La construction de certaines prisons neuves sera maintenue

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LE GOUVERNEMENT MAINTIENT LA CONSTRUCTION DE CERTAINES PRISONS
LE GOUVERNEMENT MAINTIENT LA CONSTRUCTION DE CERTAINES PRISONS

PARIS (Reuters) - La construction de certaines nouvelles prisons décidée sous le mandat de Nicolas Sarkozy sera finalement maintenue par le nouveau gouvernement, a annoncé mardi la ministre de la Justice Christiane Taubira, revenant sur une annonce précédente.

La nouvelle majorité a annoncé vouloir sortir de la logique carcérale en réponse à la délinquance et entend mettre un terme à la surpopulation carcérale, qui a battu ces derniers mois plusieurs records historiques pour atteindre plus de 67.000 détenus pour 56.000 places au 1er juillet.

Après de vives critiques de la droite, Christiane Taubira a publié un communiqué infléchissant les annonces d'abandon de certains programmes de construction lancés sous le précédent mandat et censés porter la capacité d'incarcération à 80.000 places d'ici 2017.

"Afin de rendre supportables les délais de mise en oeuvre de cette orientation nouvelle, la ministre a demandé que les programmes les plus urgents soient maintenus sur l'ensemble du territoire", écrit-elle dans un communiqué.

Cela concerne notamment la Polynésie, Mayotte, la Nouvelle-Calédonie, la Guyane, la Martinique et la Guadeloupe.

Elle maintient cependant l'idée générale d'un changement de logique.

"La peine d'emprisonnement, souvent nécessaire, n'est pas la seule réponse pénale possible. Nous proposons d'autres formes de sanctions qui devraient rapidement soulager les conditions d'exercice de notre politique pénitentiaire au quotidien", explique Christiane Taubira.

Le ministère a promis la semaine dernière une circulaire autorisant des libérations de détenus qui sont à moins de six mois de la fin de leur peine, catégorie représentant actuellement 45% de la population carcérale. Ils seront soumis à des obligations ou placés sous surveillance électronique.

CONTESTATION À DROITE

Un syndicat de magistrats classé à droite, "Magistrats pour la justice", a critiqué cette mesure lundi, soulignant que les capacités de contrôle des détenus libérés et de surveillance électronique n'étaient pas "extensibles".

"Faut-il rappeler, enfin et surtout, que la prison est le mode d'exécution d'une peine mûrement délibérée par un tribunal, strictement encadrée par la loi et que l'autorité de la justice passe avant tout par le respect de ses décisions pour lutter contre tout sentiment d'impunité ?", a écrit ce syndicat.

Syndicats de surveillants, organisations internationales et associations de défense des droits de l'homme ont reçu en juin le soutien d'une autorité administrative indépendante, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) Jean-Marie Delarue.

Il a réclamé une loi d'amnistie pour décongestionner les prisons, ce qui a été refusé par le nouveau gouvernement. Il soulignait dans son rapport le caractère dramatique de la surpopulation dans certaines maisons d'arrêt où le taux d'occupation peut dépasser les 200%.

La surpopulation, soulignait Jean-Marie Delarue, présente un risque pour la sécurité des Français puisque les sorties insuffisamment préparées et un régime de détention sans formation et sans suivi favorisent selon lui la récidive.

La surpopulation amène par ailleurs un taux de suicides dix fois supérieur à la normale. Annonçant trois nouveaux morts à Avignon, Uzerches et Toulouse en juin et début juillet, l'organisation non gouvernementale "Ban Public" a fait état lundi d'un total de 46 suicides ou morts suspectes depuis le début de 2012.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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