La conférence de Genève II s'ouvre dans un climat peu propice

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OUVERTURE À GENÈVE DE LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE SUR LA SYRIE
OUVERTURE À GENÈVE DE LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE SUR LA SYRIE

par Khaled Yacoub Oweis et Lesley Wroughton

MONTREUX, Suisse (Reuters) - Gouvernement et rebelles syriens se retrouvent face à face mercredi pour la première fois depuis le début de la guerre civile en mars 2011 avec un maigre espoir de surmonter leurs divergences et de mettre fin à des violences qui ont fait plus de 130.000 morts.

Cette conférence de Genève II, qui se déroulera dans un hôtel palace de Montreux, sur les bords du lac Léman, s'ouvre sous des auspices pessimistes tant les positions des autorités syriennes et des rebelles apparaissent inconciliables.

Les divisions persistantes au sein de l'opposition devraient, elles aussi, compliquer la tâche des négociateurs. Pour certains insurgés islamistes, la Coalition nationale syrienne (CNS), instance soutenue par les Occidentaux et les pays du Golfe, a trahi la cause de l'insurrection en acceptant de négocier avec les émissaires de Bachar al Assad.

Pour ne rien arranger, l'ouverture de la conférence a été précédée par un incident protocolaire, le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon retirant une invitation de dernière minute faite à l'Iran, principal allié de Damas dans ce conflit.

La publication mardi de clichés par un ex-photographe de la police militaire syrienne est venue accroître encore un peu plus les tensions et l'émotion qui s'accumulent avant l'ouverture des discussions.

Ces photos apportent, selon d'anciens procureurs de tribunaux internationaux, "les preuves irréfutables" de la torture et du meurtre systématique d'environ 11.000 détenus dans des circonstances qui rappellent les camps d'extermination nazis.

L'opposition syrienne a vu dans ces clichés une nouvelle justification à sa demande de voir Assad quitter le pouvoir et être traduit en justice pour crimes de guerre.

Le président syrien, qui a succédé à son père il y a 14 ans, affirme être en mesure d'être réélu et demande que la conférence traite de la question du "terrorisme", terme employé par le pouvoir pour qualifier l'insurrection.

"La question du président et du régime constitue pour nous et pour le peuple syrien une ligne rouge et elle ne sera pas débattue", a annoncé le ministre syrien des Affaires étrangères Oualid al Moualem.

SINCÉRITÉ

Si la Russie demeure le soutien le plus fidèle et le plus efficace de Damas, elle partage malgré tout les inquiétudes des Etats-Unis de voir le conflit syrien déborder sur les pays voisins et menacer toute la région.

Barack Obama et Vladimir Poutine se sont entretenus de cette question lors d'une conversation téléphonique mardi tandis que le secrétaire d'Etat John Kerry a rencontré son homologue russe Sergueï Lavrov à Montreux.

"Il est difficile d'avoir des espérances compte tenu de tout cela", a dit une source qui conseille l'opposition syrienne. "Mais Moscou et Washington souhaitent sincèrement mettre fin à ce conflit. Ils sont sincères et cette conférence n'est pas pour la galerie".

Le médiateur de l'Onu, Lakhdar Brahimi, a émis le souhait que les premiers tours de table mercredi puissent déboucher sur des négociations approfondies.

Les émissaires du gouvernement syrien devraient insister auprès des Occidentaux et des pays arabes sur le risque représenté par les rebelles liés à Al Qaïda et par d'autres forces combattantes insurgées.

Les dirigeants occidentaux devraient, eux, s'en tenir à la demande formulée par l'opposition d'un départ de Bachar al Assad, une mesure qui figurait dans le communiqué final de la conférence Genève I organisée il y a un an et demi.

"ASSAD NE VA PAS SE SUICIDER"

Moscou a approuvé ce communiqué mais reste en désaccord avec les Occidentaux sur le fait que le départ d'Assad constitue une condition préalable à un accord de paix.

Les Occidentaux ont réussi à convaincre la CNS de se rendre à Montreux et la Russie pourrait en contrepartie faire pression sur Assad pour obtenir quelques concessions. Mais comme le rappelle un conseiller de l'opposition, "Assad ne va pas se suicider parce que Moscou le lui demande".

La conférence doit débuter à 09h00. Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, John Kerry et Sergueï Lavrov s'exprimeront tour à tour puis la parole sera donnée aux délégués du gouvernement syrien puis à l'opposition conduite par Ahmed Djarba.

Des ministres d'autres pays engagés dans le processus s'exprimeront ensuite et des responsables interviendront jusqu'en début de soirée pour brosser un tableau de la situation.

"Faites qu'ils puissent trouver une solution à ce problème", a commenté un réfugié originaire de Homs vivant dans un camp au Liban. "Faites que nous puissions rentrer chez nous".

Pierre Sérisier pour le service français

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