La COP21 met les bouchées doubles pour rattraper son retard

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    * Pas de syndrome de Copenhague, assure la présidence de la 
COP21 
    * Le bilan des premiers jours est pourtant maigre 
    * Une nouvelle méthode pour accélérer le processus 
 
    par Emmanuel Jarry 
    LE BOURGET, 3 décembre (Reuters) - Les négociateurs de 195 
pays réunis près de Paris pour tenter de mettre en forme un 
projet d'accord sur le climat se sont efforcés jeudi de passer à 
la vitesse supérieure après que la présidence française de la 
COP21 a tiré la sonnette d'alarme. 
    Objectif : éviter une réédition de l'échec de la conférence 
sur le climat de 2009, même si l'on refuse catégoriquement de 
parler à ce stade de "syndrome de Copenhague", tant du côté de 
la présidence que des organisations non gouvernementales.  
    Sur proposition du G77, qui fédère 134 pays en développement 
et émergents, et du groupe latino-américain, le secrétariat de 
la convention des Nations unis sur le climat (CCNUCC) a remis 
après une nuit de travail une nouvelle version du texte. 
    Celle-ci est plus courte mais elle confirme le maigre bilan 
tiré jeudi soir des trois premiers jours de discussion et de 
plus de 50 réunions de sous-groupes de travail. 
    La fondation Nicolas Hulot, l'envoyé spécial du président 
français pour les questions climatiques, a relevé le même nombre 
d'options ouvertes que dans la précédente version, environ 250, 
et un nombre plus grand encore de passages entre crochets, 
c'est-à-dire non tranchés (1.400 contre 1.250). 
    Les diplomates "facilitateurs", chargés d'animer les 
sous-groupes de travail ont reconnu que les discussions 
avançaient  trop lentement. Le chef de la diplomatie française 
et président de la COP21 a réclamé une accélération. 
 ID:nL8N13R4LE  
    "Nous avons voulu marquer notre volonté d'avoir une 
présidence plus active" dans cette première phase de la 
conférence, explique-t-on de source proche de Laurent Fabius. 
    "Ce n'est pas à prendre à la légère", estime le porte-parole 
de la fondation Nicolas Hulot. "Si la COP15 a échoué il y a six 
ans, c'est notamment parce que le texte sorti de la première 
semaine comportait encore beaucoup trop d'options." 
     
    DÉSIR DE COMPROMIS 
    Matthieu Orphelin refuse cependant de parler de "syndrome de 
Copenhague" : "Nous avons appris de ce qui s'est passé il y a 
six ans et personne n'a envie de le revivre." 
    Un avis partagé par la présidence de la COP. "Il y a un 
grand désir de trouver des compromis", assure-t-on. 
    Il a fallu changer de méthode in extremis, les sous-groupes 
de travail chargés de plancher sur des parties du projet 
d'accord devant en principe remettre leur copie jeudi à 18h00. 
    Le groupe de contact, chargé de rassembler tous les morceaux 
du puzzle, s'est vu attribuer un rôle plus important dans la 
mise en forme du texte, au détriment de ces sous-groupes, dont 
le nombre de réunions a été considérablement réduit. 
    De leur côté, les "facilitateurs" ont été chargés d'élaborer 
des propositions de compromis sur les sujets les plus sensibles. 
    Le tout devant aboutir vendredi matin, après une nouvelle 
nuit de travail, à une nouvelle mouture du texte qui sera encore 
travaillé par les deux co-présidents du groupe de contact avant 
d'être remis samedi à midi à Laurent Fabius. 
    Une des difficultés est d'identifier dans la masse les 
"pépites" qui permettront de mettre tout le monde d'accord, 
reconnaît-on à la présidence française de la COP21, qui 
s'emploie à les tester auprès des délégations.  
     
    TRAITEMENT DIFFÉRENCIÉ 
    Mais nombre de points ne seront pas réglés samedi et devront 
l'être au niveau ministériel la semaine prochaine. 
    C'est le cas de tout ce qui touche au traitement différencié 
des pays selon leur niveau de développement, leurs capacités à 
s'adapter au changement climatique et leur responsabilité passée 
dans les émissions de gaz à effet de serre (GES).  
    Le financement de l'aide à l'adaptation des pays en 
développement à la nouvelle donne climatique est également un 
des points durs, ainsi que les objectifs à long terme. 
    Or le financement serait une condition posée par l'Inde et 
les pays africains pour accepter une révision à la hausse des 
engagements de réduction des GES tous les cinq ans. 
    Le futur accord de Paris est censé placer la planète sur la 
voie d'un modèle économique sobre en carbone pour limiter le 
réchauffement climatique à 2°C maximum en 2100. 
    Mais nombre de pays en développement militent pour un seuil 
plus ambitieux de 1,5°C, sachant que ce n'est qu'une moyenne et 
que certains subiront de toute façon des hausses plus élevées. 
    Les négociateurs n'ont pas encore tranché. Mais "comment ne 
garder aucune référence à 1,5% quand c'est une demande majeure 
des pays les plus vulnérables ?" fait valoir Matthieu Orphelin. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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