La crise cloue au sol l'investissement responsable

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Aujourd'hui encore, 66% des Français n'ont jamais entendu parler de ces placements qui intègrent des critères liés à l'environnement, au social et à la gouvernance. Une tendance qui s'est aggravée cette année.

L'investissement socialement responsable (ISR) a du plomb dans l'aile. Ses défenseurs voyaient en la crise, et la méfiance générale qu'elle a suscitée envers le système financier, une belle opportunité pour promouvoir ces placements qui intègrent des critères liés à l'environnement, au social et à la gouvernance (dits ESG). Tandis que s' est ouvert jeudi la troisième édition de la Semaine de l'ISR (jusqu'au 20 octobre), force est de constater que ces produits d'épargne ne font pas recette auprès des Français. Ils sont même totalement inconnus pour 66% d'entre eux, selon une étude Ipsos réalisée pour le centre de recherche sur la finance responsable EIRIS. La tendance s'est donc aggravée par rapport à l'année dernière, où 64% des Français n'avaient jamais entendu parler de l'ISR.

«Avec la hausse du chômage et le recul du pouvoir d'achat, les Français ont d'autres priorités immédiates que de savoir où ils vont placer leur épargne», explique Marion de Marcillac, responsable développement d'EIRIS en France. Malgré tout, 52% des sondés disent accorder une place importante aux critères sociaux et environnementaux dans leurs décisions de placement. D'autant plus que la majorité des Français (79%) estiment que ces enjeux auront un impact négatif sur l'économie mondiale dans les dix prochaines années. En tête desquels l'épuisement des énergies fossiles, l'augmentation de la population mondiale ou encore le changement climatique. C'est pourquoi, selon la spécialiste, «l'ISR offre un potentiel significatif».

Convergence avec la finance généraliste

Ce marché a bondi de 69% en France en 2011, pour atteindre un encours global de 115,3 milliards d'euros, selon Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts qui publie des études sur l'ISR. Mais les investisseurs institutionnels détiennent toujours deux tiers des encours, contre un tiers pour les particuliers. Malgré les efforts de l'État et des professionnels ces dernières années, la visibilité de l'offre reste le nerf de la guerre. Selon l'étude Ipsos, en effet, 19% des sondés seraient prêts à investir une part de leur épargne en ISR s'il leur était proposé. «Tous les réseaux bancaires proposent ce type de produits, mais ils devraient communiquer davantage sur la façon dont ces fonds peuvent donner du sens à l'épargne, et encourager ainsi plus de Français à y souscrire», insiste Marion de Marcillac.

Le décollage poussif de l'ISR ne s'explique pas seulement par ce manque de visibilité. «La confusion qui entoure encore sa définition, tant à l'échelle française qu'européenne, nuit à la crédibilité de ces placements», déplore Franca Perin*, responsable de la recherche ISR de Generali Investments Europe. En France, l'approche multicritères dite «Best in Class» prévaut. Il s'agit de sélectionner les meilleurs entreprises de chaque secteur selon les fameux critères ESG. Les Anglo-saxons et les Scandinaves, quant à eux, préfèrent une stratégie d'exclusion de certains secteurs d'activité, comme l'armement ou le tabac. Si l'enthousiasme général qui a accompagné l'essor de l'ISR au début de la crise en 2008 et 2009 est retombé, Franca Perin reste optimiste. «Aujourd'hui, l'ISR sort de l'enfance et de l'adolescence et entre dans l'âge adulte. Il faut lui laisser le temps de s'imposer et, à terme, de converger avec la finance généraliste.»

*Franca Perin est coauteur du livre ISR: valeur financière, valeur éthique? (Ed. Economica) avec Françoise Quairel-Lanoizelée, maître de conférences en sciences de gestion à l'université Paris-IX Dauphine.

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  • boudet le lundi 15 oct 2012 à 10:51

    Parce que tout le monde s'en fout de l'investissement responsable comme du reste !! ce qui compte de plus en plus, c'est le pognon

  • G.DESJON le lundi 15 oct 2012 à 10:05

    les socialos, irresponsables, clouent au sol l'investissement tout court!