La crise bancaire agite toujours l'Irlande, élève modèle de l'UE

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L'IRLANDE TOUJOURS EMPÊTRÉE DANS SA CRISE BANCAIRE
L'IRLANDE TOUJOURS EMPÊTRÉE DANS SA CRISE BANCAIRE

par Padraic Halpin et Sam Cage

DUBLIN (Reuters) - En octobre 2008, alors que l'Irlande était au bord de la faillite, son ministre des Finances d'alors, Brian Lenihan, assurait que le plan de sauvetage des banques élaboré par le gouvernement était "le renflouement le moins cher du monde".

Cinq ans plus tard, la facture de ce plan s'est envolée pour atteindre 64 milliards d'euros, l'équivalent de 40% du produit intérieur brut (PIB) annuel du pays, et les 4,6 millions d'Irlandais sont voués à de longues années d'austérité.

C'est dans ce contexte déjà morose, marqué jeudi par l'annonce d'une rechute en récession au premier trimestre, que le quotidien Irish Independent a publié cette semaine le contenu de conversations tenues en 2008 entre des dirigeants de l'Anglo Irish Bank (AIB), liquidée depuis.

Entre deux plaisanteries sur le plan de sauvetage et une parodie de l'hymne national allemand, ces cadres dirigeants y reconnaissent que le montant de leurs demandes d'aide financière a été fixé pratiquement au hasard et qu'il valait mieux le sous-estimer pour éviter une mise en faillite pure et simple.

Eamon O'Cuiv, membre du gouvernement à l'époque du sauvetage d'AIB, a constaté que les banques aidées avaient donné aux autorités des informations totalement différentes de celles évoquées dans ces conversations.

"Nous savons aujourd'hui qu'ils mentaient effrontément et qu'ils le faisaient en toute impudence", a-t-il dit à Reuters.

La publication de ces conversations alimente la colère des Irlandais, d'autant qu'aucun responsable des banques renflouées par l'Etat n'a été inquiété par la justice et qu'aucune enquête officielle n'a été diligentée sur les circonstances de la crise bancaire.

"Bernard Madoff aurait sans doute souhaité s'installer en Irlande", explique John Sheehy, 35 ans, salarié d'une société de services financiers, en référence à l'escroc américain condamné à 150 ans de prison. "Aujourd'hui, il serait assis avec les autres à boire une pinte."

"IMPOSSIBLE À DIGÉRER" POUR MERKEL

La réaction n'est guère plus clémente dans les institutions européennes qui saluaient ces derniers mois les efforts accomplis par l'Irlande pour s'extraire du plan d'aide de 85 milliards d'euros de l'Union et du Fonds monétaire international (FMI).

En Allemagne, les révélations sur le comportement des banquiers alimentent les critiques sur la prodigalité supposée des pays de la zone euro en difficulté.

"Pour les gens qui vont travailler tous les jours pour gagner honnêtement leur vie, ce genre de choses est très dur à avaler, c'est impossible à digérer", a jugé la chancelière Angela Merkel.

L'UE espère que l'Irlande pourra sortir en douceur du plan de sauvetage, ce qui prouverait que les politiques d'austérité peuvent fonctionner malgré les critiques qu'elles suscitent en Grèce, au Portugal et dans beaucoup d'autres pays membres.

Cet espoir n'est pas loin d'être réalisé, Dublin ayant déjà financé la quasi-totalité de ses besoins de capitaux jusqu'en 2014.

Mais si la croissance économique ne dépasse pas au cours des prochaines années le rythme de 1% attendu pour 2013, elle pourrait être incapable de ramener son déficit sous le seuil de 3% du PIB fixé par l'UE, estime le FMI, et sa dette publique pourrait atteindre 130% du PIB, bien au-dessus des niveaux jugés supportables.

Pour l'instant, l'actualité irlandaise reste dominée par les conversations des banquiers et les interrogations sur les responsabilités politiques, avec des titres tels que "Pourquoi personne n'est en prison ?" ou "Un jour de plus, des milliards de plus".

"Cela laissera des traces", estime un responsable européen. "Comment un Allemand peut-il être enthousiaste quand il entend dire 'on doit aider ces gens-là'? Ces gens-là doivent venir présenter des excuses."

avec Conor Humphries à Dublin, John O'Donnell à Bruxelles, Laura Noonan à Londres et Noah Barkin à Berlin; Marc Angrand pour le service français

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  • paumont1 le vendredi 28 juin 2013 à 19:25

    Une fois de plus on critique le peuple irlandais, comme le peuple grec alors que les responsables sont les oligarques, banquiers en premier, les irlandais eux, sont des bosseurs et ils vont payer très cher les frasques de leurs banquiers. Il y aurait des têtes à couper ce me semble.