La conférence de Genève II sur la paix en Syrie mal engagée

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LA CONFÉRENCE DE GENÈVE II MAL ENGAGÉE
LA CONFÉRENCE DE GENÈVE II MAL ENGAGÉE

par Samia Nakhoul et Khaled Yacoub Oweis

GENEVE (Reuters) - La conférence dite de Genève II sur la paix en Syrie semble mal engagée avant même son début en raison des objectifs manifestement inconciliables des deux camps dans un contexte global de plus en plus tendu.

L'initiative du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, invitant à la table des négociations dimanche en dernière minute l'Iran, principal soutien du président Bachar al Assad, pour mieux faire volte-face lundi a eu un effet désastreux dans les chancelleries.

Parallèlement, un nouvel attentat suicide mardi dans un fief du Hezbollah chiite à Beyrouth a fait quatre morts. Le Parti de Dieu libanais, qui a envoyé des combattants en Syrie se battre aux côtés des forces de Bachar al Assad, est régulièrement visé par des attentats au Liban.

En outre, des photographies sorties semble-t-il clandestinement de Syrie semblent indiquer qu'environ 11.000 détenus ont été torturés et tués par le pouvoir syrien dans des circonstances qui rappellent les camps d'extermination nazis.

Dans ce contexte diplomatique très tendu, les premières discussions directes entre le président Bachar al Assad et ses opposants risquent de se terminer sans résultat tangible.

La conférence s'ouvre officiellement mercredi dans un grand hôtel de Montreux, sur les bords du lac Léman, et doit se poursuivre vendredi à Genève.

"PETITS PAS"

"Pour être réaliste, il s'agit d'un processus que nous entamons là", a déclaré aux Communes à Londres le secrétaire au Foreign Office, William Hague, en soulignant que les discussions seraient "redoutablement difficiles".

"Il faut opter pour une politique de petits pas", a confirmé le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank Walter Steinmeier, lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue français, Laurent Fabius, à Paris.

"La prochaine étape c'est l'humanitaire", avec la mise en place de corridors et des cessez-le-feu locaux, a-t-il dit.

Laurent Fabius a pour sa part souligné que, tout en visant à une amélioration de la situation "sur le terrain", il ne fallait "jamais perdre de vue que l'objectif est (de bâtir) un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs"

"Une conférence réussie c'est une conférence qui saura combiner les deux", a estimé le ministre français.

La guerre civile en Syrie, simple soulèvement populaire à son origine en mars 2011, a fait 130.000 morts et jeté sur les routes un tiers des 22 millions de Syriens. Certains se sont réfugiés dans les pays voisins et s'entassent dans des camps, d'autres sont déplacés à l'intérieur de la Syrie.

Dès leur arrivée à Genève, les membres de l'opposition ont exclu toute concession sur la question du départ de Bachar al Assad.

"Nous n'accepterons pas moins que le départ du criminel Bachar al Assad et un changement de régime", a déclaré le secrétaire général de la Coalition nationale syrienne (CNS, opposition en exil), Badr Djamous. "Nous sommes ici pour livrer un combat diplomatique pour atteindre les objectifs de la révolution syrienne et les souhaits du peuple syrien."

"Ce régime ne mérite pas moins que d'être envoyé devant la Cour pénale internationale pour y être jugé", a-t-il ajouté en allusion aux photos de tortures sorties clandestinement du pays.

La délégation de l'opposition est dirigée par Ahmed Djarba, le président de la Coalition nationale syrienne.

UNE "BELLE PAGAILLE"

Le président syrien juge, lui, que les discussions ne doivent porter que sur un seul sujet: combattre les "terroristes", terme qu'il utilise pour englober tous ses opposants armés.

Les membres de la CNS n'ont réussi à se mettre d'accord sur leur participation qu'à la dernière minute. Et la délégation a été à deux doigts de se retirer après l'invitation de Ban Ki-moon à l'Iran.

La CNS ne représente en outre qu'une fraction de l'opposition. Genève II est boycottée par les puissants groupes sunnites qui contrôlent le terrain en Syrie et considèrent les membres de la délégation de la CNS comme des traîtres.

Quant à la principale faction kurde, qui contrôle une partie importante du nord-ouest de la Syrie, elle n'a pas été invitée.

A son arrivée mardi à Genève, Ban Ki-moon a été soustrait aux questions des journalistes par ses conseillers.

Pour expliquer son "couac" diplomatique, Ban Ki-moon a dit lundi qu'il avait compris que les Iraniens avaient accepté le communiqué de la première conférence de Genève en juin 2012 prévoyant la mise en place en Syrie d'une autorité de transition, soit de facto le départ du président Assad.

Mais l'Iran a dit ne rien avoir accepté de tel.

Un diplomate a décrit la journée de lundi comme une "belle pagaille" et expliqué que Genève II avait failli être annulé et remplacé par une réunion bilatérale entre Russie et Etats-Unis.

Danielle Rouquié pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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