le droit de produire», explique le Comité national pour la promotion de l'œuf (CNPO). À la mise en suspens de certains poulaillers s'ajoute le temps nécessaire aux poules, très sujettes au stress, pour s'adapter à leur nouvel environnement et se remettre à pondre, notent les producteurs. D'autres pays sont touchés, comme l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne ou le Royaume-Uni. Au total, l'Europe souffre d'un déficit de 200 millions d'œufs par semaine.

Face à cette pénurie, les fabricants de biscuits, de gâteaux et de pâtes sont inquiets. Ils achètent aujourd'hui leurs œufs à des prix de 66% à 100% plus élevés qu'il y a un an. «L'approvisionnement est un vrai problème», souligne Romain Nouffert, directeur général délégué de Lesieur, le numéro un français des huiles alimentaires, qui prévoit une hausse de 5% à 6% du prix de la mayonnaise. Une crainte que partage Philippe Godard, responsable du développement de la Fédération des entreprises de boulangerie et pâtisserie françaises (FEBPF). «La part des œufs dans la composition totale des recettes peut représenter de 15% à 30% du total, selon les produits», précise-t-il. «Les prix de revient pourraient ne plus être acceptables voire devenir insupportables si la hausse se poursuit, d'autant qu'elle s'ajoute aux prix élevés du blé dur», s'alarme, pour sa part, Christine Petit, secrétaire générale du Syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires de France (Sifpaf), qui représente notamment Lustucru Pastacorp.

Dénonçant «l'inertie des autorités européennes», les industriels réclament des mesures d'urgence, notamment en faveur de l'importation d'ovo-produits. «Si la situation perdure, certaines entreprises risquent le dépôt de bilan d'ici quatre à six mois», avertissent la FEBPF et le Sifpaf, associées aux Fabricants de biscuits et gâteaux de France, au Syndicat de la panification croustillante et moelleuse et à l'Association des entreprises de produits alimentaires élaborés (Adepale). Ce secteur regroupe plus de 104.000 emplois directs en France pour un chiffre d'affaires dépassant 18,3 milliards d'euros.

Les Français pourraient payer l'addition

L'équation est d'autant plus complexe pour les industriels qu'ils ne peuvent pas répercuter la flambée des prix de l'œuf dans les rayons, étant liés par des contrats annuels avec la distribution. «Quand on sait que 90% des biscuits sont écoulés en grandes et moyennes surfaces, on mesure les enjeux de cette situation», déplore Philippe Godard. La distribution, de son côté, estime que cette crise est temporaire. «Notre objectif est de préserver le pouvoir d'achat des consommateurs et au final, pour toute la filière, les volumes de ventes de ces produits en magasin», explique Mathieu Pecqueur, directeur agriculture et qualité de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD). «Les industriels ont dû certainement intégrer dans les négociations achevées fin février la hausse du coût de production des œufs, que nous constatons depuis la fin de l'année 2011», ajoute-t-il. Dès l'année dernière, en effet, les éleveurs subissaient déjà l'augmentation des cours du blé et du maïs, utilisés pour l'alimentation des poules.

Un jour ou l'autre, pourtant, les Français devraient faire les frais de cette crise de l'œuf. «L'impact sur les étiquettes sera, en théorie, momentané puisque le cours de l'œuf devrait bientôt refluer», explique Charles Pernin, responsable des questions alimentation et santé à l'association de consommateurs CLCV. «Malheureusement, les prix en rayon reviennent rarement à la normale», ajoute-t-il. En dernier recours, les Français peuvent toujours suivre la dernière mode: investir dans une poule pour produire leurs propres œufs et continuer ainsi à faire des gâteaux maison.

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