La courte victoire de Nicolas Maduro ébranle le Venezuela

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VICTOIRE SERRÉE ET CONTESTÉE DE MADURO AU VENEZUELA
VICTOIRE SERRÉE ET CONTESTÉE DE MADURO AU VENEZUELA

par Andrew Cawthorne et Brian Ellsworth

CARACAS (Reuters) - Le Venezuela entre dans une période d'incertitudes politiques et économiques après le succès étriqué et contesté de Nicolas Maduro, chef de l'Etat par intérim et "fils spirituel" d'Hugo Chavez, à l'élection présidentielle de dimanche.

L'ancien chauffeur de bus, dont le père de la "révolution bolivarienne" avait fait son dauphin avant de succomber à un cancer le 5 mars, ne devance Henrique Capriles, chef de file de l'opposition, que de 235.000 voix, selon la commission électorale. Ils sont respectivement crédités de 50,7 et 49,1% des suffrages.

Le jeune gouverneur de l'Etat de Miranda, qui a ainsi déjoué les pronostics, a refusé de reconnaître ces résultats. Ses équipes, a-t-il affirmé, ont dénombré 3.000 irrégularités allant du coup de feu à la réouverture de bureaux de vote.

"Je n'ai pas eu affaire aujourd'hui à un candidat, mais à un abus de pouvoir en règle", s'est-il indigné, réclamant un nouveau décompte des bulletins. "M. Maduro, vous êtes le perdant (...) Ce système s'effondre. C'est comme un château de sable ; on le touche et il s'écroule."

Certains de ses partisans sont descendus dans les rues pour crier à la fraude, mais leur candidat n'a pas lancé d'appel à la mobilisation.

Nicolas Maduro s'est quant à lui dit prêt à accepter un recomptage en bonne et due forme, tout en soulignant le caractère selon lui "juste, légal et constitutionnel" de sa victoire, qu'il à dédiée à Hugo Chavez.

"Ceux qui n'ont pas voté pour nous, je les invite à l'unité. Nous allons coopérer pour la sécurité et l'économie de ce pays", a-t-il déclaré.

"MOMENT DÉLICAT"

Pour la commission électorale, qui n'a rien dit du futur déroulement du nouveau décompte, sa victoire est "irréversible".

Pourtant, son étroitesse augure mal de l'après-Chavez et de la cohésion d'une gauche disparate.

Chants, danses et tirs de feux d'artifices ont suivi l'annonce des résultats, mais la liesse était loin d'égaler celle d'octobre, après la dernière réélection d'Hugo Chavez.

Les partisans du président par intérim venus écouter son discours n'ont laissé éclater leur joie que lorsque la voix de son prédécesseur entonnant l'hymne national a retenti.

"D'un côté, nous sommes contents, mais le résultat n'est pas exactement ce nous espérions", a reconnu Gregory Belfort, un informaticien de 32 ans, interrogé parmi les militants de la majorité rassemblés devant le palais présidentiel.

"Ça veut dire qu'il y a beaucoup de gens ici qui soutiennent Chavez mais qui n'ont pas voté pour Maduro, ce qui peut se comprendre", a-t-il ajouté, visiblement déconcerté.

Au fil des 14 années qu'Hugo Chavez a passées aux affaires, ses partisans se sont habitués aux écarts à deux chiffres. En octobre, il avait devancé Henrique Capriles de 11 points.

Nicolas Maduro a entièrement axé sa campagne sur l'héritage du "Comandante". Il a en outre largement joué sur la corde sensible en multipliant les détails sur ses derniers jours.

"C'est le moment le plus délicat de histoire du chavisme depuis 2002", estime le politologue américain Javier Corrales, spécialiste du Venezuela, évoquant le coup d'Etat manqué contre Hugo Chavez.

"Avec ces résultats, l'opposition pourrait ne pas concéder sa défaite si facilement et Maduro aura du mal à démontrer aux chefs de file du chavisme qu'il est un grand dirigeant".

Ce déficit de légitimité ne l'aidera pas à relever les grands défis que sont la relance de la croissance et la lutte contre l'inflation ou l'insécurité. Le taux de criminalité au Venezuela est l'un des plus élevés au monde.

Tangi Salaün et Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • M3435004 le lundi 15 avr 2013 à 15:07

    La vérité finira toujours par se savoir. Ceci n'est qu'un commencement. On imagine assez bien les combines, les intimidations, la propagande qui a valu ce brillant score à l'héritier du grand timonier du socialisme bolivarien.