La confrontation Alexis Tsipras-UE inquiète les marchés grecs

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NOUVEAU PLONGEON DES MARCHÉS FINANCIERS GRECS
NOUVEAU PLONGEON DES MARCHÉS FINANCIERS GRECS

par Marius Zaharia

LONDRES (Reuters) - Les marchés financiers grecs ont de nouveau plongé lundi, en particulier les valeurs bancaires, au lendemain du discours de politique générale du Premier ministre Alexis Tsipras, qui augure mal des discussions des prochains jours avec le reste de la zone euro.

La Bourse d'Athènes a perdu 4,75%, retombant près de ses plus bas depuis la restructuration de sa dette en 2012. L'indice du secteur bancaire grec a chuté de près de 10%, se rapprochant de ses plus bas historiques.

L'action Banque du Pirée a abandonné 14,05%, Eurobank 9,63% et Banque nationale de Grèce 9,8%. Après la clôture des marchés, l'agence Moody's a encore abaissé la note de ces trois banques et de deux autres établissements, Alpha et Attica.

Sur le marché obligataire, le rendement des emprunts d'Etat grecs à dix ans a augmenté de 88 points de base et dépassé 11%. La hausse a été plus spectaculaire encore pour le rendement à trois ans, qui s'approche de 22% avec un bond de 377 points de base. Une telle ampleur dans l'écart entre ces deux taux reflète l'inquiétude croissante des investisseurs de voir la confrontation politique se solder par un défaut de la Grèce sur sa dette.

L'incertitude autour de la Grèce a pesé sur les autres Bourses européennes, qui ont aussi reculé mais moins nettement.

Dans un discours au Parlement dimanche, Alexis Tsipras a déclaré qu'il n'accepterait pas une prolongation du programme d'aide financière dont bénéficie son pays, laissant craindre des tensions lors de la réunion exceptionnelle des ministres des Finances de l'Eurogroupe mercredi et du sommet de jeudi avec les dirigeants de l'Union européenne, favorables à cette solution.

Son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, n'a donné aucun signe d'apaisement lundi en qualifiant de "néfastes" les conséquences du programme d'aide.

"La possibilité que la Grèce quitte la zone euro est passée, avec ce discours, de 35% à 50%", estime Gary Jenkins, responsable de la stratégie crédit de LNG Capital.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a mis en garde Athènes lundi contre tout optimisme excessif, soulignant qu'il n'avait "répondu que partiellement" aux inquiétudes de Bruxelles dans son discours et qu'il ne devait pas tenir pour acquis que l'Union accepterait l'abandon des réformes promises.

Ajoutant aux difficultés d'Athènes, l'agence Standard & Poor's a abaissé vendredi soir la note souveraine de la Grèce tandis que Moody's la plaçait sous surveillance négative.

PEU DE TEMPS POUR NÉGOCIER

Aucun signe ne suggère pour l'instant que les tensions sur la dette grecque risquent de se propager au reste de la zone euro: les rendements des dettes espagnole, portugaise et italienne restent proches de leurs plus bas, même s'ils ont progressé lundi de 8 à 12 points de base, grâce entre autres à l'imminence des rachats d'obligations souveraines annoncés le mois dernier par la Banque centrale européenne (BCE).

D'autres mécanismes de défense, comme le Mécanisme européen de stabilité (MES) et les "opérations monétaires sur titres" (OMT) de la BCE contribuent à isoler le cas grec du reste de la région, distinguant la situation actuelle de celle des années 2011-2012.

"Une partie du problème tient au fait que les deux parties se sentent renforcées", explique néanmoins Ilan Solot, responsable de la stratégie de Brown Brothers Harriman. "La Grèce est en meilleure situation qu'auparavant (...) et le gouvernement a un mandat solide du peuple en faveur du changement."

"Mais l'UE est elle aussi encouragée parce qu'il y a plus de pare-feux qu'auparavant, (...) d'où une contagion bien plus limitée. Si les deux parties se sentent renforcées, la négociation est plus difficile. "

Les rendez-vous européens des jours à venir sont d'autant plus importants que la fenêtre de négociation est limitée dans le temps: le programme d'aide européen en cours, dont Athènes refuse la prolongation, s'achèvera le 28 février et sa clôture priverait les banques grecques de la "fourniture de liquidité d'urgence" (ELA), leur dernier accès aux liquidités de la BCE.

"Il y a des craintes généralisées quant à l'issue de la confrontation avec l'Europe vers laquelle se dirige le gouvernement grec", constate Takiz Zamanis, trader de Beta Securities.

Et l'inquiétude ne se limite pas à la zone euro: le secrétaire au Trésor américain, Jack Lew, a appelé la Grèce et l'UE à "calmer un peu la rhétorique" tandis qu'à Londres, une source au ministère des Finances rapporte que le Premier ministre, David Cameron, a présidé une réunion sur les conséquences d'un éventuel "Grexit", un abandon de la monnaie unique par la Grèce.

(avec Chris Vellacott et John Geddie à Londres, Angeliki Koutandou à Athènes, Holger Hansen à Nauen, Allemagne; Marc Angrand et Bertrand Boucey pour le service français, édité par Patrick Vignal)

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