La Cour permanente d'arbitrage désavoue Pékin sur la mer de Chine

le , mis à jour à 15:48
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 (Ajoute autres réactions chinoise, américaine, vietnamienne) 
    par Thomas Escritt et Ben Blanchard 
    AMSTERDAM, 12 juillet (Reuters) - Les juges de la Cour 
permanente d'arbitrage (CPA), qui siègent à La Haye, ont rejeté 
mardi les revendications de Pékin sur la mer de Chine 
méridionale, accordant une victoire aux Philippines mais 
provoquant une réaction virulente de Pékin. 
    "La Chine n'a pas de base légale pour revendiquer des droits 
historiques sur les zones de la mer comprises à l'intérieur des 
'neuf traits'", a dit la CPA, en faisant allusion à une carte de 
1947 de la mer de Chine méridionale, riche en ressources 
énergétiques, minérales et halieutiques. 
    Pékin, qui avait boycotté les audiences à la CPA sur 
l'affaire, n'a pas attendu pour réagir avec véhémence, rejetant 
catégoriquement un jugement "nul et non avenu" qui, selon son 
ministère des Affaires étrangères, viole le droit international. 
    Quant au président Xi Jinping, il a souligné que la Chine 
n'accepterait pas le jugement de la CPA, tout en restant vouée à 
maintenir la paix et la stabilité dans la région.  
    Le ministère des Affaires étrangères a rappelé que les 
Chinois étaient actifs depuis plus de 2.000 ans en mer de Chine 
méridionale et a réaffirmé que Pékin avait des droits 
historiques sur la zone, notamment sur les îles Paracels et 
Spratleys. Ces revendications sont contestées par Taïwan et les 
autres pays riverains (Philippines, Vietnam, Bruneï, Malaisie). 
    Peu avant le jugement, l'agence officielle Chine nouvelle a 
annoncé qu'un avion civil avait effectué des tests de calibrage 
sur deux nouvelles pistes construites sur l'archipel des 
Spratleys.  
    Dans son jugement qui comporte pas moins de 497 pages, la 
CPA estime que les patrouilles navales chinoises menacent les 
bateaux de pêche philippins de collision et que la Chine, en 
poldérisant des récifs et en construisant ports et aéroports, a 
occasionné des dégâts irréparables aux récifs coralliens.  
    En outre, a statué la CPA, aucune des îles de l'archipel des 
Spratleys ne peut conférer à la Chine une zone économique 
spéciale (ZEE). La CPA juge que la Chine a interféré avec les 
droits de pêche des Philippins dans les parages du récif de 
Scarborough, et violé les droits souverains des Philippines en 
prospectant dans les parages du récif de Reed. 
     
    MANILLE RÉAGIT AVEC PRUDENCE 
    "Cet arbitrage est un coup juridique dévastateur pour les 
revendications chinoises en mer de Chine méridionale", a dit à 
Reuters Ian Storey, de l'institut singapourien ISEAS Yusof 
Ishak. "La Chine va réagir avec colère, verbalement c'est 
certain, et peut-être aussi par des opérations maritimes plus 
affirmées".  
    Réagissant à l'arrêt de la cour -- le tout premier arbitrage 
international sur la question --, le chef de la diplomatie 
philippine, Perfecto Yasay, a fait profil bas, se bornant à 
appeler à la "retenue". "Nos experts étudient l'arbitrage avec 
le soin et l'attention que ce dossier mérite", a-t-il dit lors 
d'une conférence de presse à Manille. 
    Le Vietnam s'est quant à lui félicité de la décision des 
juges de La Haye.  
    Avant l'annonce du jugement de la CPA, une centaine de 
membres d'une organisation nationaliste philippine avaient 
manifesté devant le consulat de Chine à Manille, mardi, en 
demandant à Pékin d'accepter la décision et de se retirer du 
récif de Scarborough, qui était une zone de pêche appréciée mais 
que les pêcheurs philippins ne peuvent plus fréquenter depuis 
2012. 
    Washington a exhorté toutes les parties à s'abstenir de 
déclarations ou d'actions provocatrices, jugeant que la décision 
de la CPA était une "contribution importante à l'objectif 
partagé de régler les querelles en mer de Chine du Sud de 
manière pacifique", selon les termes du département d'Etat. 
    "Les Etats-Unis espèrent et attendent que les deux parties 
(chinoise et philippine) se conformeront à leurs obligations", a 
ajouté le porte-parole du département d'Etat, John Kirby, dans 
un communiqué.  
     
    LIGNE DES NEUF TRAITS 
    Si, par exemple, la Chine accélère ses activités militaires 
dans la zone au coeur de la contestation, les Etats-Unis et les 
pays de la région n'auront guère d'autre choix que de répliquer 
par de nouvelles missions aériennes ou navales visant à garantir 
la liberté de circulation maritime, déclarent des responsables 
américains sous le couvert de l'anonymat. 
    "Nous espérons ne pas en arriver là", dit l'un des 
responsables, en soulignant que des préparatifs sont toutefois 
engagés en vue de mener de telles missions. 
    La zone concernée par l'arbitrage couvre 3,5 millions de 
kilomètres carrés de mer où la Chine développe depuis quelques 
années sa présence en poldérisant des récifs et en construisant 
dessus des installations navales et aériennes, mais aussi en 
déployant des patrouilleurs qui refoulent les bateaux de pêche 
philippins. 
    La contestation devant la CPA, initiée par Manille en 2013, 
a porté sur le statut des récifs, des rochers et îlots 
artificiels des îles Spratleys ainsi que, plus au nord, sur le 
récif de Scarborough. 
    Dans son dossier en 15 points, Manille demandait à la CPA de 
se prononcer sur la fameuse "ligne des neuf traits", sur 
laquelle se fonde Pékin pour revendiquer, ce depuis près de 70 
ans, environ 85% de la mer de Chine méridionale. 
 
 (Thomas Escritt; Eric Faye et Jean-Stéphane Brosse pour le 
service français) 
 
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  • M3155433 il y a 5 mois

    triste de devoir toute cette malhonneteté humaine , tous ces dirigeants "exemplaires" (c'est tout l'inverse) , qui sont encore pire dans leurs reactions , quand ce sont des dictatures , avec ici par exemple,construire de fausses iles (!) , pour revendiquer de droits ! Quelle grossiereté , que c'est minable . Vivement un gouvernement mondial , et sans politiciens de metiers, trop corrompus et interressés.