La Crimée se prononce sur son rattachement à la Russie

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LA CRIMÉE SE PRONONCE SUR SON RATTACHEMENT À LA RUSSIE
LA CRIMÉE SE PRONONCE SUR SON RATTACHEMENT À LA RUSSIE

par Mike Collett-White et Aleksandar Vasovic

SIMFEROPOL Ukraine (Reuters) - La Crimée a commencé à se prononcer dimanche sur son rattachement à la Russie dans le cadre d'un référendum rejeté par Kiev et les Occidentaux, qui dénoncent une consultation illégitime tout en se préparant déjà à la victoire du "oui" et à ses conséquences sur leurs relations avec Moscou.

Une semaine après la destitution du président Viktor Ianoukovitch et la mise en place d'un nouveau pouvoir que le Kremlin refuse de reconnaître, le référendum est organisé par les autorités locales pro-russes et doit entériner la prise de contrôle par la Russie de la péninsule ukrainienne.

Les bureaux de vote ont ouvert à 08h00 locales (06h00 GMT) et fermeront à 20h00 locales. Des résultats provisoires sont attendus dans la soirée et le décompte final devrait être annoncé un ou deux jours plus tard.

Deux questions sont proposées aux électeurs, au nombre de 1,5 million: "Etes-vous pour la réunification de la Crimée avec la Russie dans le cadre de la Fédération de Russie?" ou "Etes-vous favorable au rétablissement de la Constitution de 1992 et au statut de la Crimée en tant que partie intégrante de l'Ukraine?"

La Constitution de 1992, rapidement abolie par le jeune Etat ukrainien post-soviétique, affirmait pour la Crimée le droit de déterminer sa propre voie. L'option consistant à maintenir le statut existant - une république autonome intégrée à l'Ukraine - n'est pas proposée.

"VIVRE AVEC NOS FRÈRES"

Devant un bureau de vote de la capitale régionale, Simféropol, plusieurs dizaines de personnes faisaient la queue en début de matinée.

"J'ai voté pour la Russie", a déclaré Svetlana Vasilieva, une vétérinaire de 27 ans. "C'est le moment qu'on attendait. Nous sommes une famille et nous voulons vivre avec nos frères."

"Nous voulons quitter l'Ukraine car les Ukrainiens nous ont dit que nous sommes des êtres inférieurs. Comment pourrions-nous rester dans un tel pays?"

La majorité des habitants de la péninsule semblent partager cet avis, attirés par la perspective de meilleurs salaires et du soutien d'un pays influent sur la scène internationale.

Les Tatars de Crimée, des musulmans sunnites d'origine turque qui constituent 12% de la population, ont en revanche promis de boycotter le référendum en dépit des promesses des autorités de Simféropol de leur accorder une aide financière et de nouveaux droits fonciers.

Dans la péninsule occupée militairement par l'armée russe - même si celle-ci s'en défend, prétendant que les troupes visibles sur le terrain sont des "milices d'autodéfense" -, la situation était calme dimanche matin, en dépit de l'omniprésence d'hommes armés, le plus souvent cagoulés.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a réitéré samedi lors d'une conversation téléphonique avec son homologue américain John Kerry, la position de Moscou selon laquelle le référendum "respecte les lois internationales et la Charte des Nations unies".

La Russie a opposé samedi son veto au Conseil de sécurité de l'Onu à un projet de résolution américain qui visait à déclarer "invalide" le résultat du référendum.

LES RUSSOPHONES "TERRORISÉS"

Sergueï Lavrov a également dit à John Kerry que les autorités de Kiev doivent "mettre fin à la violence des groupes ultranationalistes et radicaux (ukrainiens) qui terrorisent la population russophone, nos compatriotes", précise dimanche le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des violences à Donetsk et Kharkiv, deux villes majoritairement russophones de l'est de l'Ukraine, ont fait trois morts en deux jours, selon le président ukrainien par intérim Olexander Tourtchinov.

Moscou a dit samedi réfléchir à la réponse à apporter aux "appels à l'aide" des Ukrainiens d'origine russe.

L'armée ukrainienne a dit avoir repoussé samedi une tentative d'infiltration des forces russes à la frontière orientale de la Crimée et Olexander Tourtchinov a estimé qu'il existait un "réel danger" d'invasion par la Russie de cette région qui compte un grand nombre de russophones.

Les efforts diplomatiques visant à faire baisser la tension n'ont pour l'heure rien donné.

Après avoir suspendu des négociations sur les visas avec Moscou, l'Union européenne devrait annoncer lundi des sanctions visant une liste d'individus dont les avoirs seront gelés et les déplacements dans l'UE interdits. Les Etats-Unis devraient également appliquer le même type de sanctions.

(Jean-Stéphane Brosse et Tangi Salaün pour le service français)

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  • v.boissi le dimanche 16 mar 2014 à 10:28

    Ça marque mal: http://www.reseauinternational.net/ukraine-et-troisieme-guerre-mondiale-lechec-du-leadership-allemand-paul-craig-roberts/