La Crackolandia de Sao Paulo toujours très fréquentée malgré la police

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Des centaines d'hommes et de femmes continuent à tuer le temps en fumant du crack dans les rues d'un quartier décadent du centre de Sao Paulo, la mégapole du Brésil, où il y a un an, une opération policière avait expulsé un millier de drogués.Une odeur d'ordures et d'urine prend à la gorge dans cette "Crackolandia" où le gouvernement de Sao Paulo concentrera les actions d'une nouvelle mesure radicale: l'internement obligatoire des adultes drogués au crack, un dérivé bon marché de la cocaïne aux effets dévastateurs."Je m'appelle Ema et je vis ici depuis des lustres. Je fume du crack. Pourquoi' Parce que j'ai tout perdu", dit cette femme qui déambule pieds nus dans des vêtements crasseux.La scène se répète jour et nuit dans cette région, près de la gare de la "Luz", que le gouvernement de Sao Paulo a essayé de restaurer avec l'opération policière de trois jours mais où de nombreux toxicomanes sont revenus."La situation s'est améliorée. Beaucoup de drogués ont été internés et les trafiquants écroués; mais le problème est très complexe", déclare à l'AFP la secrétaire de Justice de l'Etat de Sao Paulo, Eloisa de Sousa.A l'époque, des ONG avaient dénoncé "l'usage excessif de la force policière" mais selon Mme de Sousa "il le fallait" pour que les services de santé et d'assistance sociale puissent pénétrer dans la zone, aujourd'hui mieux protégée par la police.Depuis, plus de 1.300 internements et 13.000 consultations dans les services de santé ont eu lieu, dit-elle.Épidémie de crack au BrésilLe Brésil est devenu le premier marché mondial de crack avec un million de consommateurs, selon une étude récente de l'Université fédérale de Sao Paulo.En décembre 2011, le gouvernement brésilien a lancé un plan de 2,2 milliards de dollars contre ce qu'il appelle "l'épidémie de crack" dans ce pays de 194 millions d'habitants.Experts et critiques estiment que ce n'est pas suffisant pour remédier à la situation. Selon eux, beaucoup de toxicomanes ont simplement changé de quartier. Ils remettent aussi en question l'internement obligatoire.Cet internement obligatoire (dans des abris où on les soigne) existe déjà à Rio de Janeiro mais seulement pour les enfants et les adolescents. L'expansion de la mesure aux adultes est actuellement en discussion."C'est un mécanisme dangereux et probablement inefficace; comment seront choisies et traitées ces personnes'", s'interroge Lucia Nader directrice de l'ONG Conectas de défense des droits de l'Homme.Le but est de créer "un système qui facilite les internements non volontaires parce qu'il y a des personnes qui sont en situation extrême, dont la vie est en danger et c'est à l'Etat d'intervenir", rétorque la secrétaire de justice."Ce sont des cas extrêmes et nous ne pouvons pas laisser mourir ces personnes", souligne Mme de Sousa.L'internement pourra être sollicité par les familles des drogués ou décidé par une équipe composée notamment d'un médecin et d'un juge, dans les cas les plus graves."Cela ne va pas résoudre le problème mais cela aidera à le résoudre", admet Mme de Sousa, affirmant qu'il y a aujourd'hui 700 places disponibles Sao Paulo."Le triomphe de la perdition"La nuit tombe et dans une ruelle beaucoup allument leur pipe de crack tandis que des prostituées cherchent le client; d'autres mendient pour s'acheter de la drogue."J'ai vécu trois ans dans les rues en fumant du crack", raconte Helio Vieira, aujourd'hui membre de la Mission évangélique de la Crackolandia d'aide aux toxicomanes."On ne leur donne pas seulement de la soupe. On leur passe l'idée qu'ils peuvent changer de vie s'ils le veulent. L'internement obligatoire ne sert à rien, la foi, si", dit-il convaincu.Ironie du sort, cette ruelle où se regroupent les drogués s'appelle "la rue du Triomphe"."C'est plutôt celle du Triomphe de la perdition", dit une jeune en tendant la main pour un verre d'eau tandis qu'elle tient sa pipe de crack de l'autre.

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