La côte aquitaine menacée par l'érosion

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par Claude Canellas

BORDEAUX (Reuters) - La côte aquitaine recule inexorablement de plusieurs mètres par an par endroits, mettant en danger des centaines d'habitations et des milliers d'hectares, au point d'obliger les autorités à envisager le déplacement de populations et d'activités entières.

L'avancée moyenne est de un à trois mètres chaque année sur les 238 km de côte sableuse entre la Gironde et l'Adour pouvant atteindre localement six mètres, et de 20 cm sur les 40 km de côte rocheuse du Pays basque, avec des pointes à 50 cm.

C'est ce que révèle une étude menée par le BRGM (Bureau de recherche géologiques et minières) et l'ONF (Office national des forêts) à la demande du GIP Littoral. Des conclusions qui ne tiennent pas compte d'éventuelles tempêtes, du réchauffement climatique et de la montée des eaux qui en découle.

Il y a deux ans, le GIP Littoral, un groupement d'intérêt public regroupant l'Etat, le Conseil régional, les trois départements côtiers et les communes littorales, lançait ces travaux qui révèlent les causes et estiment les conséquences.

"Le rivage sableux résulte des apports massifs de sédiments apportés par les fleuves vers l'océan et transportés par les vents depuis la dernière période glaciaire. Mais aujourd'hui, les stocks de sédiments se sont épuisés et les plages sont soumises à une érosion inexorable", explique Cyril Mallet, chef de projet littoral au BRGM.

Pour la côte rocheuse, le recul trouve sa source dans la fragilisation des falaises par la pluie, l'action chimique des eaux continentales, la houle et les courants côtiers.

Mises à la disposition des élus, les conclusions sont loin de les avoir rassurés. Si aucune action n'est entreprise, ce sont potentiellement près de 250 bâtiments d'habitation qui sont menacés à l'horizon 2040 sur la côte sableuse dans les Landes et en Gironde et près de 150 dans les Pyrénées-Atlantiques.

"RIEN N'EST À L'ABRI"

Des décisions devront être prises pour éviter tout risque sur une côte jusqu'ici relativement protégée des appétits immobiliers.

"C'est un sujet qui préoccupe beaucoup de collectivités mais qui, jusqu'à présent, n'était pas audible. Il vient aujourd'hui dans le débat et j'en suis ravi", reconnaît Renaud Lagrave, élu landais et président du GIP Littoral.

Renaud Lagrave, par ailleurs vice-président du Conseil régional d'Aquitaine, souligne que ce sont 2.300 hectares qui devraient disparaître d'ici moins de 30 ans, "soit l'équivalent de 300 terrains de football", et même 1.500 hectares d'ici 2020.

"Rien n'est à l'abri, pas plus les dunes que les falaises, la forêt que les zones urbanisées. Et c'est bien là qu'il faut être vigilant car il y a des enjeux de sécurité pour les personnes, et des enjeux économiques et environnementaux", indique l'élu.

Pour lui, l'heure est venue de définir une stratégie, de passer aux "travaux pratiques", d'aller "dans le détail de chaque territoire touché, de définir la bonne solution pour éviter d'écraser une souris avec un char d'assaut".

FIXER LES DUNES

Plusieurs interventions sont possibles, au-delà des lieux laissés à la mer sous surveillance, de la végétalisation et la pose de branchages pour fixer les dunes à la lutte effective contre l'érosion par la recharge en sable, la construction de brise-lames, d'épis ou de maçonnerie sur les falaises.

La plus radicale des solutions est la relocalisation, le déplacement d'activités économiques, d'habitations.

A la Pointe du Médoc, dans le nord de la Gironde, à Lacanau, à l'entrée du Bassin d'Arcachon, à Biscarrosse, Capbreton et Labenne dans les Landes, à Anglet, Biarritz, Bidart et Guéthary ainsi que sur la corniche basque et les baies de Saint-Jean-de-Luz et d'Hendaye dans les Pyrénées-Atlantiques, la question se posera un jour ou l'autre pour Renaud Lagrave.

"Déjà dans certains endroits, les parkings trop près de la côte posent problème et nous avons proposé de les déplacer plus à l'intérieur en mettant en place des navettes pour transporter les habitants et surtout les touristes", souligne-t-il.

Cependant, de nombreux écueils doivent être surmontés pour parvenir à déplacer activités et habitations, au-delà de la volonté politique.

"Il y a bien sûr l'indemnisation des propriétaires, les échanges de terrains, et en plus les contraintes de la loi littoral qui interdit le recours à beaucoup de solutions. Les aides financières pour les collectivités, la participation de l'Etat indispensable, tout cela est un chantier complexe à entamer", conclut l'élu.

Edité par Yves Clarisse

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