La Corée du Sud suggère que le Nord soit suspendu de l'Onu

le , mis à jour à 18:16
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    * Le demi-frère de Kim Jong-un a été tué au VX en Malaisie 
    * Il s'agit d'une arme de destruction massive 
    * La Corée du Nord nie être liée à cette attaque 
    * Séoul suggère que Pyongyang soit suspendu de l'Onu 
    * Deux femmes sont soupçonnées d'être les auteurs 
    * Elle devraient être inculpées mercredi 
 
 (Actualisé avec précisions, citations) 
    par Stephanie Nebehay et Joseph Sipalan 
    GENEVE/KUALA LUMPUR, 28 février (Reuters) - La Corée du Sud 
a demandé mardi à ce que des sanctions soient prises 
"collectivement" à l'encontre de la Corée du Nord pour avoir eu 
recours à une arme chimique pour faire tuer le demi-frère de son 
dirigeant Kim Jong-un, alors que les deux femmes soupçonnées 
d'être les meurtrières sont sur le point d'être officiellement 
inculpées. 
    Les deux femmes, une Indonésienne et une Vietnamienne, 
devraient être inculpées mercredi. Elles sont accusées avoir 
répandu sur le visage de Kim Jong-nam, demi-frère de Kim 
Jong-un, un agent neurotoxique, le VX, rangé par les Nations 
unies dans la catégorie des armes de destruction massive.  
    L'attaque a eu lieu le 13 février dernier à l'aéroport de 
Kuala Lumpur, la capitale malaisienne, alors que Kim Jong-nam 
s'apprêtait à prendre un avion pour Macao, territoire chinois où 
il vivait en exil, sous la protection de Pékin. 
    Pour les Etats-Unis et la Corée du Sud, Kim Jong-nam a été 
victime d'un assassinat orchestré par Pyongyang. 
    Kim Jong-nam, qui critiquait la dynastie au pouvoir à 
Pyongyang, s'était montré critique envers le régime communiste 
dynastique incarné par son demi-frère.  
    A Genève, devant la conférence des Nations unies sur le 
désarmement, le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Yun 
Byung-se, a réclamé des "mesures collectives" contre Pyongyang, 
y compris la suspension de son statut de pays membre de l'Onu. 
    "Beaucoup de médias internationaux ont souligné que 
l'utilisation par la Corée du Nord d'armes chimiques pour ce 
meurtre ciblé dans un pays tiers a envoyé au monde un message 
très clair", a déclaré Yun Byung-se. 
    "A savoir que ce régime brutal impulsif, imprévisible et qui 
a la gâchette facile est prêt à, et veut, frapper quiconque, à 
tout moment et n'importe où". 
     
    ABJECTS 
    La Corée du Nord a vivement répliqué. "La Corée du Nord 
rejette totalement les propos abjects, irresponsables, 
impertinents et contradictoires de la Corée du Sud", a déclaré 
le diplomate nord-coréen Ju Yong Choi lors de la conférence. 
    "La RPDC n'a jamais produit ni entreposé, ni utilisé des 
armes chimiques, et notre position est claire. Nous rejetons 
catégoriquement les affirmations et les spéculations qui ont été 
faites sur cette affaire en Malaisie", a-t-il dit. 
    Le VX est l'un des agents chimiques les plus mortels qui 
soient, bien plus puissant que le sarin, gaz utilisé en Syrie en 
2013 et dans un attentat dans le métro de Tokyo en 1995. 
    "Quelques grammes de VX suffisent pour tuer en masse", a 
déclaré le ministre sud-coréen des Affaires étrangères. 
    "La Corée du Nord n'aurait pas seulement quelques grammes, 
mais des milliers de tonnes d'armes chimiques dont du VX dans 
tout le pays", a-t-il dit. "Ce récent assassinat est une piqûre 
de rappel pour nous tous de la capacité de Corée du Nord en 
armes chimiques et de son intention de les utiliser." 
    L'utilisation du VX est une "violation patente du droit 
international" et de la Convention sur l'interdiction des armes 
chimiques (CIAC) de 1993 qui en interdit la production, le 
transfert et l'utilisation, a-t-il fait valoir. La Malaisie est 
partie à ce traité mais pas la Corée du Nord. 
    Une fois que les autorités malaisiennes auront publié le 
résultat de leur enquête, le Conseil de sécurité des Nations 
unies et les Etats parties à la Convention devront se saisir de 
l'affaire en priorité, estime le chef de la diplomatie 
sud-coréenne. 
     
    DROITS ET PRIVILÈGES 
    Parmi les "mesures collectives" qu'il appelle de ses voeux, 
il a cité "la suspension des droits et des privilèges de la 
Corée du Nord en tant que membre de l'Onu", a-t-il dit. 
    La Malaisie a identifié huit Nord-Coréens soupçonnés 
d'implication dans le meurtre de Kim Jong-nam, dont l'un est en 
détention.  
    Les deux femmes soupçonnées d'avoir commis le meurtre, la 
Vietnamienne Doan Thi Huong, et l'Indonésienne Siti Aishah 
seront formellement inculpées mercredi en vertu de la section 
302 du code pénal. Elles sont passibles de la peine de mort, a 
précisé le procureur général de Malaisie, Mohamed Apandi Ali. 
    Par l'intermédiaire de diplomates de leurs pays, elles ont 
fait savoir qu'elles avaient été payées pour participer à ce 
qu'elles croyaient être une farce pour un jeu de téléréalité.  
    Doan Thi Huong, interpellée 48 heures après le meurtre, est 
soupçonnée d'être la femme portant un tee-shirt blanc avec la 
mention "LOL" qui apparaît sur les images de l'assassinat 
enregistrées par les caméras de sécurité. 
    Fille d'un riziculteur du nord du Vietnam, elle a quitté le 
foyer familial il y a une dizaine d'années à sa majorité et 
travaille, selon la police malaisienne, comme "hôtesse de 
divertissement".  
    L'Indonésienne, interpellée au lendemain de l'arrestation de 
Huong, dit avoir été payée 90 dollars pour ce qu'elle qualifie 
de jeu pour la télévision. Avant de quitter son pays pour 
chercher du travail en Malaisie, déclarent ses anciens voisins 
en Indonésie, elle menait une vie paisible, travaillant à 
domicile dans l'atelier de textile de son ex-mari.  
    La police malaisienne a déclaré que les deux femmes savaient 
ce qu'elles faisaient en attaquant Kim Jong-nam, qui est mort 
une vingtaine de minutes après son agression, et qu'elles 
avaient reçu instruction de se laver les mains après leur geste. 
    Siti Aishah est tombée malade et a vomi à plusieurs reprises 
en garde à vue, ce qui pourrait être un effet secondaire du VX, 
ont ajouté les enquêteurs. L'ambassade d'Indonésie a déclaré que 
la jeune femme était en bonne santé. 
 
 (Jean-Stéphane Brosse, Eric Faye et Danielle Rouquié pour le 
service français) 
 
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