La Constitution adoptée en Egypte selon les premiers résultats

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par Yasmine Saleh et Edmund Blair

LE CAIRE (Reuters) - La nouvelle Constitution a été adoptée en Egypte malgré la forte opposition des laïcs et des chrétiens, selon les résultats non-officiels du référendum portant sur le texte défendu par les islamistes.

Près de 64% des Egyptiens se sont prononcés en faveur de la nouvelle Constitution lors du référendum dont la deuxième phase se déroulait samedi, a indiqué un responsable des Frères musulmans, citant des résultats non-officiels.

La victoire du "oui" était attendue après le succès enregistré par les défenseurs du texte lors de la première phase du scrutin, le 15 décembre, avec 57% des électeurs favorables au projet, selon des estimations non-officielles.

"Selon nos calculs, le résultat final du second tour est de 71% de 'oui' et le résultat final (des deux phases) est de 63,8%", a dit le responsable de la confrérie islamiste dont est issu le président Mohamed Morsi.

Les sondages sortie des urnes du Front de salut national, la principale coalition de l'opposition égyptienne, confirment également la victoire du "oui", selon un responsable du FSN.

"Ils (les islamistes) dirigent le pays, organisent le vote et influencent les gens, à quoi d'autre pouvions-nous nous attendre?", s'est interrogé ce responsable.

Selon les Frères musulmans, un tiers des électeurs appelés à voter se sont rendus aux urnes. Les résultats officiels ne devraient pas être connus avant lundi. En cas de victoire du "oui", des élections législatives auront lieu d'ici deux mois.

Avant même l'annonce des premiers résultats, le vice-président Mahmoud Mekky a annoncé samedi sa démission, expliquant que sa qualité de magistrat ne lui permettait pas de remplir correctement ses fonctions auprès du chef de l'Etat.

Le projet de Constitution ne prévoit plus de poste de vice-président et Mekky avait déjà indiqué qu'il démissionnerait si le projet était adopté par les électeurs.

FRAUDES ET IRRÉGULARITÉS

Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ont de nouveau dénoncé samedi des fraudes et de nombreuses irrégularités, comme l'inscription d'électeurs fictifs ou l'ouverture tardive de certains bureaux de vote.

Le Front de salut national a exigé que la première phase du référendum soit annulée et qu'un nouveau vote ait lieu, mais la commission chargée d'enquêter sur les irrégularités n'a pas constaté de fraudes importantes.

Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), l'émanation des Frères musulmans, affirme pour sa part que l'adoption de la Constitution est nécessaire pour entériner la victoire de la démocratie, à la suite de la révolution qui a chassé du pouvoir l'ancien président Hosni Moubarak en février 2011.

"Une fois que la Constitution aura été établie par le peuple, les roues se remettront à tourner, même s'il y a des différences ici et là. Après avoir choisi une Constitution, tous les Egyptiens avanceront dans la même direction", a déclaré Mohamed Badie, le Guide suprême des Frères musulmans.

L'opposition dénonce de son côté un texte trop influencé par l'islam et qui ne protégerait pas assez les droits des femmes et des minorités comme les chrétiens coptes.

NOMINATIONS

Avant même la fin du vote, les opposants ont annoncé le retour des troubles qui ont agité le pays entre la fin novembre et le début du vote.

Au moins huit personnes ont été tuées au cours d'affrontements entre islamistes et opposants, déclenchés par la publication le 22 novembre d'un décret, depuis largement abrogé, par lequel Mohamed Morsi étendait considérablement ses pouvoirs.

Selon la presse officielle, le chef de l'Etat a dévoilé samedi le nom de 90 membres nommés à la Choura, la chambre haute du parlement.

Deux tiers des 270 membres de la chambre haute ont été élus en début d'année lors des élections législatives remportées par les Frères musulmans et leurs alliés islamistes et le tiers restant a été nommé par le chef de l'Etat.

Selon un responsable présidentiel, 75% des 90 députés nommés par Mohamed Morsi ne sont pas des candidats islamistes et sont issus de formations libérales et de la communauté chrétienne.

Le Front de salut national (FSN), une coalition des principaux mouvements d'opposition, a indiqué que ses membres avaient refusé de siéger au sein du Conseil de la Choura.

Détenus par Mohamed Morsi depuis la dissolution de la chambre basse, les pouvoirs législatifs vont être transférés à la Chambre haute conformément à la nouvelle constitution.

Henri-Pierre André et Marine Pennetier pour le service français

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