La crise de l'eau s'aggrave à Gaza, aucune solution à court terme

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    par Nidal al-Mughrabi 
    GAZA, 26 janvier (Reuters) - Marouane An Nadjar, un 
Palestinien habitant dans le sud de la bande de Gaza n'a plus bu 
d'eau du robinet depuis dix ans. Chaque jour, il marche quatre 
kilomètres jusqu'à une station de dessalement pour y remplir 
d'eau un bidon de 20 litres. 
    La question de l'approvisionnement en eau courante est un 
vieux problème à Gaza.  
    Les nappes phréatiques sont souillées par les eaux usées, 
des résidus chimiques, de l'eau de mer, et les trois stations de 
dessalement ne peuvent pas répondre à la demande.  
    Pour s'hydrater, la plupart des Gazaouis dépendent des 
importations d'eau en bouteille. Pour la population et les 
spécialistes du développement, la situation devient intenable. 
    Selon le vice-président de l'Autorité palestinienne de 
l'eau, Rebhy al Cheikh, plus de 90% des eaux contenues dans les 
nappes phréatiques sont impropres à tout usage domestique. 
    "L'eau courante est salée, comme si elle était directement 
pompée dans la mer. On a cessé de la boire", explique Marouane 
An Nadjar, un père de six enfants, tout en faisant la queue à la 
station de dessalement de Khan Younès. 
    Alors, comme les autres, il utilise l'eau dessalée pour se 
laver et pour boire. Ceux qui peuvent se le permettre achètent 
de l'eau en bouteille. Quant à celle qui coule du robinet, 
lorsqu'elle coule, elle est à peine potable. 
    "On ne peut même pas la donner à boire aux animaux", déplore 
Fathy Mhareb, 60 ans, père de huit enfants. "On achète de l'eau 
douce et on utilise l'eau salée pour se doucher."  
    Les racines du problème sont multiples mais s'expliquent 
essentiellement par la contamination des nappes phréatiques. 
     
    DIMINUTION CONTINUE 
    La principale source d'eau de gaza écoule 55 à 60 millions 
de mètres cubes d'eau en un an. La demande des deux millions de 
Gazaouis est estimée à 200 millions de mètres cubes.  
    Cela provoque une sur-utilisation des nappes phréatiques qui 
facilite l'infiltration de l'eau de mer, des eaux usées ou 
encore de résidus chimiques. "Il y a une diminution continue et 
une invasion par l'eau de mer", observe Rebhy al Cheikh, qui 
évoque également une teneur élevée en nitrates. 
    Dans un rapport publié en 2012, les Nations unies 
prédisaient que la bande de Gaza deviendrait inhabitable d'ici 
2020 et que ses nappes phréatiques seraient inutilisables avant 
2016. Selon Rebhy al Cheikh, cette prédiction est déjà presque 
réalisée : si l'on s'en tient aux normes internationales, 96,5% 
des nappes phréatiques sont déjà inutilisables. 
    Et la situation ne s'améliore guère. 
    Alors, des Gazaouis tentent de puiser dans les réserves 
souterraines en creusant des puits de fortune. D'autres 
recourent à des techniques artisanales de dessalement et vendent 
l'eau dans la rue, ce qui ne l'empêche pas d'être contaminée, 
souligne Rebhy al Cheikh. 
    Pour tenter de résoudre ce problème, Gaza a augmenté ses 
importations d'eau d'Israël, qui dispose de vastes 
infrastructures de dessalement. Mais l'achat de cinq millions de 
mètres cubes d'eau supplémentaires n'a pu se faire qu'au prix de 
vingt ans de négociations avec les autorités israéliennes. 
     
    BLOCUS 
    Le blocus imposé à la bande de Gaza par Israël et l'Egypte 
au cours de l'essentiel de la décennie écoulée perturbe 
également le développement des projets de construction de 
nouveaux sites de dessalement. 
    Une usine, d'un coût de 10 millions d'euros financé par 
l'Union européenne et l'Unicef, a été inaugurée la semaine 
dernière. Selon Mohanlal Peiris, spécialiste de l'eau et de 
l'hygiène auprès de l'Unicef, ce site permettra d'approvisionner 
75.000 personnes. 
    Mais les Gazaouis placent surtout leurs espoirs dans la 
construction d'un immense site de dessalement qui pourrait 
permettre de répondre à la hausse de la demande. D'un coût de 
500 millions d'euros, il n'est encore qu'au stade des études. 
    A l'heure actuelle, deux des trois sites de dessalement 
fonctionnent à Gaza. Ils produisent à peine 8.600 mètres cubes 
d'eau par jour. 
 
 (Nicolas Delame pour le service français, édité par Gilles 
Trequesser) 
 
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