La crise de l'euro sera le vecteur clé du marché de taux en 2012

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par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Les marchés de taux terminent l'année 2011 sur les décombres de la crise de la dette souveraine en zone euro, et 2012 ne s'annonce pas sous de meilleurs auspices tant une solution durable et crédible sera longue et difficile à trouver.

Pourtant, 2011 avait démarré dans un climat de relatif optimisme et autour de l'idée que la reprise économique, après la récession qui a suivi la crise des "subprimes" en 2008, serait modeste mais réelle et qu'il fallait privilégier à nouveau les actifs risqués.

Elle finit dans le désarroi, la crise de la dette ayant touché l'Italie qui se finance à 7% à 10 ans contre environ 4,8% en début d'année.

Les meilleures signatures de la zone euro, les pays notés "AAA", comme l'Allemagne et plus encore la France, sont menacées d'être dégradées par les agences de notation.

Totalement écartée jusqu'à l'été, la probabilité d'un éclatement de la zone euro fait désormais partie des scénarios envisagés, et se traduit notamment par des écarts considérables de taux courts entre les pays en difficulté, comme l'Italie actuellement (5,0% à deux ans), et des pays du 'noyau dur' de l'euro, notamment l'Allemagne (0,165%) et la France (0,574%). Une situation en théorie anormale dans une union monétaire.

"2011 a été une année horrible. Fin 2010, on est parti la fleur au fusil, la reprise était là. Puis il y a eu la catastrophe japonaise de Fukushima et la crise de la zone euro. Tous nos radars se sont tus, nos indicateurs sont totalement en panne", dit Philippe Delienne, président de Convictions Asset Management.

"C'est comme dans les vieux films de guerre, quand on voit un bombardier en panne d'instrument chercher désespérément sa route dans les nuages", ajoute-t-il.

Un responsable d'une autre société de gestion renchérit : "Cette année, celui qui a eu une performance zéro aura été très bon."

Pour les stratégistes taux d'ING Investment Management, "la crise de l'Eurosystème, qui souffre de trop d'union monétaire et de trop peu d'union budgétaire, sera le facteur le plus déterminant de l'économie mondiale en 2012".

Une sorte de conviction molle circule dans les salles de marché : la récession modérée, constatée en cette fin d'année, se poursuivra en zone euro au cours des premiers mois de 2012 avec une possible amélioration au second semestre, la croissance restant au mieux très apathique.

TAUX À TROIS MOIS NÉGATIFS EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE

"2011 a été à plus d'un titre une année perdue (...) 2012 ne promet pas de démarrer sous de meilleurs auspices avec une probable contraction de l'économie européenne en début de période et une possible récession pour l'ensemble de l'année", estime toutefois Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natixis.

"Dans ce contexte, la crise souveraine restera à la Une de l'actualité durant toute l'année", ajoute-t-il.

Les tensions sur les taux des pays fragiles de la zone euro se poursuivront tant qu'une forme d'intégration budgétaire et économique ne sera pas mise en oeuvre pour pallier les vices de construction de la monnaie unique, dans une zone euro où seule la politique monétaire, décidée en toute indépendance par une institution supranationale, la Banque centrale européenne, est "fédéralisée".

La crise de la dette, qui a commencé en Grèce, a mis en lumière l'absence de coordination des politiques économiques et budgétaires des 17 Etats membres de l'union monétaire et les difficultés pour mettre en oeuvre une solidarité financière.

La difficulté des gouvernements européens à apporter un début de réponse à cette question s'est traduite par une véritable crise de confiance sur les marchés financiers.

Celle-ci a pénalisé en premier lieu les banques, qui depuis cet été ne trouvent plus de financement à moyen ou long terme sur le marché du crédit et se tournent vers les liquidités illimitées que leur garantit la BCE avec ses diverses opérations de refinancement au taux plancher de 1% pouvant même désormais avoir une durée de trois ans.

Le marché interbancaire est disloqué. Les banques ont peur de se prêter entre elles et préfèrent replacer leurs excédents de liquidités empruntées à 1% auprès de la BCE à la facilité de dépôt au jour le jour de la même BCE, qui les rémunère à 0,25% seulement.

La peur du risque aura été le principal moteur en cette fin d'année, au point que les investisseurs préfèrent les bons du Trésor français ou les Bubill allemands à trois mois dont les rendements sont négatifs plutôt que d'acheter des titres courts émis par les banques à des taux bien plus attractifs.

Edité par Dominique Rodriguez

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