La Coupe du monde au Brésil se mue en menace pour l'économie

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LES TROUBLES SOCIAUX LIÉS AU MONDIAL BRÉSILIEN POURRAIENT AVOIR UN IMPACT SUR L'ÉCONOMIE
LES TROUBLES SOCIAUX LIÉS AU MONDIAL BRÉSILIEN POURRAIENT AVOIR UN IMPACT SUR L'ÉCONOMIE

par Alonso Soto

RIO DE JANEIRO (Reuters) - Le Brésil a longtemps espéré que l'organisation de la Coupe du monde de football donnerait un élan supplémentaire à son économie. Aujourd'hui, cet espoir a pour une bonne part laissé la place à la peur de voir les troubles sociaux effrayer les investisseurs et ternir pour longtemps l'image du pays.

Le gouvernement de Dilma Rousseff estime que le Mondial, qui débutera le 12 juin pour un mois, pourrait augmenter d'un demi-point de pourcentage la croissance du produit intérieur brut (PIB) cette année et créer plus d'un million d'emplois.

Les économistes indépendants sont plus prudents et tablent sur une contribution d'environ 0,2 point au PIB, selon une récente enquête de Reuters.

La croissance brésilienne ne devrait pas dépasser 1,6% cette année selon la dernière enquête hebdomadaire de la banque centrale, après 2,3% l'an dernier. Elle avait atteint 7,5% en 2010, l'année de la précédente Coupe du monde, en Afrique du Sud.

Il y a sept ans, lorsque le Brésil s'est vu attribuer l'organisation du Mondial 2014, le gouvernement de l'époque s'était félicité de cette occasion d'affirmer le nouveau statut de puissance économique de premier plan du pays et de transformer en profondeur ses infrastructures de transports.

Mais le compte n'y est pas: sur les 11,7 milliards de dollars (8,5 milliards d'euros) d'investissements prévus, seuls sept milliards environ ont été engagés selon le Bureau du contrôleur général, un écart que la plupart des observateurs expliquent par une mauvaise planification et les méfaits de la bureaucratie.

Dans l'ensemble du pays, seuls 36 des 93 grands projets prévus ont été achevés, selon la Sinaenco, une fédération d'architectes et d'ingénieurs.

Cela n'empêchera sans doute pas le tournoi d'avoir lieu, ni peut-être même le Brésil de le remporter pour la sixième fois. Mais, au lieu de mettre en avant les forces du pays, l'événement risque de souligner ses faiblesses, au premier rang desquelles des investissements insuffisants et le manque de volonté politique en matière de grands projets.

Si elles font les gros titres depuis quelques semaines, les manifestations liées à la Coupe du monde ont en fait débuté dès juin 2013, à l'occasion d'un tournoi de préparation. Et depuis, la situation économique s'est dégradée - le PIB s'est même contracté au troisième trimestre de l'an dernier - et la confiance des ménages s'est effondrée, nourrissant la colère des manifestants.

Aujourd'hui, les syndicats, les organisations étudiantes et les associations de défense des sans-abri espèrent que le début du Mondial leur assurera un public de plus d'un milliard de personnes dans le monde.

"Nous exigeons des autorités qu'elles nous assurent une meilleure sécurité", déclare Antonio Joao Teixeira, dont la concession automobile à Belo Horizonte a subi pour près de 500.000 euros de dégâts et de manque à gagner en raison des manifestations depuis l'an dernier.

LES 600.000 TOURISTES ATTENDUS SERONT-ILS LÀ ?

"C'était supposé être une fête, mais c'est en train de devenir un vrai problème pour nous", ajoute-t-il.

Lundi, Pelé, le footballeur de légende, a exprimé son inquiétude en expliquant que 25% des étrangers qui avaient prévu de faire le voyage avaient renoncé à leur projet.

Mais la Fifa, la Fédération internationale de football, assure que la demande de billets pour les matches de la Coupe du monde a atteint un record.

Quelque 600.000 touristes étrangers sont attendus au Brésil pendant le tournoi. Le ministère du Tourisme compte sur eux pour dépenser trois milliards de dollars pendant leur séjour.

Les dirigeants brésiliens mettent aussi en avant l'impact économique à plus long terme, lié entre autres aux infrastructures construites pour l'occasion, comme les nouveaux terminaux aéroportuaires de Sao Paulo et Brasilia.

Le ministre des Sports, Aldo Rebelo, a déclaré que le Mondial pourrait accroître de 0,4 point environ la croissance de l'économie chaque année jusqu'en 2019. Un chiffre que nombre d'observateurs indépendants jugent exagéré.

"Je suis très inquiet pour l'image du pays. Nous ne pouvons pas prendre le risque de perdre le moindre investissement alors même que notre économie va mal", assure Antenor Barros Leal, le président de la Chambre de commerce de Rio de Janeiro.

"Tout signe d'instabilité pourrait effrayer des investisseurs prêts à investir une partie de leur argent au Brésil."

(Marc Angrand pour le service français)

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