La conformité plus coûteuse que la solvabilité pour les banques

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par Steve Slater

LONDRES (Reuters) - Les coûts supportés par le secteur bancaire pour apurer les errements passés ou se mettre en conformité avec les nouvelles règles en matière de déontologie dépassent la centaine de milliards de dollars et menacent d'excéder ceux liés aux nouvelles exigences de liquidité et de capitalisation.

Cette semaine, Deutsche Bank, UBS et Lloyds ont fait état d'une montée des provisions ou des charges pour litiges en cours tandis que Rabobank a accepté de payer une amende -de 1,1 milliard de dollars- dans le scandale du Libor.

Alors même que les investigations se poursuivent sur la manipulation présumée de ces taux interbancaires, le marché des changes se trouve lui aussi au coeur de soupçons de pratiques frauduleuses et JP Morgan comme Standard Chartered ont mis en congé forcé leur responsable des activités de trading sur certaines devises, selon des sources proches du dossier.

"Il y a tout un nouvel environnement réglementaire qui a émergé après la crise financière et l'ensemble du secteur en est encore à essayer de s'y adapter", a déclaré à Reuters Mike Rees qui dirige les activités de banque de financement de Standard Chartered.

"Tout le monde s'est concentré sur les règles en matière de liquidité et de fonds propres mais je pense que les coûts les plus élevés pour l'industrie concerneront les règles qui nous seront appliquées au titre des codes de bonne conduite".

JP Morgan a trouvé un accord préliminaire mais incertain avec les autorités américaines prévoyant le versement de 13 milliards de dollars et de dédommagements au titre des procédures ouvertes à son encontre pour la commercialisation d'actifs adossés à des prêts à hauts risques (subprime).

Cet accord porterait à près de 85 milliards les montants des dédommagements et règlements amiables payés par les banques américaines ces quatre dernières années au titre de la crise du crédit et des prêts hypothécaires à risque, selon les calculs de SNL Financial.

En Europe, le secteur bancaire, principalement en Grande-Bretagne a provisionné ou déboursé plus de 40 milliards de dollars en compensations ou amendes diverses.

PRENDRE DU RECUL

La menace de pénalités pèse sur les perspectives bénéficiaires et pousse les banques à quitter des activités ou des zones géographiques à la réglementation défaillante.

"Les banques doivent prendre du recul, se demander ce qui est important stratégiquement, où sont les risques et où se trouve la valeur d'un point de vue stratégique", souligne un dirigeant du secteur qui a souhaité rester anonyme.

La rentabilité de certaines activités peut d'ailleurs ne pas être suffisante au regard du coût du suivi et de la gestion des risques qui y sont associés.

HSBC s'est ainsi retiré de plusieurs activités et de plusieurs pays d'Amérique latine après avoir écopé d'une amende record de 1,9 milliard de dollars infligée par les autorités américaines l'année dernière en raison de contrôles jugés insuffisants en matière de blanchiment.

La banque britannique dépense environ 800 millions de dollars supplémentaires chaque année pour s'assurer de la conformité aux réglementations en vigueur dans les 80 pays où elle est présente.

Dans la banque privée, Credit Suisse et Barclays se sont retirés de dizaines de pays comme la Biélorussie ou le Turkménistan où le potentiel de commissions sur la clientèle très aisée ne compense pas les risques de pénalités ou d'amendes.

LES TRANSFERTS DE FONDS SUR LA SELLETTE

JP Morgan, sortie des prêts étudiants et du financement du commerce physique des matières premières en raison de la pression réglementaire et des coûts croissants de mise en conformité avec la réglementation, passe en revue tout un ensemble d'activités, y compris la fourniture de services à quelque 500 banques étrangères.

Le groupe américain, qui a augmenté d'un milliard de dollars son budget conformité et recruté 4.000 personnes supplémentaires dans cette activité, s'interroge aussi sur le financement des prêteurs sur gage ou des revendeurs de voitures, selon une source proche du dossier.

Les banques britanniques ont averti que le durcissement des règles visant à prévenir la criminalité financière risquait de réduire l'offre de produits de placement pour les épargnants et de nuire à la viabilité économique du financement du commerce international pour les petites entreprises.

Le financement du commerce international concentre, il est vrai, de nombreux écueils, les risques de sanctions concernant aussi bien les marchandises échangés que les fournisseurs ou les clients.

Si les banquiers admettent dans l'ensemble que le secteur avait pris des libertés avec les règles avant la crise, ils ne cachent pas leur inquiétude devant une politique de tolérance zéro qui risque d'exclure individus comme entreprises des services bancaires pour les pousser vers des circuits financiers parallèles.

Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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