"La COP21 en phase de Téléthon ?" (Cercle des économistes)

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La COP21 semble sur la bonne voie pour aboutir à un accord cette semaine, mais de nombreuses questions financières restent en suspens.
La COP21 semble sur la bonne voie pour aboutir à un accord cette semaine, mais de nombreuses questions financières restent en suspens.

La COP 21 entre dans sa dernière semaine. Après les négociateurs, les ministres des 195 pays participants prennent le relai pour tenter de trouver un accord définitif. Patrice Geoffron explique en quoi le préaccord intervenu samedi 5 décembre laisse ouvertes toutes les hypothèses.

Chacun sait qu’il est hasardeux de pronostiquer le résultat d’un événement sportif à sa mi-temps. Les négociations climatiques n’échappent pas à ce principe de précaution. Laurent Fabius a certes reçu samedi midi une version « expurgée » du projet d’accord, draft dont la remise a été accompagnée de commentaires encourageants, voire optimistes, en considérant certains des progrès enregistrés : principe d’une révision quinquennale des objectifs et engagements, reconnaissance des pertes et dommages, caractère contraignant de certaines parties de l’accord… Surtout, la qualité du processus de négociation durant la première semaine (reflétant le travail effectué en amont) place les ministres dans de bonnes conditions à l’abord de la semaine décisive.

Mais le principe onusien interdit toute manifestation d’allégresse avant le terme du processus (rien ne sera acté sans consensus), et trop des désormais fameux « crochets » (matérialisant les points à discuter) persistent dans ce brouillon pour d’ores et déjà se réjouir. En particulier pour ce qui est du financement. Les mots-clés finance, financial ou financing apparaissent encore près de 70 fois dans le draft… sans pour autant que les conditions pour garantir un flux de 100 milliards de dollars (par an à partir de 2020), ainsi que de leur orientation, aient été clarifiées (alors même qu’il s’agit d’un principe énoncé à la COP16 de Copenhague en 2009). Dès lors, la menace est de transformer cette dernière semaine de négociation en Téléthon pour que les contributeurs potentiels crédibilisent cet engagement.

Jeffrey Sachs (conseiller de Ban Ki Moon et directeur de l’Institut de la Terre de l’université Columbia), dans un très sain « coup de gueule » en marge de la COP, a pointé l’absence de standards, de transparence et même l’abus de green washing pour recycler des aides au développement dans le cadre du Fonds vert, sans démonstration d’un réel caractère additionnel. L’OCDE a réalisé une évaluation des financements disponibles peu avant la COP[1], rapport qui décrit un bel enchevêtrement comptable (qualificatif euphémique).

Or, il s’agit moins de constituer un quelconque « véhicule financier » que d’envoyer un signal fort à destination des pays en développement, pour les pays historiquement responsables des émissions ou désormais fortement émetteurs. La clarté dans les principes d’abondement du Fonds vert  aura, durant cette dernière semaine, valeur de test pour des pays qui, souvent, émettent bien moins de deux tonnes de CO2 par habitant (soit 10 fois moins que pour un Américain et 5 fois moins qu’un Européen ou un Chinois).

Laurent Fabius a annoncé que les points d’achoppements seraient traités, au cours de cette semaine, dans quatre groupes thématiques pilotés par des binômes de ministres du Nord et du Sud. L’un d’entre eux portera sur les différentes actions à mettre en œuvre d’ici à 2020. Manière d’anticiper que tout n’aura pas été gravé dans le marbre de l’accord qui se dessine, et que beaucoup de travail subsistera.

Patrice Geoffron

Membre du Cercle des économistes, Docteur et Agrégé de sciences économiques, Patrice Geoffron enseigne à l'Université Paris Dauphine où il est également Directeur du Laboratoire d'Economie. Directeur du Centre de Géopolitique de l'Energie et des Matières Premières, il est engagé dans la Chaire d'Economie du Climat et la Chaire European Electricity Markets.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

 

[1] OECD (2015), “Climate finance in 2013-14 and the USD 100 billion goal”, in collaboration with Climate Policy Initiative (CPI).

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  • M6437502 le mardi 8 déc 2015 à 11:11

    Tant que des grands pays comme l'Inde prendra pour prétexte le droit au développement pour polluer,les efforts des autres ne serviront pas à grand chose.D'autant plus qu'is sont accompagnés par d'autres qui font partie des nations très développées,comme l'Allemagne avec son charbon ou la lignite