La contestation continue en Thaïlande malgré les élections

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LE PREMIER MINISTRE THAÏLANDAIS CONVOQUE DES ÉLECTIONS ANTICIPÉES
LE PREMIER MINISTRE THAÏLANDAIS CONVOQUE DES ÉLECTIONS ANTICIPÉES

par Amy Sawitta Lefevre et Martin Petty

BANGKOK (Reuters) - L'opposition en Thaïlande a poursuivi ses manifestations lundi malgré l'annonce par le Premier ministre, Yingluck Shinawatra, d'élections anticipées au début de l'an prochain.

Environ 150.000 personnes, selon la police, dont des parlementaires du Parti démocrate, ont convergé vers le siège du gouvernement en réclamant l'instauration d'un conseil non élu en remplacement du gouvernement.

Pour tenter de désamorcer la crise politique qui secoue le pays, Yingluck Shinawatra a annoncé la dissolution du Parlement et la tenue d'élections anticipées, probablement le 2 février, selon un responsable de la commission électorale.

"Il est très probable que les élections auront lieu le 2 février, dans le délai imparti de 60 jours", a déclaré à l'agence Reuters Sodri Sattayatham.

"(Yingluck) sera tête de liste car elle travaille avec le parti depuis le début. Nous avons dissous le Parlement parce que nous sommes confiants. Nous voulons que le Parti démocrate prenne part à ces élections et ne joue pas le jeu de la rue", a annoncé de son côté Jarupong Ruangsuwan, président du parti Puea Thai.

Abhisit Vejjajiva, chef de file du Parti démocrate, a refusé de dire si sa formation boycotterait le scrutin, pour lequel le pouvoir actuel est favori grâce à l'appui dont il bénéficie dans les zones rurales et pauvres du nord et du nord-est.

"UN PREMIER PAS"

"La dissolution du Parlement est un premier pas vers un règlement du problème", a déclaré à Reuters Abhisit, un ancien Premier ministre, tandis qu'il manifestait dans les rues de Bangkok.

"Aujourd'hui, nous défilons. Je vais marcher avec le peuple vers Government House", a-t-il ajouté, en évoquant les manifestants qui exigent le départ de la chef du gouvernement en dénonçant l'influence de son frère, l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, sur le pouvoir.

Yingluck Shinawatra a annoncé la dissolution du Parlement dans une allocution télévisée. "A ce stade, alors que de nombreuses personnes appartenant à de nombreuses organisations s'opposent au gouvernement, la meilleure solution est de rendre le pouvoir au peuple thaïlandais et d'organiser des élections. C'est au peuple thaïlandais de décider", a-t-elle dit.

Cette annonce, qui visait à l'apaisement, n'a pas entamé la détermination des opposants au pouvoir qui entendent mener à bien ce qu'ils qualifient de "coup d'Etat populaire".

Le chef de file de la contestation, Suthep Thaugsuban, a annoncé que la dissolution du Parlement et la promesse d'élections anticipées ne mettraient pas fin aux manifestations.

"Nous allons poursuivre aujourd'hui notre marche sur le siège du gouvernement. Nous n'avons pas encore atteint notre objectif. La dissolution du Parlement n'était pas ce que nous cherchions", a déclaré Suthep Thaugsuban.

UN "CONSEIL DU PEUPLE"

Ce dernier a expliqué à Reuters qu'il ne souhaitait pas de nouvelles élections mais qu'un "conseil du peuple", non élu et aux contours encore mal définis, dirige le pays en remplacement de l'actuel gouvernement.

Le parti Puea Thai de Shinawatra s'était largement imposé lors des élections de 2011. Le Parti démocrate n'a, lui, jamais remporté une élection depuis plus de deux décennies.

Ses membres à la Chambre des représentants ont démissionné dimanche en raison de l'impossibilité, selon eux, de travailler avec le parti de Shinawatra. La chambre basse compte 500 membres et sans les démocrates, ce nombre tombe à 347.

Convoquer une élection ne résoudra pas l'impasse politique en Thaïlande, estime Pavin Chachavalpongpun, du Centre des études du Sud-Est asiatique à l'université de Tokyo.

"Ce n'est qu'une solution à court terme car il n'y a aucune garantie que le Parti démocrate revienne et accepte de jouer le jeu. On ne sait pas s'ils vont boycotter l'élection ou pas", a-t-il dit. "Il semble que la Thaïlande se dirige nulle part."

En 2006, le Parti démocrate avait renoncé à participer à une élection anticipée convoquée par Thaksin Shinawatra en raison de manifestations de masse.

Le chef du gouvernement avait été déposé par les militaires cinq mois plus tard et vit depuis cette date en exil.

Avec Apornrath Phoonphongphiphat, Andrew R.C. Marshall et Panarat Thepgumpanat, Pierre Sérisier et Pascal Liétout pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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